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La Gaspésie à la conquête du Bas-Saint-Laurent

Coucher de soleil sur un chantier naval
« Les gens qui veulent changer leur style de vie, qui aiment la nature, ne se contentent pas seulement d'avoir une belle vue sur le fleuve, ils veulent aussi de bons services », affirme le professeur en développement social et territorial à l'UQAR, Marco Alberio. Photo: Radio-Canada / William Bastille-Denis
Radio-Canada

Revenu disponible, solde migratoire... dernièrement, la Gaspésie a surpassé le Bas-Saint-Laurent dans ces secteurs où il dominait habituellement. Même s'il y a encore davantage de personnes qui quittent la Gaspésie pour s'installer au Bas-Saint-Laurent que le contraire, l'écart tend à s'amenuiser et la Gaspésie vient maintenant recruter au Bas-Saint-Laurent.

Un texte de Julie Tremblay

« Il faut lever notre chapeau à la Gaspésie », lance l'agent de migration de Place aux jeunes dans Rimouski-Neigette, Martin Poirier. Ils ont des stratégies d'établissement jeunesse [...], ils en ont tout le temps fait une priorité et ils récoltent les fruits de leur persévérance autour d'une stratégie commune », affirme-t-il.

Cela fait effectivement 14 ans que les Gaspésiens s'interrogent et agissent sur les façons d'attirer de nouveaux arrivants chez eux. Aujourd'hui, des partenaires aussi variés qu'Emploi-Québec, la table des préfets, le Centre intégré de santé et de services sociaux et le Cégep de la Gaspésie et des Îles, pour ne nommer que ceux-là, travaillent de concert en ce sens dans le cadre de la Stratégie d'établissement durable des personnes en Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine.

En 2018, la démographie est devenue l'enjeu numéro un. Pour notre région, comme pour plusieurs régions du Québec. [...] Plus il y a d'idées et de moyens autour de la table, plus la région va pouvoir en bénéficier.

Danik O'Connor, coordonnateur de la Stratégie d'établissement durable des personnes en Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine

C'est pourquoi en Gaspésie et aux Îles, en plus des six agents de migration embauchés par Place aux jeunes, trois autres personnes travaillent à temps complet pour attirer de nouveaux arrivants et les garder.

La Gaspésie recrute au Bas-Saint-Laurent

Depuis quelques années, la Gaspésie ne s'intéresse plus seulement aux grands bassins de population que sont Québec et Montréal pour recruter, mais tente aussi de séduire au Bas-Saint-Laurent.

« On se déplace à Rimouski, au Bas-Saint-Laurent depuis quelques années. [...] On essaie de faire des gains un peu parce que le Bas-Saint-Laurent a toujours eu un solde migratoire positif par rapport à la Gaspésie », affirme Danik O'Connor.

Selon Martin Poirier, le contexte de pénurie de main-d'œuvre crée un climat beaucoup plus compétitif entre les régions, ce qui les mène à recruter ailleurs que dans les grands centres.

Je dirais que ces dernières années, sans dire qu'on se cannibalise la main-d'œuvre, [...] on sent que les bassins de recrutement traditionnels ne sont plus nécessairement une fin en soi. On voit de plus en plus des gens de régions venir recruter dans d'autres régions.

Martin Poirier, agent de migration Place aux jeunes dans la MRC Rimouski-Neigette

Le Bas-Saint-Laurent en réorganisation

Au début des années 2010, le Bas-Saint-Laurent avait lui aussi mis en place une stratégie d'attractivité, mais cette initiative s'est quelque peu déstructurée lors de l'abolition des Conférences régionales des élus (CRÉ).

« Je ne pense pas qu'on a baissé les bras, je pense qu'il y a eu un contexte économique où on en a fait beaucoup moins une priorité », affirme Martin Poirier.

L'agent de migration Place aux jeunes dans la MRC Rimouski-Neigette, Martin PoirierL'agent de migration Place aux jeunes dans la MRC Rimouski-Neigette, Martin Poirier Photo : Radio-Canada / Julie Tremblay

Le Bas-Saint-Laurent est toutefois en train de se réorganiser, par le biais du Collectif régional de développement (CRD) du Bas-Saint-Laurent. Un sommet sur l'attractivité, organisé par le CRD, se tiendra d'ailleurs à l'automne 2018.

Penser à long terme

Toutefois, selon le professeur en développement social et territorial à l'Université du Québec à Rimouski (UQAR), Marco Alberio, ce n'est pas tout de créer des initiatives pour attirer de nouveaux arrivants en région. Il faut aussi s'assurer de leur fournir un milieu qui leur donnera envie de rester.

Il ne suffit pas d'attirer des gens, mais aussi les retenir, donc il ne faut pas seulement faire des opérations de séduction, mais miser sur la rétention.

Marco Alberio, professeur en développement social et territorial à l'UQAR et titulaire de la chaire de recherche du Canada en innovation sociale et développement des territoires

Selon M. Alberio, les décideurs politiques ont un rôle important à jouer sur ce plan. « Il est important de miser sur les services, la santé, l'éducation, pour attirer de jeunes familles et aussi de jeunes retraités », dit-il. « Les gens qui veulent changer leur style de vie, qui aiment la nature, ne se contentent pas seulement d'avoir une belle vue sur le fleuve, ils veulent aussi de bons services. »

De nouveaux arrivants, mais une population toujours en déclin

Même si la Gaspésie est la seule région dite « éloignée » à avoir réussi à enregistrer un solde migratoire positif en 2016-2017, la partie est loin d'être gagnée, puisque sa population, comme celle du Bas-Saint-Laurent, continue à décliner.

DÉCLIN DE LA POPULATION ENTRE 2011 ET 2016

  • Gaspésie : -3768 habitants
  • Bas-Saint-Laurent : -2592 habitants

Source : Statistiques Canada

C'est un travail qui ne finit jamais. [...] On va continuer à bonifier les actions qu'on mène parce que le résultat final, il n'est pas encore atteint. On n'a pas réussi encore à renverser la tendance démographique et c'est l'objectif ultime.

Danik O'Connor

Le déclin des populations du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie est déjà plus important que ce que l'Institut de la Statistique du Québec projetait, en 2011, pour 2036, ce qui laisse présager que les deux régions devront redoubler d'efforts et être très créatives pour réussir à le contrer.

Bas-Saint-Laurent

Démographie