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Comment établir l’équilibre entre les hommes et les femmes au petit écran?

Les quatre personnages sont dans une salle à manger.

Une scène de la série d'Isabelle Langlois « Lâcher prise »

Photo : Marlene Gelineau-Payette

Radio-Canada

Le nombre de rôles féminins en télévision, comme au cinéma, est nettement inférieur au nombre de rôles masculins; les grands noms de l'industrie s'entendent sur ce point. Toutefois, que doit-on faire pour tenter d'établir un équilibre? La solution passerait-elle par des quotas? La question ne fait pas consensus dans le milieu.

Un texte de Cécile Gladel, en collaboration avec Mélanye Boissonnault

« La parité, je n’en ai rien à cirer. Je trouve ça condescendant. Je n’ai pas besoin de votre pitié, j’ai juste besoin de pouvoir exercer ma créativité. » Cette déclaration-choc de Sophie Lorain, lors de son passage à Tout le monde en parle, a relancé le débat sur l’utilité d’imposer des quotas.

La présidente de l’Union des artistes (UDA), Sophie Prégent, croit à l’utilité des quotas : « Ne serait-ce que pour la prise de conscience et pour atteindre l’équilibre. Je vois dans les quotas un désir à la fois des hommes et des femmes d’arriver à la parité. Je sens l’équipe des hommes qui [se joint à] l’équipe des femmes. Dans mon équipe, il y a des gars et des filles, et ça, c’est garant de l’avenir. »

Isabelle Langlois, auteure des séries télévisées Rumeurs et Lâcher prise, voit aussi les quotas d’un bon œil, mais avoue que c’est plus difficile sur le plan de la distribution des rôles. « Ceux qui disent que [la parité], c’est de la condescendance, c’est autant de condescendance qu’il y a de sexisme à ne pas rendre cette parité possible. Si l'on me donne le choix entre l’un ou l’autre, je prendrais bien 10 ans de condescendance, le temps [de laisser passer] le sexisme », précise-t-elle.

L'auteure Isabelle Langlois

L'auteure Isabelle Langlois

Photo : Radio-Canada

Elle ajoute que cette discussion sur la parité permet d’éveiller les consciences et éventuellement de changer la donne. « Que ça soit dans la conversation, c’est très intéressant. Ceux que ça irrite vont s’habituer ou devraient [faire une promenade] le temps que ça dure. »

Pour Mathieu Plante, président de la Société des auteurs de radio, télévision et cinéma (SARTEC), imposer cette mesure est impossible.

C’est un terrain glissant. Autant pour la parité que pour la diversité, on ne peut pas imposer aux auteurs quoi écrire. Le verbe écrire ne supporte pas l’impératif.

Mathieu Plante, président de la SARTEC

La seule action que peut prendre la SARTEC est d’aider les auteures à percer. Il ajoute que les mentalités ne se changent pas en quelques semaines ou en quelques mois. « Les choses changent tranquillement », observe-t-il.

Mathieu Plante précise que les auteures ont atteint un niveau acceptable en télévision et qu’elles sont mieux nanties qu’au cinéma, où très peu de femmes réussissent à percer. « En télévision, beaucoup de femmes écrivent. J’imagine que les prochains chiffres seront meilleurs », estime-t-il.

Créer plus de rôles pour les femmes?

Une autre question est de savoir si l'on peut imposer des règles à la création dans le but de créer plus de personnages féminins.

Est-ce que Harry Potter aurait été un aussi grand succès si [le personnage principal] avait été Harriet Potter? Les petits garçons se seraient-ils identifiés à un personnage féminin?

Marie-Ève Gagnon

Isabelle Langlois pense qu'il en relève plutôt des diffuseurs de s’assurer d’avoir une grille équilibrée. « Ce n’est pas le travail de l’auteur, car effectivement il raconte une histoire. Si ça se passe dans l’armée en 1940, c’est bien triste à dire, mais il y avait peu de femmes dans les rangs à l’époque. C’est l’histoire qui doit gouverner », explique-t-elle.

Marie-Ève Gagnon, directrice générale de l’Association québécoise des auteurs dramatiques (AQAD), est aussi d’avis qu’il faut faire pression sur les gens qui choisissent les émissions, surtout les diffuseurs. « Ils ont le pouvoir d’orienter les projets qui seront choisis. Le problème, c’est l’intermédiaire, car j’ai l’impression que le public est prêt à recevoir [des séries avec plus de personnages féminins] », ajoute-t-elle.

Les deux femmes se regardent.

Une scène de « Ruptures »

Photo : Véro Boncompagni

Autre solution pour trouver l’équilibre : Sophie Prégent pense que l’on devrait toujours se demander si un rôle ne pourrait pas être tenu par une femme. « Le policier pourrait être une policière. C’est à ça que servent les quotas. »

Marie-Ève Gagnon renchérit en soulignant que de nombreux rôles ne sont pas sexués et peuvent aisément être interprétés par une femme ou un homme.

Encourager les femmes scénaristes?

Séparer les scénaristes par genre n’est pas la meilleure option, selon Isabelle Langlois.

Je ne suis pas certaine qu’une femme écrit [nécessairement] pour les femmes et un homme pour les hommes. C’est certain que la présence de femmes [auteures] vient avec une certaine sensibilité [à la réalité des femmes].

Isabelle Langlois, auteure de « Rumeurs » et de « Lâcher prise »

L'auteure donne l’exemple de Joanne Arseneau qui, avant Faits divers, décrivait des univers masculins, alors que Richard Blaimert « écrit des personnages de femmes vraiment magnifiques ». Le scénariste a signé les séries télévisées Nouvelle adresse et Les hauts et les bas de Sophie Paquin, entre autres.

Auteure de Mémoires vives

Chantal Cadieux, auteure de la série « Mémoires vives »

Photo : Radio-Canada

« J’ai commencé en me disant que je voulais écrire pour des femmes. Évidemment, ça me parle davantage. J’aime aussi les personnages masculins. Ça n’a jamais été pour moi une question [d'atteindre la] parité, mais je trouve ça important de le faire, car si l'on a besoin de plus de femmes, c’est que [l'équilibre] n’est pas encore atteint », conclut la scénariste Chantal Cadieux.

Radio-Canada a tenté de joindre plusieurs producteurs en télévision au cours des dernières semaines pour cet article. Aucun n'a retourné les appels ou n'était disponible.

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