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Trop facile de se retrouver au volant d'un semi-remorque, dénoncent des instructeurs

Un semi-remorque sur la route en hiver

Selon la Société d'assurance de la Saskatchewan, plus de 200 camionneurs saskatchewanais circulent sur les routes de la province sans avoir suivi de formation pratique.

Photo : fkevin

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

De nombreux instructeurs de la Saskatchewan estiment que les examens de conduite pour l'obtention d'un permis de classe 1 sont trop faciles. Ces camionneurs expérimentés en profitent pour dénoncer le manque de formation pratique, non seulement dans la province, mais aussi à l'échelle du pays.

Mel Meikle est un ancien instructeur de conduite travaillant à Kinley, une municipalité située à une cinquantaine de kilomètres à l'ouest de Saskatoon. Il y a quelques années, il a démissionné de son poste, en proie à la frustration et à la culpabilité.

Les examens de conduite sont si faciles, selon lui, que « vraiment n’importe qui » peut obtenir un permis de conduire de classe 1 au Canada. Ce type de permis autorise son détenteur à conduire l'ensemble des véhicules routiers.

Les plus récentes données de la Société d’assurance de la Saskatchewan (SGI) montrent que 73 % des 2051 élèves ayant passé l’examen de conduite de l’année dernière ont réussi au premier essai. Près des trois quarts de ceux qui ont échoué ont quant à eux, réussi leur examen au deuxième essai. Les taux de réussite pour les troisième, quatrième et cinquième tentatives sont respectivement de 67 %, 68 % et 79 %.

Un permis de classe 1 a aussi été accordé à un élève à sa huitième tentative.

La majorité des élèves paient pour suivre une semaine de formation pratique. Cependant, la Société d’assurance de la Saskatchewan estime à plus de 200 le nombre de chauffeurs saskatchewanais qui circulent sur les routes canadiennes sans avoir préalablement suivi l'entraînement pratique, lequel est payant et, surtout, facultatif.

L’année dernière, l’Ontario est devenu la première province du pays à rendre cette formation obligatoire. Les chauffeurs doivent suivre au moins 103 heures d’entraînement, ce qui équivaut à environ trois semaines de formation. En Saskatchewan et ailleurs au pays, la formation est facultative.

Un système inadéquat

Selon Reg Lewis, un instructeur de conduite pour les camionneurs, lorsque les élèves réussissent leur examen de conduite, ils sont libres de transporter une charge de poids illimitée partout au Canada, que ce soit sur l’autoroute 401, à Toronto, ou sur les chemins venteux et glissants des Rocheuses, en Alberta.

Selon l’Alliance canadienne du camionnage, ces règles sont similaires dans presque toutes les provinces canadiennes, y compris en Saskatchewan, où 16 personnes sont mortes le 6 avril dernier, lors d'une collision entre un semi-remorque et l’autocar des Broncos de Humboldt.

Une scène de désolation après l'accident impliquant l'autocar des BoncosAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Carcasses de l'autobus qui transportait les joueurs des Broncos et du semi-remorque.

Photo : La Presse canadienne / JONATHAN HAYWARD

La tragédie a profondément touché Reg Lewis, dont les parents et trois autres membres de sa famille ont perdu la vie dans un accident similaire, il y a de cela 30 ans. C’est après ces morts que Reg Lewis a décidé de créer une entreprise de formation des camionneurs à Swift Current, soit à environ 240 kilomètres à l'ouest de la capitale saskatchewanaise.

« Je me suis dit que j'allais tout faire pour empêcher que cela ne se reproduise. »

— Une citation de  Reg Lewis, instructeur de conduite

Il croit que le système de formation actuel ne prépare pas adéquatement les camionneurs aux routes canadiennes.

Reg Lewis croit qu’il est temps d’exposer le « secret bien gardé » de l’industrie du camionnage. Il estime, tout comme de nombreux instructeurs, que les nouveaux conducteurs de semi-remorque sont mal préparés lorsqu’ils prennent la route pour la première fois. Cependant, il estime que ses collègues et lui n’ont pas le choix.

Les instructeurs ne sont pas autorisés à faire échouer un élève qui obtient la note de passage aux examens routiers élémentaires, que plusieurs qualifient de « blague ».

Reg Lewis se souvient d’une sortie qu’il a faite avec un élève durant une formation pratique. À l'arrêt à une intersection, M. Lewis a demandé à ce dernier de faire un virage à gauche pour accéder à la route principale.

L'instructeur est assis du côté passager du semi-remorque, alors qu'un apprenti-camionneur est au volant. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Reg Lewis croit que le système de formation actuelle ne prépare pas adéquatement les camionneurs aux routes canadiennes.

Photo : CBC / Jason Warick

L’apprenti conducteur a commencé à s’avancer sur la route, puis a subitement freiné lorsque Reg Lewis s’est exclamé : « Les voitures arrivent sur cette colline à 100, peut-être 110 km/h, tu penses que tu aurais pu y arriver? »

L’élève, stupéfait, a balbutié : « Eh bien, peut-être que oui… » « Il est toujours préférable d’attendre à moins d’être sûr », a répondu M. Lewis.

Selon Reg Lewis, l’attitude de cet élève est typique. De nombreux apprentis chauffeurs ont de l’expérience en conduite de machinerie agricole ou de machinerie lourde, ce qui ne veut pas dire qu'ils n'ont pas besoin de plus de pratique.

Des changements à venir

Le ministre responsable de la Société d’assurance de la Saskatchewan, Joe Hagrave, s’est dit surpris d’apprendre que plusieurs instructeurs de la province se sentaient forcés de donner la note de passage à leurs élèves.

« C’est inacceptable pour moi. »

— Une citation de  Joe Hagrave, ministre responsable de la Société d'assurance de la Saskatchewan

Le ministre Hagrave affirme que la Saskatchewan améliorera la formation des camionneurs d’ici la fin de l’année. Pour le moment, la formation continuera d’être facultative.

En Saskatchewan, le nombre d’accidents concernant des semi-remorques ne cesse d’augmenter. Jusqu’en 2009, le nombre de collisions entre des semi-remorques et d'autres véhicules ne dépassait jamais 943. Depuis, il est toujours plus supérieur à 1000.

Reg Lewis et Mel Meikle estiment que ces chiffres continueront de grimper en l’absence de véritables changements, ce qui comprend, selon eux, une formation obligatoire et un examen de conduite plus sévère.

Les deux instructeurs vont même jusqu’à suggérer que des restrictions sur la charge transportée et la distance parcourue soient imposées aux nouveaux camionneurs, ne serait-ce, disent-ils, qu’au cours de leurs premiers mois sur la route. Ces idées sont appuyées par plus d’une douzaine de camionneurs qui ont contacté CBC ainsi que par l’Alliance canadienne du camionnage.

Avec les informations de Jason Warick, CBC News

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