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  • Exclusif
  • Hausse anticipée du prix des cours de conduite au Québec

    L’enseigne porte l’inscription « Élève au volant » peinte en lettres blanches sur fond bleu ainsi que le logo du Groupe Tecnic.
    Enseigne de l’école de conduite Tecnic installée sur le toit d’une voiture Photo: Radio-Canada / Carl Boivin

    Les apprentis conducteurs devront bientôt payer davantage pour leurs cours de conduite. Le gouvernement Couillard souhaite indexer au coût de la vie le montant maximum exigible pour les cours, fixé à 825 $ depuis 2010. Les écoles de conduite saluent l'intention, mais la jugent nettement insuffisante pour combler le manque à gagner causé par neuf années de gel.

    Un texte de Louis Gagné

    Lors de l’étude détaillée du projet de loi 165, portant sur la refonte du Code de la sécurité routière, le ministre des Transports, André Fortin, a signifié son intention d’indexer le prix maximum des cours de conduite sur l’indice des prix à la consommation (IPC).

    « Il vient un moment où l’indexation devient nécessaire, ne serait-ce que pour le bon fonctionnement des écoles de conduite », a déclaré le ministre, qui a insisté sur l’importance d’éviter « un choc tarifaire » pour les futurs automobilistes.

    En prenant en considération la hausse projetée de l’inflation de 1,7 % en 2018, le prix maximum des cours de conduite pourrait passer de 825 $ à 839 $ environ. Un montant qui exclut les taxes et le matériel d’enseignement.

    Hausse insuffisante

    L’industrie des écoles de conduite se réjouit que le gouvernement se décide finalement à indexer le prix des cours, comme elle le réclame depuis longtemps. Ses représentants regrettent toutefois que la hausse ne tienne pas compte du gel des neuf dernières années.

    « Bien que nous appuyions l’indexation prospective annuelle, nous aurions souhaité […] que celle-ci soit aussi rétroactive », ont-ils écrit dans une lettre transmise au ministre André Fortin le 23 mars dernier et dont Radio-Canada a obtenu copie.

    « Ce n’est définitivement pas suffisant », dénonce en entrevue téléphonique le président de l’Association des écoles de conduite du Québec (AECQ), François Lauzière, l'un des signataires de la missive.

    « C’est comme si vous disiez : "À partir de maintenant, pour les neuf dernières années où il n’y a absolument rien eu de changement, on vous accorde une augmentation qui va être peut-être de 11 ou 12 $" », ajoute celui qui est également copropriétaire des écoles de conduite Parcours.


    André Fortin lors du dépôt du projet de loi 165 qui vise à modifier le code de la sécurité routière. Le ministre des Transports, André Fortin Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

    « On rit de nous autres »

    Au moment de rendre le cours de conduite obligatoire au tournant des années 2010, la ministre des Transports de l’époque, Julie Boulet, avait imposé un prix plafond de 825 $ afin de s’assurer que les cours demeurent accessibles.

    Cette mesure répondait à une préoccupation de la protectrice du citoyen, qui craignait que l’industrie des écoles de conduite profite de la réintroduction du cours obligatoire pour augmenter exagérément ses prix.

    Le montant maximum de 825 $ n’a jamais été augmenté, et ce, même s’il était prévu au départ de le revoir annuellement.

    On avait la promesse que l’année d’après, ils étaient pour réajuster le prix, ce qui n’a pas été fait. Alors, vous comprenez qu’aujourd’hui, on se sent non seulement bafoués, mais on rit de nous autres carrément.

    François Lauzière, président de l’Association des écoles de conduite du Québec et copropriétaire des écoles Parcours

    Des écoles « prises à la gorge »

    M. Lauzière fait remarquer que les écoles de conduite ont vu leurs principaux postes de dépenses augmenter considérablement depuis 2010. À titre d’exemple, le prix moyen du litre d’essence était d’environ 1,03 $, alors qu’il oscille actuellement entre 1,35 $ et 1,45 $ dans plusieurs régions du Québec.

    Comme elles ne peuvent augmenter le prix de leurs cours pour compenser la hausse de leurs dépenses, les écoles de conduite ont de plus en plus de mal à garder la tête hors de l’eau, soutient le président de l’AECQ.

    « Les écoles de conduite sont prises à la gorge [et] quand elles vont tomber une après l’autre, c’est le public qui va payer pour. Ce ne seront pas les fonctionnaires assis dans leur bureau qui ne comprennent pas ce qui se passe », prévient François Lauzière.


    On aperçoit un jeune homme et son instructeur. Ils sortent d’une voiture aux couleurs du Groupe Tecnic.Un apprenti conducteur et son instructeur à l’issue d’une séance pratique d’un cours de conduite. Photo : Radio-Canada / Carl Boivin

    La qualité des cours écope

    L’augmentation des dépenses et la stagnation des revenus auraient en outre une incidence sur la qualité de l’enseignement dispensé par les écoles de conduite.

    « Ça devient difficile d’innover, d’avoir du matériel pédagogique toujours à la hauteur lorsque les revenus ne sont plus à la hauteur des dépenses », explique la directrice générale du réseau des écoles de conduite Tecnic au Québec, Mylène Sévigny.

    C’est sûr que cette situation-là entraîne une perte de qualité marquée.

    Mylène Sévigny, directrice générale, Groupe Tecnic 2000 inc.

    À cela s’ajoute la difficulté de trouver et de garder du personnel compétent, les écoles étant parfois incapables d’offrir à leurs moniteurs des salaires compétitifs.

    « Les augmentations de salaire sont limitées, voire gelées dans certaines écoles, ce qui fait que c’est de plus en plus difficile de trouver un personnel stable. On passe d’un moniteur à un autre », déplore Mylène Sévigny.

    Décret

    L’indexation du prix des cours de conduite passera vraisemblablement par l’adoption d’un décret ministériel et non par un ajout au projet de loi visant à modifier le Code de la sécurité routière.

    Lors de l’étude des crédits budgétaires du ministère des Transports, mardi soir, André Fortin a indiqué que le dossier « chemine bien » et qu’il a bon espoir « d’en arriver à une réalisation concrète pour les écoles de conduite très bientôt ».

    « Notre intention serait d’adopter la mesure avant le 1er septembre pour potentiellement une entrée en vigueur le 1er janvier 2019 », a affirmé le ministre en réponse à une question du député Benoit Charette, de la Coalition avenir Québec.

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