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Des pays utilisent une technologie canadienne de filtrage pour censurer Internet

Deux mains menottées, poings fermés, sur un clavier d'ordinateur.
Certains pays utilisent une technologie de filtrage pour censurer des contenus sur Internet. Photo: iStock
Radio-Canada

Une technologie de filtrage d'Internet développée par Netsweeper, une entreprise canadienne basée à Waterloo, en Ontario, est utilisée dans 10 pays pour censurer l'accès à des nouvelles, à du contenu religieux ou associé à la communauté LGBTQ+ et à des campagnes politiques. C'est ce que révèle une enquête menée à l'échelle mondiale par des chercheurs du Citizen Lab de l'Université de Toronto, dont les résultats ont été dévoilés mercredi.

L’Inde et le Pakistan, deux démocraties parlementaires, font partie de la liste des 10 pays.

Selon les chercheurs, la technologie de filtrage est aussi déployée dans plusieurs pays qui possèdent un long historique de violations des droits de la personne, comme l’Afghanistan, Bahreïn, le Koweït, le Qatar, le Soudan, les Émirats arabes unis, le Yémen et la Somalie.

Cette technologie canadienne aurait notamment servi à bloquer le forum de discussion d’Ahmed Mansoor, un militant des droits de la personne qui a reçu des menaces et qui été épié et battu pour avoir, selon ses dires, ouvertement critiqué les nombreuses violations des droits de la personne commises par les Émirats arabes unis.

Son militantisme a pris fin avec son arrestation. Mais selon Ahmed Mansoor, tout a débuté par la censure de son populaire forum de discussion sur Internet.

Une photo du militant des droits de la personne, Ahmed Mansoor, prise en août 2016.Une photo du militant des droits de la personne, Ahmed Mansoor, prise en août 2016. Photo : Associated Press / Jon Gambrell

Résultats des recherches

La technologie de filtrage est couramment utilisée par les écoles, les bibliothèques et les entreprises à travers le monde pour limiter l’accès à un vaste registre de contenu en ligne, comme la pornographie, le contenu piraté, l'hameçonnage et les discours haineux.

Mais certains gouvernements demandent aux fournisseurs de service Internet d’utiliser cette technologie afin de restreindre l’accès à du « contenu indésirable », ainsi appelé par certains pays comme le Pakistan, révèle le Citizen Lab.

L’objectif est d'éliminer le contenu qui critique le gouvernement au pouvoir, ou encore qui appuie des sensibilités culturelles et religieuses.

Le Citizen Lab a notamment découvert que :

  • Les mots « gai » et « lesbienne » sont bloqués aux Émirats arabes unis, à Bahreïn et au Yémen lorsqu'on les cherche sur le moteur Google à partir d’une connexion non chiffrée;
  • Les sites web qui se trouvent dans la catégorie « avortement » sont entièrement bloqués au Koweït;
  • L’Organisation mondiale de la santé a été classée par erreur comme de la pornographie aux Émirats arabes unis et au Koweït;
  • Les sites de nouvelles politiques, d’opinions et de critiques sont bloqués au Qatar, à Bahreïn, au Soudan et en Somalie;
  • Au Yémen, les rebelles houthis ont restreint l’accès aux informations concurrentes qui font allusion à la guerre civile dans le pays.

Le directeur du Citizen Lab et coauteur de l’enquête, Ron Deibert, croit qu’en imposant de telles restrictions dans une région ou un pays, de sérieuses questions se posent à propos des droits fondamentaux des citoyens.

« Le Canada est un pays qui se définit par ses valeurs, dit-il. On parle ici d’une compagnie canadienne basée au Canada. »

Nous devrions avoir des attentes plus élevées envers nos compagnies canadiennes et envers notre gouvernement.

Ron Deibert, directeur du Citizen Lab et coauteur de l’enquête

Ce n’est pas la première fois que le Citizen Lab publie des recherches sur Netsweeper.

Le PDG de l'entreprise, Perry Roach, a qualifié les précédentes trouvailles des chercheurs de « conneries » lors d’un entretien téléphonique avec CBC.

Il a décliné plusieurs demandes d’entrevues et n’a pas encore commenté la plus récente enquête du Citizen Lab.

De son côté, Ron Deibert soutient qu’en offrant un filtre qui permet de restreindre l’accès à du contenu associé à la communauté LGBTQ+, par exemple, Netsweeper « contribue aux efforts de violation des droits de la personne ».

Dans un communiqué, l’avocat de l'entreprise Netsweeper, Christos Vitsentzatos, réfute ces allégations.

« Netsweeper s’est toujours conformée et continue d’être conforme à la loi canadienne », dit-il.

L’exportation de technologies canadiennes

Le gouvernement canadien réglemente l’exportation de technologies qui peuvent être considérées comme à double usage, c’est-à-dire qui peuvent servir à des fins bienveillantes tout comme mener à certains abus.

Traditionnellement, cela signifiait de la technologie militaire, comme des hélicoptères ou des véhicules blindés légers.

Mais de nos jours, cette réglementation inclut également les logiciels espions ainsi que d’autres outils numériques de surveillance.

La technologie de filtrage d’Internet ne fait toutefois pas partie de cette liste.

Le Citizen Lab demande au gouvernement canadien de mettre à jour sa liste de contrôle pour y inclure ce type de technologie.

La ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, n’a pas voulu accorder une entrevue à CBC à ce sujet, mais un porte-parole de son cabinet a répondu que le gouvernement « va continuer de s’engager avec ses partenaires pour réviser ce type de technologie ».

À lire aussi : La mécanique de la censure

Avec les informations de CBC

Techno