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L'ETA demande « pardon » avant sa dissolution

Le récit de Frédéric Nicoloff

Dans un communiqué historique pour l'Espagne, l'organisation séparatiste basque ETA demande « pardon » pour tout le « mal causé » lors de sa lutte armée en faveur de l'indépendance du Pays basque, qui a fait plus de 800 morts et des milliers de blessés.

Cette déclaration sans précédent de l’ETA (Euskadi ta Askatasuna, ou Pays basque et liberté en français) a été publiée vendredi par les quotidiens basques Gara et Berria. Elle constitue un prélude à la dissolution officielle de l’organisation, prévue pour le début du mois de mai.

Fondé en 1959 sous la dictature de Franco, l’ETA a déjà renoncé à la lutte armée en 2011, après des années marquées par des assassinats, des attentats à la bombe, des enlèvements et des activités d’extorsion. Elle a déposé les armes l’an dernier.

ETA, organisation socialiste révolutionnaire basque de libération nationale, veut reconnaître par cette déclaration le mal causé au cours de sa trajectoire armée, et manifester son engagement à surmonter définitivement les conséquences du conflit et à éviter qu'il se répète.

Extrait du communiqué

Depuis la fondation de l’ETA, le peuple basque « a connu beaucoup de souffrances : morts, blessés, enlevés, ou contraints de fuir à l'étranger. Une souffrance démesurée », admet-elle dans son communiqué.

« ETA reconnaît la responsabilité directe qu'elle a dans cette souffrance et souhaite dire que rien de tout cela n'aurait jamais dû se produire ni se prolonger tellement dans le temps, parce qu'il y a longtemps que ce conflit politique et historique aurait dû compter sur une solution démocratique juste. »

« De fait, la souffrance existait avant la naissance de l'ETA et a continué après l'abandon de la lutte armée », ajoute-t-elle.

Nous sommes conscients d'avoir provoqué durant cette longue période de lutte armée beaucoup de douleur et des dommages irréparables. Nous voulons manifester notre respect aux morts, aux blessés et aux victimes […]. Nous le regrettons sincèrement.

Extrait du communiqué

Les victimes « innocentes » et les autres

Le communiqué évoque des « décisions erronées » qui ont « fait des victimes qui ne participaient pas directement au conflit », une référence à tous ceux qui n’étaient ni élus, ni policiers, ni gardes civils et leur demande pardon plus directement.

« Ces mots ne régleront pas ce qui s'est passé ni n'atténueront pas tant de douleur », indique l’ETA. « Nous le disons avec respect, sans vouloir provoquer plus d'affliction. Nous comprenons que beaucoup considèrent et disent que notre action a été inacceptable et injuste, et nous respectons ça, car on ne peut forcer personne à dire ce qu'il ne pense ou ne ressent pas. »

L’organisation souligne ensuite que « pour beaucoup d'autres aussi, les actions des forces de l'État et des régions qui ont opéré conjointement ont été totalement injustes, bien qu'elles se soient dissimulées derrière la loi, et ces citoyens et citoyennes ne méritent pas d'être humiliés. »

« Si l'on faisait le contraire, il faudrait considérer qu'il y a eu des torts justifiés qui méritent d'être applaudis. ETA, en revanche, a une autre position : si seulement rien de tout cela ne s'était produit, si seulement la liberté et la paix avaient pris racine en Euskal Herria il y a longtemps. »

Trois membres de l'ETA lèvent leur poing en l'air.Trois membres de l'ETA lèvent leur poing dans la vidéo annonçant que l'organisation renonçait à la lutte armée, le 20 octobre 2011. Photo : La Presse canadienne / AP

Ce dernier passage est mal accueilli par des associations de victimes, qui dénoncent cette distinction entre les victimes « innocentes » et celles qui ont été directement ciblées pour leurs idées politiques ou parce qu’elles représentaient les forces de l’ordre.

Une distinction vivement critiquée

« Je trouve honteux et amoral que l'on fasse cette distinction entre ceux qui méritaient une balle dans la nuque, la bombe sous la voiture, et ceux qui ont été victimes par hasard », a réagi Maria del Mar Blanco, de l'Association des victimes du terrorisme (AVT).

Ce communiqué « ne répond absolument pas à nos attentes », a ajouté cette élue du Parti populaire (PP) – actuellement au pouvoir – et dont le frère, Miguel Angel Blanco, fut tué en 1997 après un enlèvement suivi par toute l'Espagne.

AVT exige aussi que l'ETA assume ses « responsabilités individuelles » de sorte que des crimes qui demeurent non résolus puissent être éclaircis.

L'ETA compte environ 300 membres emprisonnés en France, en Espagne et au Portugal, 85 à 100 en fuite et une douzaine de personnes « expulsées par la France, sans papiers, vers l'Afrique ou l'Amérique latine », selon le Forum social, une organisation proche des familles de prisonniers.

Une autre association de victimes, COVITE, a aussi pourfendu cette distinction entre « les victimes coupables et innocentes » d’un conflit destiné « à imposer un régime totalitaire ».

En ce qui concerne l'avenir, la réconciliation est une des tâches à mener à bien en Euskal Herria, ce qui dans une certaine mesure est en cours dans la population, avec honnêteté. C'est un exercice nécessaire pour connaître la vérité de façon constructive, refermer les blessures et mettre en place des garanties que cette souffrance ne se reproduira pas.

Extrait du communiqué de l'ETA

Le gouvernement du premier ministre conservateur Mariano Rajoy, qui a systématiquement refusé depuis 2011 toute négociation avec l’ETA et qui a exigé sa dissolution sans contrepartie, a pour sa part célébré la victoire de l'État de droit.

« Ce n'est qu'une nouvelle conséquence de la force de l'État de droit qui a vaincu l'ETA avec les armes de la démocratie », déclare-t-il dans un communiqué. « Cela fait très longtemps que l'ETA aurait dû demander pardon ».

Avec les informations de Agence France-Presse, et Associated Press

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