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Cette ville albertaine où il n'y a presque plus de sans-abri

Le reportage de Laurence Martin
Radio-Canada

Fournir un appartement ou une maison à n'importe quel sans-abri peut sembler contre-intuitif. C'est pourtant l'approche qu'a prise Medicine Hat, une ville de 63 000 habitants dans le sud de l'Alberta, pour contrer l'itinérance. Et ça marche.

Un texte de Laurence Martin

L'appartement de Jesse Sullivan est rempli d'animaux. Un chat, bien sûr, quelques poissons et un petit lézard jaune et blanc qui sort de sa cage de temps en temps.

Ça peut sembler beaucoup, mais quand vous avez été évincé je ne sais plus combien de fois, que vous avez dû dormir parfois dans la rue et que vous avez enfin trouvé un toit, un vrai, les petits plaisirs de la vie domestique deviennent très importants.

Jesse Sullivan, un homme de 32 ans qui souffre de graves problèmes de santé mentale, a trouvé ce toit il y a quelques mois grâce à la Société de logement de Medicine Hat.

Pour la première fois depuis longtemps, je ne suis pas stressé. Je me sens en sécurité.

Jesse Sullivan, ancien itinérant de Medicine Hat

Le principe, à Medicine Hat, est assez simple. Chaque sans-abri qui le souhaite peut avoir accès à un logement.

Jesse Sullivan dans son appartement au centre-ville de Medicine Hat. Jesse Sullivan dans son appartement au centre-ville de Medicine Hat. Photo : Radio-Canada / Laurence Martin

« On les emmène visiter des appartements, explique la travailleuse sociale Jennifer McBride. On paie le dépôt de sécurité, le premier mois de loyer, puis on essaie de leur trouver un revenu : de l'aide sociale ou une allocation d'invalidité. On finance les gens en fonction de leurs besoins. »

Le programme est géré localement par la Société de logement, mais c'est le gouvernement fédéral et la province qui le financent, à travers des fonds consacrés à la lutte contre l'itinérance.

Un logement d'abord

Pourquoi commencer par le logement? Pourquoi ne pas exiger que la personne règle, par exemple, ses problèmes de dépendance, puis travaille, avant de lui faire un cadeau?

Le principe de l'approche Housing first – ou « un logement d'abord » en français –, c'est qu'avec un toit sur la tête vous êtes plus à même de régler vos autres problèmes. C'est la première étape, croit Jennifer McBride.

Si vous n'avez pas d'adresse fixe, c'est difficile de recevoir de l'aide gouvernementale, des soins médicaux. Comment voulez-vous trouver un travail si vous vous demandez tout le temps : où est-ce que je vais dormir ce soir?

Jennifer McBride, travailleuse sociale

Depuis qu'il est dans son appartement, Jesse Sullivan, par exemple, essaie de réduire sa dépendance à la drogue.

On économise de l'argent, croit le maire

Même le maire conservateur de Medicine Hat, Ted Clugston, qui était contre le projet au départ, a été séduit. Il suffit de regarder les chiffres, selon lui.

« Loger un sans-abri, ça coûte 20 000 $ par année. Mais s'il reste dans la rue, ça nous coûte facilement 80 000 $, entre les interventions des services d'urgence, les pompiers, les visites à l'hôpital pour l'hypothermie », explique-t-il.

Le maire de Medicine Hat, Ted Clugston, devant l'hôtel de ville. Le maire de Medicine Hat, Ted Clugston, devant l'hôtel de ville. Photo : Radio-Canada / Laurence Martin

Depuis 2009, près de 1100 personnes ont été logées à Medicine Hat. Selon la Ville, il s'agit de la très grande majorité des personnes en situation d'itinérance.

Grâce au programme, elles passent en moyenne 33 % moins de temps à l'hôpital et 73 % moins de temps en prison.

Pas une solution miracle

Le programme a quand même ses limites. Il reste encore quelques dizaines d'itinérants à Medicine Hat. Certains n'auront jamais envie de sortir de la rue.

Et puis, alors que d'autres municipalités au pays commencent à imiter l'initiative – souvent au moyen de projets pilotes –, on peut se demander : est-ce qu'à Medicine Hat la petite taille de la ville n'a pas aidé les intervenants sur le terrain? Est-ce qu'on peut réussir aussi bien à Montréal ou à Toronto?

Vue sur l'église de Medicine Hat. Medicine Hat, dans le sud-est de l'Alberta, compte 63 000 habitants. Photo : Radio-Canada / Richard Marion

Ted Clugston est conscient du défi : « Le problème dans un endroit comme Toronto ou Vancouver, c'est que tout le monde veut aider. Il y a des églises, des centres, des banques alimentaires. Les sans-abri peuvent tomber entre les mailles du filet. À Medicine Hat, on a un seul point d'entrée : la Société de logement. »

Ted Clugston encourage tout de même les autres villes à lui emboîter le pas. Parce que la dignité n'a pas de prix. Et lorsqu'elle en a un, il n'est pas toujours inabordable.

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