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Téhéran ne veut rien savoir d’un nouvel accord sur le nucléaire

Hassan Rouhani parle dans un micro.

Le président iranien Hassan Rouhani, lors d'un discours prononcé jeudi à Tabriz.

Photo : Getty Images / ATTA KENARE

Radio-Canada

L'Iran n'est aucunement intéressé à négocier un nouvel accord sur ses activités nucléaires et balistiques avec le reste de la communauté internationale, comme l'ont évoqué mardi les présidents américain et français, Donald Trump et Emmanuel Macron.

Dans une série de remarques livrées mercredi, le président iranien Hassan Rohani a notamment indiqué qu’il avait déjà transmis cette fin de non-recevoir au président français.

« J'ai parlé au président Macron à plusieurs reprises au téléphone, et une fois en personne. Je lui ai dit explicitement que nous n’allons pas ajouter quoi que ce soit à l’entente ni en retirer quoi que ce soit, même pas une phrase. L’accord sur le nucléaire est l’accord sur le nucléaire », a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse à Tabriz.

« Aussi longtemps que nos intérêts sont garantis, nous allons respecter l'accord, que les États-Unis restent ou non », a ajouté le président Rohani. « Si nos bénéfices ne sont pas garantis, nous n'allons pas respecter l'entente, peu importe quelles sont les circonstances. »

Plus tôt dans la journée, le président iranien avait vivement critiqué cette idée, avancée par M. Macron pour éviter que les États-Unis ne se retirent de l’accord actuel, tel que le président menace de le faire dès le 12 mai.

Ils disent: "Nous voulons décider pour un accord conclu à sept". Pour quoi faire? De quel droit? Vous voulez décider de l'avenir de l'accord? Alors vous devez d'abord nous expliquer ce que vous avez fait [jusqu'ici pour l'appliquer].

Hassan Rohani, président iranien

L’Iran accuse régulièrement les Occidentaux de manquer à leurs engagements dans le cadre de cet accord. Il critique notamment les mesures du Trésor américain visant les banques du monde qui commercent avec l’Iran.

La République islamique rappelle que l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), chargée de la surveillance du volet technique de l'accord, a toujours confirmé que l’Iran respecte l’accord sur le nucléaire.

« Nous avons montré notre bonne volonté au monde […] Nous voulions prouver au monde que l'Iran ne cherche pas à se doter d'armes de destruction massive », a dit M. Rohani. « Nous avons fait tomber les accusations et prouvé que les États-Unis et Israël mentent à propos de l'Iran depuis des décennies. »

Les deux hommes, très près l'un de l'autre, se serrent la main.

Donald Trump a estimé que les liens étroits qu'il a forgés avec Emmanuel Macron témoignent de « l'amitié durable » de leurs deux pays.

Photo : Reuters / Jonathan Ernst

Le président Rohani n’a par ailleurs pas manqué de s’attaquer directement au président Trump, qui ne cesse de critiquer l’accord sur le nucléaire iranien conclu en 2015 par son prédécesseur Barack Obama, en collaboration avec la France, le Royaume-Uni, la Russie, la Chine et l’Allemagne.

Vous n'avez aucune expérience en politique. Vous n'avez aucune expérience en droit. Vous n'avez aucune expérience en matière de traités internationaux. Comment un commerçant, un marchand, un constructeur d'immeubles, un constructeur de tours peut-il émettre des jugements sur les affaires internationales?

Hassan Rohani, président iranien

« Il y a un accord qui existe. Il fonctionne. Il doit être préservé »

La perspective d’un « nouvel accord » sur le nucléaire iranien ne plaît pas davantage à la Russie, à l’Union européenne et à l’Allemagne.

« Nous soutenons l’accord nucléaire tel qu’il est aujourd’hui. Nous pensons qu’il n’y a pas d’autre alternative », a commenté mercredi le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.

Sans exclure totalement l’idée d’un nouvel accord défendue par la France, la cheffe de la diplomatie européenne, Federica Mogherini a insisté sur l’importance d’assurer la survie de celui qui est déjà en vigueur.

« Quant à ce qui peut arriver, on verra bien. Mais il y a un accord qui existe. Il fonctionne. Il doit être préservé », a-t-elle commenté en marge d’une conférence des donateurs sur la Syrie à Bruxelles.

Berlin n’a pas tardé à appuyer cette position de l’Union européenne, qui n'a pas changé au cours des derniers mois.

« Nous allons continuer à discuter de cet enjeu avec le Royaume-Uni et la France, mais aussi les États-Unis », a commenté le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas.

« L'accord de Vienne sur le nucléaire est très important et nous voulons le préserver. Et nous voulons contribuer à ce que les États-Unis continuent d’en faire partie après le 12 mai », a-t-il précisé.

À Londres, un porte-parole du ministère britannique des Affaires étrangères n'a pas fermé la porte à un nouvel accord, tout en demeurant prudent.

« Nous travaillons étroitement avec nos alliés sur comment nous allons répondre à l'ensemble des défis que pose l'Iran au Moyen-Orient, incluant ceux que le nouvel accord proposé par le président Macron pourraient couvrir », a-t-il dit.

L’accord sur le nucléaire iranien, conclu après des années de tensions internationales et deux ans de négociations, a limité le programme iranien à des usages civils en échange d’une levée progressive des sanctions économiques prises par les Nations unies à son encontre.

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Javad Zarif, a déclaré en fin de semaine que son pays reprendra « vigoureusement » l'enrichissement d'uranium si Washington rompt l'entente actuelle.

Nouvel accord ou nouvelles sanctions?

Le président Macron a précisé mardi que le nouvel accord sur l'Iran ne viendrait pas remplacer celui qui est déjà en vigueur. « On ne déchire pas un accord pour aller vers nulle part, on construit un nouvel accord qui est plus large et qui permet de couvrir l'ensemble de nos préoccupations », a-t-il fait valoir.

Cette distinction a d'ailleurs été réitérée mercredi par l'émissaire américain pour la non-prolifération, Christopher Ford, à son arrivée à la conférence préparatoire du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) qui s'est mise en branle mercredi à Genève.

« Nous ne voulons pas renégocier le JCPOA [acronyme anglais de Joint Comprehensive Plan of Action, qui désigne l'accord actuel, NDLR], le rouvrir ou en changer les termes », a-t-il déclaré à des journalistes.

Nous voulons un accord complémentaire qui, d'une certaine manière, s'ajouterait à une série de règles supplémentaires - des restrictions, des conditions, des paramètres, ou appelez cela comme vous le voudrez - qui aideraient à répondre à ces défis plus efficacement.

Christopher Ford, émissaire américain pour la non-prolifération

Quand il lui était demandé si le président Macron avait sauvé l'accord iranien, Christopher Ford a répondu : « J'espère que le JCPOA a été sauvé dans le contexte du défi que le président Trump nous a lancé [...], celui d'essayer de rester dans l'accord, mais en progressant avec nos partenaires sur une approche qui aura de grandes chances de transformer ce qui était un report provisoire [...] en une réponse durable », a-t-il ajouté.

Selon des diplomates européens consultés par Reuters, l'idée avancée par M. Macron consisterait en fait à une série de mesures contre l'Iran qui pourraient être adoptées par les Américains et les Européens, sans inclure les autres signataires de l'accord de 2015, afin que Donald Trump accepte de ne pas l'abandonner.

« Il s'agit de convaincre le président Trump » de respecter l'accord en vigueur, commente un diplomate. « Ce n'est pas une nouvelle entente avec l'Iran. »

L'agence de presse soutient que ces mesures font l'objet de négociations entre Paris, Londres et Berlin, et sont sur le point d'aboutir, après trois mois de négociations secrètes. Il s'agirait essentiellement de contrer l'influence iranienne dans la région, et plus particulièrement en Syrie, et de brider son programme de missiles balistiques.

Avec les informations de Agence France-Presse, Associated Press, et Reuters

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