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La Corée du Nord suspend ses tests nucléaires

Le récit d'Ève Couture
Radio-Canada

Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un a décidé de suspendre les tests nucléaires et de lancement de missiles de son pays, a rapporté l'agence officielle KCNA. Une annonce reçue avec surprise et prudence.

« La Corée du Nord cesse ses essais nucléaires et les lancements de missiles balistiques intercontinentaux », écrit KCNA, ajoutant qu'elle « va fermer un site d'essais nucléaires dans le nord du pays afin de prouver son engagement à suspendre les essais nucléaires ». Le site en question serait démantelé.

Comme la capacité opérationnelle des armes nucléaires a été confirmée, il n'est plus nécessaire pour nous de mener des essais nucléaires ou de lancer des missiles. […] Le site d'essais nucléaires du Nord a rempli sa mission.

Kim Jong-un, dirigeant de Corée du Nord

Toutefois, rien ne permet pour l'instant de croire que l'État communiste est ouvert à l'idée se départir de son arsenal.

L'agence officielle a ajouté que Pyongyang entend dialoguer avec la communauté internationale pour parvenir à la paix dans la Péninsule coréenne et créer un « environnement international optimal » qui lui permettrait de développer son économie.

Ces décisions ont été prises au terme d'une réunion du comité central du Parti des travailleurs de Corée, au pouvoir depuis sa fondation en 1949.

Ce comité a discuté d'une « nouvelle phase » dans ses politiques. « Le Parti tout entier et la nation tout entière doivent maintenant se concentrer sur le développement de l'économie socialiste », a dit Kim Jong-un.

Elles interviennent quelques jours avant une rencontre entre Kim Jong-un et le président sud-coréen Moon Jae-in, qui doit avoir lieu dans un village à la frontière entre le Nord et le Sud.

Des Nord-Coréens apprennent la nouvelle en direct dans les rues du pays.Des Nord-Coréens apprennent la nouvelle en direct dans les rues du pays. Photo : Associated Press / Cha Song Ho

Un changement salué

« La décision de la Corée du Nord représente un progrès significatif pour la dénucléarisation de la péninsule coréenne, que le monde attend », a déclaré la présidence sud-coréenne dans un communiqué.

Séoul a ainsi parlé d'un « environnement très positif pour les sommets à venir entre les deux Corées et entre la Corée du Nord et les États-Unis », que la décision de Pyongyang « va créer ».

Le président américain Donald Trump, qui devrait rencontrer M. Kim à la fin de mai ou au début de juin, a rapidement salué ces annonces.

Ce sont de très bonnes nouvelles pour la Corée du Nord et pour le monde – de grands progrès! J'ai hâte à notre sommet.

Donald Trump, président des États-Unis, sur Twitter

M. Trump avait prévenu mercredi qu'il n'hésiterait pas à abandonner sa rencontre prévue avec Kim Jong-un si celle-ci ne s'annonçait pas « fructueuse ».

Puis, première surprise, Kim Jong-un avait renoncé à réclamer le retrait des troupes américaines de la Corée du Sud comme condition à la dénucléarisation de son pays.

Pyongyang a longtemps exigé le retrait des 28 500 soldats américains postés en territoire sud-coréen en contrepartie de la dénucléarisation de la péninsule. La présence des troupes américaines justifiait, selon la Corée du Nord, le développement de son programme nucléaire.

Sous le règne de Kim Jong-un, la Corée du Nord a fait des progrès rapides dans son programme d'armements, objet de nombreuses sanctions du Conseil de sécurité de l'ONU, des États-Unis, de l'Union européenne et de la Corée du Sud, entre autres. Pyongyang a ainsi mené l'an passé son sixième essai nucléaire et lancé des missiles capables de toucher le territoire des États-Unis.

La Chine, principale alliée de Pyongyang, a aussi salué la décision nord-coréenne en affirmant que cela améliorera la situation dans la péninsule.

Le premier ministre japonais Shinzo AbeLe premier ministre japonais Shinzo Abe Photo : Associated Press / Eugene Hoshiko

Le premier ministre du Japon, Shinzo Abe, a aussi bien accueilli ce « mouvement en avant » des Nord-Coréens, mais il a ajouté que celui-ci devra mener à une « dénucléarisation vérifiable ».

Toutefois, l'Australie et la Grande-Bretagne restent prudentes. Dans un communiqué, le gouvernement britannique a déclaré que la décision nord-coréenne était un pas dans la bonne direction. Il espère maintenant qu'il s'agit d'un « effort pour négocier de bonne foi ».

Le ministère russe des Affaires étrangères a pour sa part invité les États-Unis et la Corée du Sud à réduire leur activité militaire dans la région pour créer les conditions favorables à une solution négociée.

Moment historique ou manipulation?

Les analystes ne s'attendaient pas du tout à cette décision du régime nord-coréen au sujet de ses tests nucléaires.

« C’est surprenant, surprenant comme développement, je ne m’y attendais vraiment pas », a convenu Charles-Philippe David, président de l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), à l'émission 24|60 sur les ondes d'ICI RDI.

« Peut-être qu’on vit un moment historique, a-t-il reconnu. Mais je vais vous dire : la chute peut être très dure si jamais les attentes ne sont pas rencontrées. »

M. David préconise donc la prudence. « Les Nord-Coréens ont déjà vraiment triché dans ce dossier, à maintes reprises, depuis 20 ans. Est-ce que c’est vraiment possible de croire que Kim Jong-un soit le prochain [Mikhaïl] Gorbatchev de la réforme, de l’ouverture et de la transformation de l’économie? », a-t-il demandé, sourire en coin, en faisant référence au responsable de la libéralisation économique et politique de l'Union soviétique. « On va se garder une petite gêne. »

Un autre analyste, Benjamin Haddad, chercheur du Hudson Institute, à Washington, préfère aussi attendre de voir la suite des choses avant de trop s'avancer.

C'est peut-être un geste de bonne volonté, mais peut-être aussi une volonté de la part des Nord-Coréens de manipuler l’opinion mondiale ou Donald Trump lui-même.

Benjamin Haddad, chercheur du Hudson Institute

Selon M. Haddad, force est de constater que le discours parfois menaçant du président Trump à l'endroit de Pyongyang a de l'effet. Il a en quelque sorte « crédibilisé l’usage de la force », estime le chercheur.

« Ça donne l’impression, en tout cas, que cette stratégie de la tension permanente avec la Corée du Nord, depuis qu’il est devenu président, est en train de fonctionner, a-t-il indiqué. […] Il a dit à de nombreuses reprises que l’option militaire était sur la table. »

« Il arrive dans les négociations bilatérales du mois prochain avec une position crédible, une position renforcée », a souligné Benjamin Haddad.

Avec les informations de Agence France-Presse, Reuters, et Associated Press

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