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Une famille de Gatineau intoxiquée par des coraux

Des coraux et un poisson.
Une toxine libérée par des coraux a rendu toute une famille de Gatineau malade. Photo: Radio-Canada / Stu Mills/CBC
Radio-Canada

Sept membres d'une même famille ont été intoxiqués et hospitalisés à la suite d'une exposition à une toxine de coraux qu'ils ont achetés à Ottawa.

Un texte de Roxane Léouzon, avec les informations de Susan Burgess et Stu Mills

Jason Laframboise a acheté dimanche dernier sur Kijiji un aquarium contenant des zoanthides australiens, de coraux très communs vendus dans diverses boutiques. Ces coraux contiennent toutefois un poison appelé palytoxine, qui peut être libéré si ces animaux invertébrés sont endommagés.

D'après les conseils qu'il avait obtenus, M. Laframboise devait simplement porter des gants pour éviter que du poison pénètre éventuellement dans sa peau. Mais peu de temps après avoir installé l'aquarium, les sept occupants de la maison, dont lui, sa femme enceinte et trois de ses enfants, se sont sentis très malades.

« En quelques minutes, on avait tous mal à la gorge, on avait du mal à respirer, mal à la tête, quelques-uns vomissaient. On faisait tous de la fièvre en dedans d'une heure », a rapporté M. Laframboise, qui a aussi des plaies sur les bras qui ont été plongés dans l'eau de l'aquarium, malgré les gants.

Ils ont été soignés à l'Hôpital Montfort, à Ottawa.

Un homme étendu sur un lit dans un hôpital.Jason Laframboise et plusieurs membres de sa famille ont dû être hospitalisés. Photo : Courtoisie : Jason Laframboise

En sortant de l'hôpital, M. Laframboise a appelé le 911. Les pompiers et les policiers de Gatineau se sont rendus devant leur maison. Ils ont installé du ruban orange devant l'entrée. Ils ont aussi recommandé à la famille de ne pas entrer tant que le dégât n'avait pas été nettoyé, d'après ce qu'a confirmé le lieutenant David Blais, du Service de police de la Ville de Gatineau (SPVG).

Après quoi, le service de police a jugé qu'il ne s'agissait pas d'une « situation policière ».

Ils m'ont dit que c'était de la négligence de ma part, et donc, que je devais m'arranger avec mes troubles.

Jason Laframboise, père de famille

« Ils nous ont dit que le Hazmat [l'unité responsable des substances dangereuses] ne descendrait pas de Montréal, vu que ce n'était pas un cas criminel », a affirmé M. Laframboise.

De l'aide pour nettoyer sa maison

Le SPVG a fourni à M. Laframboise le nom d'au moins une entreprise pouvant retirer les coraux dangereux de la maison, mais il dit avoir contacté sans succès des dizaines d'entreprises de la région et même de Montréal.

« Ils sont habitués de ramasser de l'huile, des gaz, des produits chimiques, mais ils ne sont pas habitués avec des dégâts biologiques », a souligné le père de famille.

Désespéré, M. Laframboise a joint divers organismes gouvernementaux, dont le Service des incendies d'Ottawa (SIO), qui a une unité responsable des substances dangereuses. Le SIO a confirmé avoir contacté le SPVG et les pompiers de Gatineau, mais ces derniers lui auraient signifié que leur aide n'était pas requise.

Un homme avec une casquette devant un périmètre de sécurité.Jason Laframboise, âgé de 31 ans, était en train d'installer un nouvel aquarium chez lui dimanche quand sa famille et lui ont eu des difficultés respiratoires. Photo : Radio-Canada / Stu Mills/CBC

M. Laframboise se sent maintenant à bout de ressources. « Il y a encore une chance qu'il y ait des [produits] toxiques dans la maison et que quelqu'un [puisse] mourir », a-t-il souligné. La famille habite présentement chez un proche.

J'espère juste qu'on va pouvoir entrer dans la maison. On n'a pas de linge, je ne peux pas aller travailler parce que je n'ai pas mes bottes de construction, je ne peux même pas rentrer dans la maison.

Jason Laframboise, père de famille

Jason Laframboise a rencontré des policiers et des pompiers, mardi soir, et on lui a dit qu'un plan était en cours d'élaboration pour l'aider à nettoyer sa maison, qui sert aussi de garderie familiale. Des biologistes et des chimistes seraient aussi engagés dans ce plan.

La Ville de Gatineau a répondu par courriel à Radio-Canada que les services municipaux sont intervenus selon leurs champs de compétences, afin de sécuriser et de contrôler l’accès à la propriété privée en vertu de la Loi sur la sécurité incendie.

« Des partenaires externes détenant les expertises spécifiques à la situation sont impliqués afin d’accompagner les propriétaires de la résidence, notamment la Direction de la santé publique », peut-on lire.

Un poison mortel

M. Laframboise croit que les gens devraient être mieux informés des dangers de ces coraux lors de leur vente, afin que d'autres cas semblables ne se produisent pas.

Les effets potentiels d'une exposition à la palytoxine peuvent être très graves, selon la Division de santé publique de l'Alaska, qui a effectué une enquête sur le sujet après quelques cas d'empoisonnement sur leur territoire. Ce poison peut endommager les cellules de façon permanente et, à très forte dose, causer la mort.

Toutefois, les cas d'intoxication à cette substance sont relativement rares. De 2000 à 2014, 171 cas ont été rapportés aux États-Unis, d'après leur base de données nationale sur les empoisonnements.

« Les employés des boutiques d'aquariums devraient avertir les clients des dangers potentiels de l'exposition à la palytoxine sur la santé », a indiqué Joe McLaughlin, épidémiologiste à la Division de santé publique de l'Alaska.

Marcello Portillo, propriétaire depuis 15 ans de la boutique Fragbox Corals, à Toronto, estime qu'il constate que des clients sont intoxiqués par ces coraux environ une fois par année.

Je n'ai jamais entendu parler de quelqu'un qui a été très sérieusement malade, mais ce n'est pas plaisant. J'en ai eu dans l'œil une fois parce que je ne le manipulais pas correctement.

Marcello Portillo, propriétaire de Fragbox Corals

« Si on le frotte, ça peut briser le corps du corail, libérer la toxine, aller dans l'air et être inhalé, ce qui n'est pas bon », a expliqué M. Portillo.

Selon ce vendeur d'aquariums, ces animaux marins sont toutefois inoffensifs s'ils sont manipulés avec soin.

Un porte-parole de Santé Canada a indiqué à CBC qu'aucun incident d'empoisonnement n'a été signalé par cette espèce de coraux et que le gouvernement ne limite pas leur vente ni leur manipulation.

L'Agence canadienne d'inspection des aliments, qui exige des permis pour certaines espèces aquatiques susceptibles de transmettre des maladies, a fait savoir qu'elle n'exigeait pas de permis pour cette espèce de coraux.

Par ailleurs, il ne serait pas si compliqué de se débarrasser des toxines après un dégât. Selon l'épidémiologiste M. McLaughlin, il faut nettoyer l'aquarium puis frotter avec une solution d'eau de javel les surfaces touchées, comme le plancher, les murs, les meubles et le verre de l'aquarium.

Ottawa-Gatineau

Santé publique