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Des catholiques franco-ontariens veulent leur église

Les messes et célébrations de la Mission catholique Saint-Frère-André ont lieu dans la cafétéria de l'école secondaire Renaissance.
Les messes et célébrations de la Mission catholique Saint-Frère-André ont lieu dans la cafétéria de l'école secondaire Renaissance. Photo: Radio-Canada / Marie-Hélène Ratel

Alors que des églises ferment régulièrement leurs portes partout au pays, la situation est tout autre au sein de la communauté catholique francophone de la région de York, en Ontario. Les paroissiens se sont récemment prononcés pour avoir leur propre église. Un projet d'envergure d'environ 3,5 millions de dollars qui prendra plusieurs années à se réaliser.

Un texte de Marie-Hélène Ratel

C’est dans la cafétéria de l’école secondaire catholique Renaissance, à Aurora, que toutes les messes et célébrations de la Mission catholique Saint-Frère-André ont lieu depuis 10 ans.

Chaque semaine, des bénévoles aménagent l’espace pour accueillir quelques centaines de personnes. Il s’agit de la seule messe offerte en français dans une région où 11 615 résidents ont le français comme langue maternelle, ou le parle à la maison, selon les données de Statistique Canada de 2016.

Certains paroissiens font jusqu’à 45 minutes de route pour assister à la célébration hebdomadaire. Plusieurs croient que le temps est venu pour avoir leur propre église.

En décembre dernier, une consultation communautaire a été menée auprès des 866 membres. Des 138 répondants, 82 % se sont prononcés en faveur du projet de construction d’une église sur une partie du terrain de l’école Renaissance du conseil scolaire MonAvenir.

Le conseil scolaire est ouvert à l'idée de prêter une partie de son terrain à la Mission catholique Saint-Frère-André pour la concrétisation du projet, mais une entente doit encore être signée à cet effet.

L'utilisation de cet espace réduirait les coûts de façon considérable, explique le porte-parole du comité Bâtissons ensemble Alain Beaudoin. Il reconnaît tout de même que le projet est de taille.

C’est un projet ambitieux de construire une église en 2018 lorsqu’on sait qu’on en ferme un peu partout au Canada. On veut une église modeste et moderne.

Alain Beaudoin, porte-parole du comité Bâtissons ensemble
Quelques centaines de paroissiens sont présents chaque semaine à la messe du dimanche.Quelques centaines de paroissiens sont présents chaque semaine à la messe du dimanche. Photo : Radio-Canada / Marie-Hélène Ratel

La communauté devra amasser environ 3,5 millions de dollars pour construire une église de 5 000 pieds carrés pouvant accueillir de 300 à 400 personnes.

Alors que dans le passé les églises étaient le point de départ pour la construction d’écoles, il est assez unique à présent de voir une communauté s’allier avec un établissement scolaire pour y bâtir son église, explique le directeur des communications de l’archidiocèse de Toronto, Neil MacCarthy.

Il ajoute que ce « scénario créatif » est un reflet des besoins de la communauté, qui n’aurait pas à entamer tout le processus de zéro.

Une communauté en croissance

Depuis le début des messes hebdomadaires en français dans la région en 2004, le nombre de paroissiens a augmenté de façon constante. Environ 800 familles sont aujourd'hui inscrites.

M. Beaudoin énumère certains facteurs qui pourraient expliquer cette hausse, dont le plus grand nombre de familles francophones qui s’installent dans la région de York, la création d’écoles catholiques de langue française et l’intégration de nouveaux arrivants.

Le père Jean Al Alam constate que la communauté est jeune et très multiculturelle. Il est arrivé du Liban il y a 10 ans et s’est depuis familiarisé avec les différentes cultures, dont la francophonie ontarienne.

Le père Jean Al Alam lors d'une messe.Le père Jean Al Alam s'est joint à la Mission Saint-Frère-André depuis 2008. Photo : Radio-Canada / Marie-Hélène Ratel

C’est très important pour les familles qui désirent transmettre leur foi. Elles désirent cette église pour leurs enfants. C’est très important de le faire en français pour eux.

Père Jean Al Alam, responsable de la Mission Saint-Frère-André

Le père Jean Al Alam ajoute que la construction d'une église est la prochaine étape importante à franchir pour accroître le sentiment d'appartenance au sein de la communauté.

La pratique religieuse en déclin au Canada

Depuis une cinquantaine d’années, la pratique religieuse est en déclin partout au pays. Mais cette réalité n’est pas encore reflétée dans la grande région de Toronto, constate le professeur en histoire à l’Université York, Roberto Perin.

Il n’est pas rare de voir des églises bondées dans les banlieues de la Ville Reine, explique-t-il, et cette tendance serait grandement influencée par l’arrivée constante d’immigrants, dont bon nombre sont de confession catholique.

Au cours des deux dernières décennies, au moins une nouvelle église de l’archidiocèse de Toronto a été ouverte chaque année.

Mais selon le professeur Perin, le projet de bâtir une nouvelle église est un « peu risqué ». D’après ses études, l'engouement ne se transmettra pas d’une génération à l’autre.

Les enfants d'immigrants vont se comporter face à leur religion comme les autres Canadiens, c’est à dire, ne pas souvent fréquenter l’église.

Roberto Perin, professeur d’histoire, Université York

Les bénévoles et paroissiens de la Mission catholique Saint-Frère-André se disent tout de même optimistes et espèrent que la concrétisation du projet attirera encore plus de gens.

Le président du conseil paroissial de la pastorale, Claude Arcand, remarque par ailleurs que certaines personnes préfèrent fréquenter une église plus près de chez eux, même si la célébration se déroule en anglais.

Souvent les gens disent : c’est une belle paroisse, vous faites une très belle liturgie... mais c’est une cafétéria.

Claude Arcand, président du conseil paroissial de la pastorale

Il espère qu’un lieu physique qui appartiendra à la communauté catholique francophone de York sera un incitatif pour effectuer le déplacement à Aurora.

L'école secondaire catholique Renaissance vue de l'extérieur.Le conseil scolaire MonAvenir est ouvert à l'idée de prêter une partie du terrain de l'école secondaire catholique Renaissance pour la construction de l'église. Photo : Radio-Canada / Marie-Hélène Ratel

Un projet de longue haleine

La prochaine étape du comité Bâtissons ensemble sera de définir un emplacement sur le terrain de l’école Renaissance.

Le groupe compte aussi entamer une campagne de financement dès l’an prochain.

Par ailleurs, une étude de faisabilité sera menée afin d’évaluer la capacité financière de la communauté à mener à terme un tel projet.

La construction ne débuterait pas avant 2022.

Toronto

Croyances et religions