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  • Envoyé spécial
  • Les grands défis d’une économie cubaine en difficulté

    L'existence de deux monnaies parallèles a créé des différences sociales embarrassantes dans cette société qui se veut égalitaire.

    Photo : Getty Images / AFP/Yamil Lage

    Radio-Canada

    Le grand défi du nouveau gouvernement cubain, issu de la génération post-révolution castriste, sera économique. Deux grands volets : unifier les deux monnaies qui ont cours parallèlement à Cuba et, en même temps, hausser progressivement les salaires des employés de l'État au même niveau que les 500 000 Cubains qui travaillent dans le secteur privé ou qui ont accès à des devises.

    Un texte de Jean-Michel Leprince

    Liber Puente Baro est bardé de diplômes. Ingénieur électrique, il a choisi d’étudier les sciences politiques pour devenir diplomate. Il a atteint un niveau moyen au sein du ministère cubain des Affaires étrangères, mais très vite, comme beaucoup de fonctionnaires, il a déchanté.

    Tous les Cubains employés par l’État (70 % de la main-d’œuvre totale) touchent entre 20 et 30 $ par mois. Bien sûr, tous les services sociaux, en santé, en éducation, en culture, sont gratuits. Ils peuvent aussi acheter des produits de base subventionnés. Mais ça ne suffit pas.

    Liber s’est remis aux études, de commerce cette fois-ci. Il a obtenu une bourse britannique pour étudier les affaires à Londres et il a lancé son entreprise. Tostonet est une PME d’une dizaine de collaborateurs qui réparent des vieux ordinateurs et en reconstruisent de nouveaux avec de vieilles pièces, parfois de très vieilles pièces. Ils font aussi des dépannages et créent des pages web.

    Mon idée, c’est de mettre sur pied un service nouveau qui fonctionne dans un pays où les choses ne fonctionnent pas toujours très bien. D’autant plus que l’accès à la technologie est limité dans le pays, même si la numérisation de l’économie a été décrétée priorité pour le pays.

    Liber Puente Baro, PDG de Tostonet
    Plan rapproché de M. Baro.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

    Liber Puente Baro gagne beaucoup plus d'argent depuis qu'il s'est lancé dans le privé.

    Photo : Radio-Canada

    Il gagne de trois à cinq fois plus grâce à son entreprise que dans la diplomatie. Ce n’est pas le pactole, mais cela lui permet de faire vivre convenablement une famille.

    De plus en plus de Cubains se lancent dans le secteur privé ou songent à le faire.

    Dans le secteur de pointe de la biopharmacie cubaine, un grand laboratoire, BioCubaFarma, a perdu 40 % de sa main-d’œuvre hautement qualifiée de 2014 à 2016.

    Beatriz Estevez, diplômée en droit, gagne sa vie en faisant la statue vivante dans les rues et elle n’a pas honte de le dire.

    Plan rapproché de Mme Estevez.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

    Beatriz Estevez est devenue amuseuse publique.

    Photo : Radio-Canada

    Jose Antonio Torres a raccroché son sarrau d’infirmier et il transporte des touristes en vélo-taxi. Il gagne en un jour ce qu’il touchait en un mois comme infirmier.

    Des médecins ou des professeurs devenus chauffeurs de taxi, guides touristiques ou barmans sont légion à Cuba.

    Un billet de 3 pesos cubains à l'effigie de Che GuevaraAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

    Un billet de 3 pesos cubains à l'effigie du Che Guevara.

    Photo : Radio-Canada

    Deux monnaies, deux niveaux de vie

    En plus, les travailleurs de l’État sont payés en peso cubain, le CUP, et non en CUC, le peso convertible, qui est la monnaie des touristes et des échanges et qui vaut 1 $ US. Et il faut 24 CUP pour 1 CUC.

    On n’achète pas grand-chose avec des pesos cubains. Il faut des CUC pour acheter des produits importés et Cuba importe la plupart de ses biens de consommation.

    Il y a les Cubains qui ont accès aux dollars des touristes, ceux qui reçoivent de l’argent de leur famille exilée en Floride – un bon tiers de la population – et les autres, ceux qui dépendent uniquement de leur salaire d’État, payé en pesos cubains.

    Un Cubain qui a accès aux dollars ou aux CUC est un Cubain riche.

    « Il devrait n’y avoir qu’une seule monnaie, souligne Liber Puente Baro. C’est d'ailleurs une priorité pour l’État. Les deux monnaies ont créé des différences sociales. »

    Situation embarrassante dans une société officiellement égalitaire.

    Cuba devra inévitablement s’infliger une thérapie de choc pour surmonter ces difficultés.

    Raul Castro voulait le faire. Il n’a pas réussi.

    Officiellement, on dit que l’économie cubaine avait encore une croissance trop faible (moins de 2 %) pour se permettre un tel choc.

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