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30 ans de retard dans les archives francophones en Saskatchewan

Des centaines de mètres de documents sont conservés au bureau des archives proviciales de Regina.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

La Société historique de la Saskatchewan (SHS) estime qu'il faudrait 30 ans à un archiviste à temps plein pour venir à bout des archives francophones dans la province. Le problème a soulevé par la députée communautaire de Ponteix, Annette Labelle, lors de l'Assemblée des députés communautaires des 13 et 14 avril dernier. Le bureau des archives provinciales n'emploie plus d'archiviste bilingue à temps plein depuis 1993.

Un texte d'Anne-Hélène Mai

La dernière archiviste bilingue à temps plein, Marie-Louise Perron, travaillait dans le cadre d'une entente rendue effective en 1980 entre le bureau des archives provinciales, le gouvernement de la Saskatchewan, l'Université de Regina et la Société historique de la Saskatchewan. Des compressions budgétaires, au début des années 1990, ont mis fin à cette entente, qui n’a pas été renouvelée depuis.

Un financement ponctuel de Bibliothèque et Archives Canada a permis l’embauche d’un archiviste stagiaire bilingue en septembre 2016. La subvention n’étant pas renouvelée, le poste a été supprimé.

30 années de rattrapage

C’est ce que conclut l’état des lieux réalisé par la SHS à travers la province. La SHS a consulté les organismes francophones de chaque municipalité. Elle a également sondé les institutions et les organisations anglophones susceptibles d’avoir en leur possession des documents en français délaissés.

À cela s’ajoutent les archives déjà entreposées au bureau provincial ainsi que les archives des particuliers, plus difficiles à jauger. La SHS reçoit de nombreux appels de membres de la communauté qui disent posséder des cartons de documents, mais elle ne peut pas les prendre en charge faute d’espace sécuritaire.

Annette Labelle lors de l'Assemblée des députés communautaires du 13 avril 2018.

Annette Labelle est députée communautaire de Ponteix et responsable de la liaison avec La Société historique de la Saskatchewan.

Photo : Radio-Canada

« C'est énorme, ce que les gens ont conservé à travers les années », dit Annette Labelle, qui est responsable de la liaison avec la SHS à l’Assemblée communautaire fransaskoise. « Mais les gens qui sont là maintenant ont tous des cheveux gris, et ça ne durera pas éternellement que ces gens-là vont être capables de sauver les archives de leur famille, de leur paroisse ou des centres communautaires. »

Des bénévoles en renfort

Actuellement, des bénévoles dans plusieurs municipalités s’affairent à rassembler et à trier papiers, photos et bobines de film. La communauté de Saint-Isidore-de-Bellevue a notamment mis sur pied son propre comité d’archives en 2016, mené par Alice Gaudet.

Mais ces bénévoles ne sont pas formés et leur traitement des documents peut se montrer irrégulier. Selon Annette Labelle, le travail d’archivage s'accompagne d'une bonne dose de questionnements.

« Qu’est-ce que tu gardes? Qu'est-ce que tu ne gardes pas? Comment travailler avec des documents qui sont sensibles? Est-ce que tu numérises tout? », énumère-t-elle.

La SHS a donc invité un professionnel de l’Alberta qui fera une tournée dans la province pour venir en aide aux bénévoles. La SHS établira un horaire et un trajet qui seront dévoilés prochainement.

Ces mesures serviront à alléger la tâche de l'archiviste qui serait embauché au bureau provincial. Les documents triés occuperont également un plus petit espace dans les entrepôts du bureau provincial qui réunissent les conditions nécessaires pour offrir une bonne conservation, tel que le contrôle de la température de l’humidité.

Les archivistes anglophones solidaires

D’après le directeur général de la SHS, Alexandre Chartier, les archivistes anglophones sont bien plus ouverts qu’il y a quelques dizaines d’années à collaborer avec les archivistes francophones. Il soutient même que les anglophones bénéficient du « leadership » francophone en lien avec la défense du travail d’archivage.

Vieux livre conservé au bureau des archives provinciales à Regina.

Le bureau des archives provinciales possède deux bureaux à Saskatoon et un à Regina, en plus de plusieurs entrepôts dans les deux villes.

Photo : Radio-Canada

Selon Linda McIntyre, du bureau des archives de la Saskatchewan, son équipe n’a pas les moyens d'augmenter ses effectifs, et ce, depuis plusieurs années. Ses collègues et elle souhaitent embaucher un archiviste bilingue dès que l’occasion se présentera.

Toutefois, le programme fédéral Jeunesse Canada au travail a permis au bureau des archives de créer un partenariat avec l’Association jeunesse fransaskoise, l’été dernier. Des jeunes ont pu contribuer à la conservation de photos de l’Association grâce aux outils à leur disposition au bureau provincial.

Un enjeu identitaire

Pour Alexandre Chartier et Annette Labelle, les archives sont indispensables pour défendre l’histoire de la communauté francophone.

« On est dans un système où on défend les droits des francophones. Pour défendre ces droits-là, on doit exprimer notre antériorité, cette histoire et notre présence », explique-t-il. « Et si on exprime cette présence, c'est parce qu’on a la capacité de voir dans le passé avec des faits et des preuves. »

Pour que nos ancêtres soient fiers de nous autres, mais en même temps que nos enfants soient fiers de nous autres, c'est important d'écrire et de trouver les archives pour être capables de se reconnaître plus tard.

Annette Labelle, députée communautaire de Ponteix

Saskatchewan

Francophonie