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  • Exclusif
  • Mort de la petite Rosalie : « nous avons le pouvoir de faire changer les choses »

    Les précisions de Marie-Ève Cousineau

    La mort tragique de Rosalie Gagnon, cette semaine, a ébranlé bien des Québécois. Ce genre de drame familial pourrait toutefois être évité, soutient Josée Fortin, qui a fondé il y a quelques années la Maison Kangourou, le premier centre d'hébergement d'urgence pour enfants au Québec. Toutefois, ce refuge montréalais, fermé temporairement, pourrait ne jamais rouvrir, faute d'argent.

    Un texte de Jérôme Labbé

    Dans une lettre ouverte dont Radio-Canada a obtenu copie, Mme Fortin explique que la Maison Kangourou, qui fonctionne uniquement grâce à des dons et à des bénévoles, sauve des vies depuis plusieurs années sans tambour ni trompette.

    « Nous avons aidé de nombreuses familles qui auraient certainement fait la une des journaux si nous n'avions pas été là », écrit-elle.

    Mme Fortin a lancé en 2011 une ligne d'urgence pour apporter du soutien aux parents en détresse. Elle reçoit environ 700 appels par année.

    Depuis 2015, son centre d'urgence a également pignon sur rue. La Maison Kangourou, ouverte 24 heures sur 24, est située rue Sherbrooke Est, dans l'arrondissement Mercier–Hochelaga-Maisonneuve. En moyenne, deux parents en détresse se présentent sur place chaque jour pour y laisser leurs enfants. Ceux-ci peuvent être hébergés sur place pendant 15 jours maximum.

    Il ne s'agit donc pas d'une maison de répit comme les autres, où les parents doivent prendre rendez-vous et accepter d'être suivis par un travailleur social.

    Dans sa lettre intitulée Les infanticides, drames familiaux... on s'en fout!, Josée Fortin dit avoir été secouée par la mort de la petite Rosalie, à Charlesbourg.

    « Encore un autre enfant qui malheureusement fera la une des journaux, et dont le sort amènera les instances gouvernementales à faire des sorties publiques avec la gorge serrée, le trémolo dans la voix, un mouchoir dans la main et la larme à l'oeil, s’écriant haut et fort devant les caméras que c’est horrible et qu’il faut faire quelque chose! On proposera alors des études, poursuit-elle, comme celle du Rapport du comité d’experts sur les homicides intrafamiliaux commandé par le ministre de la Santé et des Services sociaux en 2012 à la suite du cas de Guy Turcotte, [une étude qui] a coûté des milliers de dollars aux contribuables et qui à ce jour dort toujours sur une tablette à Québec. »

    Pourtant, « nous avons le pouvoir de faire changer les choses », écrit-elle plus loin. « Je lance un appel à tous les acteurs publics pour nous soutenir dans notre mission. »

    Car les problèmes financiers de la Maison Kangourou sont sérieux. Le centre est fermé temporairement depuis janvier en raison d'un dégât d'eau. La structure du bâtiment est touchée, et les assurances ne paieront qu'une partie des travaux nécessaires. Il est donc fort possible que la Maison Kangourou soit incapable de rouvrir sans subvention.

    « Ce qu'on souhaiterait, c'est une décision politique », confirme Mme Fortin par téléphone. « Sinon, on ne peut rien promettre. »

    La directrice générale de la Maison Kangourou évalue que de 20 % à 25 % des parents qui se tournent vers son organisme sont en crise, c'est-à-dire qu'ils seraient prêts à commettre l'irréparable.

    « Il faut vraiment être dans la maison et voir les parents arriver en larmes en disant : "Moi, j'ai un plan, je vais tuer mon enfant" », raconte-t-elle.

    D'où l'importance d'obtenir l'appui monétaire des gouvernements.

    Combien ça vaut, la vie d'un enfant?

    Josée Fortin, directrice générale de la Maison Kangourou

    Dans sa lettre, Mme Fortin souligne que ses démarches auprès du ministère de la Famille se sont révélées infructueuses jusqu'ici... hormis un chèque de 500 $, reçu récemment.

    « Voilà le triste constat d’un organisme qui a pris naissance dans les cendres de ceux qui sont [disparus] et qui luttent, se battent et tentent de survivre, alors que des millions sont gaspillés chaque jour par les instances publiques », conclut-elle.

    Avec la collaboration de Flore Saget

    Société