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Un immigrant belge dénonce le recrutement à l’étranger du Nouveau-Brunswick

Téléjournal, 3 octobre 1984

Radio-Canada

Le Belge Alain Olagny compte plier bagage après cinq années passées au Nouveau-Brunswick. Il croit que la province trompe les immigrants lors de ses missions de recrutement à l'étranger.

Alain Olagny et son épouse Anne Solfa ont quitté une Europe instable pour trouver la tranquillité au Nouveau-Brunswick. La province avait dit à M. Olagny qu’il avait le bon profil pour vivre dans les Maritimes, puisqu'il est entrepreneur.

Près de cinq ans plus tard, le Nouveau-Brunswick lui laisse un goût amer. Sa lune de miel avec les Maritimes est bel et bien terminée.

« Il y a les francophones qui voient un immigrant arriver [et se disent] : "Oh! C’est un nouveau conquérant". Ils se protègent! Il n’y a pas de trou où un [immigrant] peut entrer », déclare-t-il.

M. Olagny reconnaît tout de même que l'accueil chaleureux promis était au rendez-vous. Mais il maintient que l'acceptation et l’intégration manquaient.

Au revoir Nouveau-Brunswick!

Il en a gros sur le coeur lorsqu'il songe au système de recrutement de la province. « On nous dit : “Ne vous inquiétez pas, vous pouvez vivre tout en français". Ah oui! On peut vivre, mais y travailler [c’est impossible] si tu ne parles pas anglais. »

Chauffeur de bus ou de limousine, tuteur de français et bénévole, les Olagny ont cumulé les petits emplois.

Alain Olagny, qui est entraîneur de basketball d’expérience, a même tenté de mettre sur pied un club à Riverview.

L’absence de succès le force à mettre la clé sous la porte. « J'y ai cru en automne. Mais au mois de janvier, quand j’ai vu que je n'avais que de deux à trois joueurs, j’ai dit non! »

Selon Alain Olagny, sa situation est loin d’être exceptionnelle. « Sur le groupe d’immigrants qu’on avait, il y a cinq ans. Il y en a 55 qui sont partis », souligne-t-il.

Identifier le problème

Le Centre d’accueil et d’accompagnement francophone des immigrants du sud-est du Nouveau-Brunswick (CAFI) affirme qu’il ne faut pas généraliser.

« Il serait faux de dire que le Nouveau-Brunswick est un paradis pour immigrants. Ce serait faux de dire que c’est le pire endroit au Canada pour les immigrants », croit Neil Boucher, directeur général de l'organisme.

M. Boucher poursuit en disant que la réalité est à mi-chemin entre ces deux extrêmes.

Le Nouveau-Brunswick se défend

Pour sa part, le gouvernement du Nouveau-Brunswick affirme qu'il met en oeuvre des stratégies pour garder les immigrants dans la province.

« Nous gérons un programme de financement pour les organismes sans but lucratif visant à faciliter l'établissement, l'intégration et la rétention des nouveaux arrivants dans les collectivités et la population active du Nouveau-Brunswick », précise un porte-parole.

Le ministère ajoute qu’à l'heure actuelle, le taux de rétention du Programme des candidats des provinces se situe à environ 70 %.

Un goût amer

De toute évidence, Alain Olagny ne compte pas faire partie de cette statistique.

Il pense que la province doit s'interroger. « On pourrait inventer 50 000 solutions ou faire venir 50 000 immigrants, si le problème vous ne l'avez pas détecté à l’avance, convenablement identifié, vos immigrants, ils ne serviront à rien », assène-t-il.

Avec ce sentiment, M. Olagny quittera la province. « Le gouvernement du Nouveau-Brunswick nous ment. Il détruit ma famille », conclut-il les larmes aux yeux.

D’après les renseignements de Mathieu Massé

Nouveau-Brunswick

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