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  • Envoyé spécial
  • Trudeau conclut un voyage sans faute

    Philippe-Vincent Foisy dresse le bilan de cette tournée.

    Le séjour à l'étranger du premier ministre Trudeau se conclut sans annonce majeure ni investissements importants, mais il aura surtout servi à renforcer certains liens et à préparer le Sommet du G7 qui se déroulera à Charlevoix en juin. Contrairement à son voyage en Inde, les affaires ont semblé tourner rondement.

    Une analyse de Philippe-Vincent Foisy, correspondant parlementaire

    « Souvent, on a des choses concrètes à annoncer, des fois ça prend un peu de temps, des fois ça fait partie d’un long processus, a-t-il indiqué jeudi soir. On va continuer de travailler pour les Canadiens, même si ça ne fait pas toujours la une des journaux. »

    En arrivant à son dernier point de presse, à la Maison du Canada à Londres, Justin Trudeau souriait, mais la fatigue accumulée au cours de ce voyage était légèrement apparente.

    Il a d’ailleurs pris la peine de souligner que le séjour de deux jours dans la capitale britannique a été « très chargé ». Rencontres bilatérales avec de nombreux pays en marge du sommet des chefs de gouvernement des pays du Commonwealth, discussions sur la cybersécurité avec ses homologues australiens, néo-zélandais et britanniques et entretien avec la reine.

    Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, est officiellement accueilli au Sommet du Commonwealth par son homologue britannique, Theresa May, et la secrétaire générale de l’organisation, Patricia Scotland, le 19 avril 2018 à Londres.Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, est accueilli au sommet des chefs de gouvernement des pays du Commonwealth par son homologue britannique, Theresa May, et la secrétaire générale de l’organisation, Patricia Scotland, le 19 avril 2018 à Londres. Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick


    L’entourage du premier ministre s’était assuré que son agenda soit rempli d’événements, mais aucun à caractère touristique. On ne l’a vu qu’en veston cravate ou en chemise cravate avec les manches roulées.

    Horaire chargé

    À Paris, il est devenu le premier premier ministre canadien à prendre la parole devant l’Assemblée nationale. Il a été chaudement applaudi par la coalition de partis centristes qui s’est ralliée au président Emmanuel Macron. Justin Trudeau a présenté une vision semblable à la sienne, ce qui a parfois déplu à la droite comme à la gauche.

    Emmanuel Macron et Justin Trudeau s'enlacent devant l'Élysée.Le président français Emmanuel Macron accueille le premier ministre canadien Justin Trudeau à l'Élysée. Photo : Getty Images / STEPHANE DE SAKUTIN


    Il a aussi préparé le terrain pour le sommet du G7 avec celui qui pourrait être son plus grand allié. Le premier ministre veut mettre de l’avant ses thèmes de prédilection comme l’égalité homme-femme, l’environnement et le commerce progressiste. Le poids politique d’Emmanuel Macron, qui dirige un gouvernement stable, sera utile à Justin Trudeau pour faire adopter une déclaration à son goût à la fin de cet événement.

    Au Pérou, l'entourage du premier ministre s’était assuré qu’il rencontre tous les dirigeants importants présents au Sommet des Amériques, dont le président du Mexique, Enrique Peña Nieto. Si un entretien avec Donald Trump n’a pas eu lieu parce que le président n’est pas venu à Lima, il a pu discuter avec son vice-président Mike Pence. La renégociation de l’ALENA et l’intervention militaire en Syrie ont occupé une grande partie des discussions.

    Éviter les pièges

    Les choses auraient pu tourner au vinaigre, si son entourage n’avait pas organisé cette rencontre à Ottawa avec les premiers ministres de l’Alberta et de la Colombie-Britannique. Quelques jours avant le départ du premier ministre, le chef du NPD Jagmeet Singh avait semé une graine qui aurait pu faire dérailler tout le voyage.

    « Le premier ministre aurait la responsabilité d'être ici », avait-il indiqué, sommant Justin Trudeau d’annuler son voyage pour trouver une solution à la crise de l’oléoduc Trans Mountain.

    Pas question de changer les plans, nous avait-on alors dit au gouvernement.

    À la dernière minute, l’escale prévue sur une île portugaise de l’Atlantique a été remplacée. Les journalistes qui suivaient le premier ministre l’ont appris lorsque l’avion s’apprêtait à décoller d’Ottawa.

    À la Chambre des communes, ses ministres ont donc pu défendre la position du gouvernement, attaquée par les conservateurs et le NPD, sans que Justin Trudeau lui-même se fasse accuser d’avoir préféré faire un voyage.

    Le sujet a été toutefois omniprésent tout au long du voyage. Au Pérou, des gens d’affaires ont soulevé certaines préoccupations.

    À Paris, des étudiants n’ont pas été convaincus par le discours un peu trop en surface du premier ministre.

    À Londres, des manifestants de Greenpeace l’ont accueilli avec un oléoduc en carton devant la Maison du Canada.

    Et les investissements?

    Concrètement, Justin Trudeau rentre au pays les mains vides. Aucune annonce d’investissements majeurs, ce qui n’est toutefois pas un gage de succès.

    En Inde, le premier ministre avait annoncé des investissements de 1 milliard de dollars entre les deux pays. Cela ne l’a pas empêché d’avoir fait l’objet de critiques, voire de railleries pendant son séjour.

    L’un des objectifs de ce voyage était de tourner la page sur les frasques indiennes. Justin Trudeau refuse toutefois d’y voir un échec. Il n’a d’ailleurs pas voulu dire s’il pensait que son séjour parisien et londonien allait rétablir sa crédibilité.

    « À chaque voyage, je travaille pour bien représenter et défendre les intérêts du Canada et je vais continuer de le faire », a-t-il répondu.

    Par ailleurs, son conseil en sécurité a témoigné cette semaine devant un comité de la Chambre des communes à Ottawa. Selon lui, lors du voyage, il y a eu des « efforts coordonnés » pour nuire à l'image du Canada.

    Peu de risque

    Pendant son voyage, Justin Trudeau est resté très prudent. À Paris et à Londres, il a pris plus de temps pour répondre à des questions d’étudiants ou d’élèves qu’à celles des journalistes canadiens qui l’accompagnaient.

    Lors de son dernier point de presse, il s’est limité à ces formules habituelles, souvent sans répondre directement à la question. La seule réponse concrète? Il souhaite que ce soit le prince Charles qui succède à la reine Élisabeth II à la tête du Commonwealth.

    Justin Trudeau et la reine Élisabeth II au palais Buckingham à Londres.La reine Élisabeth reçoit les chefs de gouvernement, dont le premier ministre Trudeau, lors du souper officiel du Sommet du Commonwealth. Photo : Reuters


    Voici quelques exemples de questions et de réponses :

    Voulez-vous interdire les pailles et autres plastiques à usage unique au Canada?

    « Nous sommes conscients que les macroplastiques, comme les pailles, posent un défi considérable pour les océans. Mais nous savons aussi que les microplastiques et les nanoplastiques représentent également un réel défi pour les écosystèmes marins. Nous souhaitons des approches qui soient à la fois importantes et efficaces dans la démarche. »

    Les Canadiens doivent-ils craindre des cyberattaques russes?

    « Les instances du gouvernement qui protègent nos technologies, nos communications et le cyberespace sont parmi les meilleures. On va continuer de travailler avec eux, avec nos partenaires, dans le civil, dans le privé et autour du monde pour s'assurer qu’on est en train de faire tout ce qu’on a besoin de faire pour protéger les Canadiens. »

    Qu’est-ce qui a motivé le départ précipité de votre ministre des Affaires étrangères et de votre chef de cabinet qui sont à Washington pour parler de l’ALENA?

    « Depuis plusieurs semaines, je souligne le défi que posent, pour le Mexique et les États-Unis, les élections imminentes [...] Donc nous savons que de travailler de façon diligente et sérieuse dans les semaines présentes, c’est un moment important de voir si on peut s’avancer de façon significative. »

    Politique fédérale

    Politique