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Complot de la Saint-Valentin : comment Halifax a évité une tuerie de masse

Lindsay Souvannarath en 2015 menottée dans un couloir du tribunal à Halifax.
Lindsay Souvannarath en 2015 à Halifax. Photo: La Presse canadienne / Andrew Vaughan

Alors que se poursuit l'enquête sur l'attaque à la camionnette qui a fait 10 morts, lundi à Toronto, une policière de la GRC a décrit les événements frénétiques qui ont permis de déjouer un complot pour faire plusieurs morts dans un centre commercial d'Halifax, le jour de la Saint-Valentin, en 2015.

Vendredi dernier à Halifax, Lindsay Souvannarath, de Geneva en Illinois, a été condamnée à une peine de prison à vie pour son rôle dans ce complot.

En entrevue à CBC mardi, la sergente Lisa Stuart de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) a relaté les détails saisissants des quelques heures, en février 2015, qui auraient pu changer à jamais Halifax et le Canada.

Un informateur anonyme lance les policiers sur la piste

Tout a commencé le 12 février 2015, environ quarante-huit heures avant ce qui aurait pu être un carnage au centre commercial Halifax Shopping Centre.

La ligne téléphonique Échec au crime reçoit l'appel d'une personne anonyme. Celle-ci donne à la police le nom d'un résident d'Halifax (James Gamble) et l’avertit qu'une certaine « Lindsay S. de Chicago » est dans un avion en route vers Halifax, où elle se rend avec l'intention d'y commettre des meurtres.

Lisa Stuart de la GRC.La sergente Lisa Stuart de la Gendarmerie royale du Canada explique comment le complot pour commettre une tuerie à Halifax a été déjoué. Photo : CBC / Eileen McInnis

La force policière doit réagir rapidement pour déterminer si l’appel est crédible.

« On ne savait pas quel centre commercial. On avait le prénom d'une femme, mais pas son nom de famille. On savait aussi que leur intention était d'abattre et de poignarder des gens au centre commercial », raconte Lisa Stuart. « C'était à faire dresser les cheveux sur la tête. »

Un analyste expert en criminalité fouille les réseaux sociaux. Il lit le blogue de James Gamble, 19 ans, un résident de Timberlea, dans la grande région d’Halifax, et y repère rapidement un contenu qui alarme les autorités.

James Gamble tenant une arme à feu et un couteau.James Gamble sur une photo publiée sur son blogue. Photo : La Presse canadienne / Tumblr

La sergente Stuart se souvient en particulier d'une image du jeune homme, une arme à feu à la main.

Elle ordonne alors le déploiement d'une équipe de surveillance au domicile de James Gamble. Elle avertit également l'Agence des services frontaliers du Canada pour qu’elle ordonne à ses agents d’ouvrir l'oeil et d'attendre l'arrivée possible à l'aéroport international Stanfield d'Halifax de la dénommée « Lindsay S. », en provenance des États-Unis.

Les policiers déployés à la résidence d'un jeune homme de 19 ans

Les policiers surveillant la résidence des Gamble. Ils interceptent les parents du suspect à leur sortie de la maison, et les conduisent au détachement de Tantallon de la GRC. Le père dit aux enquêteurs qu'il y a des armes à feu dans sa maison, mais qu'elles sont sous clé et qu'il ne pense pas que son fils puisse y avoir accès.

La police appelle James Gamble sur son téléphone cellulaire et lui demande de sortir de la maison, pour aller discuter avec les policiers qui l'y attendent.

« À ce moment-là, il coopérait et nous a dit qu'il allait sortir », dit Lisa Stuart.

Mais trois minutes plus tard, un bruit sec met fin à la conversation téléphonique.

C'est alors, déclare Mme Stuart, que les policiers ont compris « qu'il était dédié à une cause, pour ainsi s'enlever la vie aussi rapidement après avoir parlé aux policiers pendant quelques minutes. »

Mme Stuart va alors parler aux parents. « Ils n'étaient pas très coopératifs », dit-elle. « Évidemment, c'était une situation très émotive pour eux. Ils venaient juste d'apprendre que des coups de feu avaient été tirés à leur résidence. »

Résidence des Gamble le soir.La résidence où vivait James Gamble avec ses parents à Timberlea, dans la grande région d'Halifax. Photo : La Presse canadienne / Andrew Vaughan

La police envoie un robot dans la maison des Gamble. Celui-ci ne peut grimper les escaliers, mais il permet aux policiers de constater que la voie est libre au rez-de-chaussée. Les agents investissent alors la résidence et trouvent James Gamble mort à l'étage supérieur.

Plus tard ce soir-là, les parents de James Gamble ont reçu un appel de Randall Shepherd, un ami de leur fils. Ce sont eux qui lui ont appris que James était mort.

« Ç’a été une très courte conversation. En somme, il a dit : "Il faut que je parte" », relate Mme Stuart.

Plus tard, Shepherd a rappelé le couple Gamble. Il leur a demandé leur adresse, disant que James lui avait demandé une semaine plus tôt d'accueillir une femme partie de Chicago.

Ce soir-là, la police a informé les parents que leur fils avait prévu les tuer avant que le plan ne soit mis à exécution au centre commercial.

 Randall Shepherd amené au tribunal par des policiers.Randall Shepherd a été condamné à 10 ans de prison en novembre 2016. Photo : La Presse canadienne / Andrew Vaughan

« En tant que parent, cela me trouble encore aujourd'hui », avoue Mme Stuart. « Si je les avais laissé entrer dans cette maison le soir du 12, il n'y a aucun doute dans mon esprit qu'il les aurait abattus dès leur arrivée. »

Un policier à l'aéroport a repéré Randall Shepherd à son arrivée et a immédiatement procédé à son arrestation. Shepherd a plaidé coupable en novembre 2016 et été condamné à 10 ans de prison.

Lindsay Souvannarath attire la méfiance à l'aéroport

Entretemps, l'Agence des services frontaliers du Canada n'avait pas prévenu ses agents de surveiller tous les vols arrivant des États-Unis, contrairement aux indications de la policière Lisa Stuart.

Dominic Mallette, le directeur de l'Agence en Atlantique, dit qu'il y a eu une enquête pour déterminer les raisons pour lesquelles cette alerte n'a pas été partagée. Il refuse cependant d'en révéler les conclusions.

M. Mallette louange le travail d'un agent des services frontaliers qui, sans avoir été informé de l'arrivée de la voyageuse, a soumis Lindsay Souvannarath à une seconde inspection, facultative.

« Elle avait une très mauvaise dentition et son teint était très mauvais, avec des lésions au visage. Ça m'a laissé penser qu'elle était peut-être sous l'effet de la drogue », a écrit cet agent dans son rapport, lu lors du procès.

Une femme à l'extérieur d'une salle d'audience d'un tribunalLindsay Souvannarath lors d'une comparution en cour en mars 2015. Photo : La Presse canadienne / Andrew Vaughan

M. Mallette ajoute que, pour cet agent, il était très clair à l'inspection primaire des voyageurs que l'histoire racontée par Souvannarath était remplie d'incohérences. « Elle n'avait pas l'argent dont elle avait besoin, son billet d'avion avait été acheté à la dernière minute, elle venait voir son copain mais ne savait pas vraiment où il habitait », relate-t-il.

Une fois certaine que tous les conspirateurs étaient détenus, la police a organisé une conférence de presse extraordinaire à Halifax dans la soirée du vendredi 13 février afin d'informer le public du complot déjoué.

Une ville qui aurait été changée à jamais

Cette soirée est toujours « surréaliste » pour Mme Stuart. « Halifax n'aurait plus jamais été la même, si c'était arrivé », dit-elle en parlant de l'attaque prévue.

Mme Stuart dit avoir ressenti du soulagement, et avoir été agréablement surprise de la peine sévère imposée à Lindsay Souvannarath. La femme de Geneva en Illinois, aujourd’hui âgée de 26 ans, a été condamnée à la prison à vie.

Selon la policière, le juge Peter Rosinski « a clairement signalé à quiconque partageant la même idéologie au sujet des tueries des masses et des tueries scolaires que ce genre d'actions ou d'intention criminelle ne sera pris à la légère nulle part dans notre pays ».

Plus de trois ans après l'événement, la police ne dévoile pas l'identité de la personne qui a communiqué avec Échec au crime et a permis de lancer les enquêteurs sur la piste des suspects. Les autorités indiquent cependant que cet personne ne connaissait pas James Gamble personnellement.

Lisa Stuart dit que l'attaque à la camionnette survenue le 23 avril à Toronto démontre à quel point Halifax l'a échappé belle. « On doit toujours être vigilants. Sans cette personne qui a donné l'indice à Échec au crime, on serait en train de parler d'une tout autre situation. »

Avec les informations de CBC

Nouvelle-Écosse

Justice et faits divers