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Access, un programme qui permet à de jeunes Autochtones de sortir de leur isolement

Des enfants assistent à la cérémonie de présentation du programme Access à Eslipogtog.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

Radio-Canada

Assurer la santé mentale des jeunes est un des plus grands défis des communautés autochtones. La Première Nation d'Elsipogtog, dans le sud-est du Nouveau-Brunswick, a lancé chez elle le projet de recherche national Access Esprits ouverts. Il s'agit d'une nouvelle approche qui permet aux jeunes de sortir de l'isolement.

Un texte de Nicolas Steinbach

Le programme Access Esprits ouverts est offert à partir de la maison des jeunes d'Eslipogtog, la plus grande communauté autochtone du Nouveau-Brunswick.

Lors de notre visite, on y a trouvé Kyla Clair, 23 ans, et Michael Hachey, 16 ans, qui discutaient avec la clinicienne Theolyn Martin.

La travailleuse sociale leur pose des questions tout en jouant aux cartes. Elle essaye d’identifier avec eux leurs problèmes de santé mentale et leur donne des conseils.

Kyla Clair, 23 ans, et Michael Hachey, 16 ans, discutent avec la clinicienne Theolyn Martin.

Kyla Clair, 23 ans, et Michael Hachey, 16 ans, discutent avec la clinicienne Theolyn Martin.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

« Ça a commencé au début de l’adolescence, ça fait près de dix ans, raconte Kyla Clair. Je ne sortais plus de la maison. Finalement, je travaille là-dessus, je ne prends même plus de médicaments. Je ne me sens pas comme si j’allais voir un docteur. Il s'agit de personnes que je connais et je me sens plus à l’aise ».

Kyla Clair était en dépression lorsqu’elle est devenue cliente d’Access il y a six mois.

Kyla Clair était en dépression lorsqu’elle est devenue cliente d’Access il y a six mois.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

Access est un programme communautaire non clinique, qui permet avant tout aux jeunes de 18 à 25 ans de socialiser. Les travailleurs sociaux comme Theolyn Martin vivent à Elsipogotg; ils connaissent donc bien la communauté.

« Il y a une salle de méditation, où ils nous montrent comment relaxer. Parfois, ils nous emmènent à Moncton pour aller au cinéma, aller glisser, faire des activités tous ensemble. Ça me sort de la maison, je me sens moins comme si j’étais pris au piège », affirme Kyla Clair.

Si je n’avais pas fait partie de Access, j’aurais probablement encore des idées noires.

Kyla Clair
Selon Michael Hachey, le représentant du Conseil des jeunes d'Elsipogtog, le programme Access fait une différence.

Selon Michael Hachey, le représentant du Conseil des jeunes d'Elsipogtog, le programme Access fait une différence.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

Le programme est soutenu par les jeunes. Michael Hachey, qui fait partie du conseil jeunesse d’Elsipogtog, a lui aussi connu des épisodes de dépression.

« Avant, j’appelais la Kids Help Line, ça pouvait prendre une heure avant que quelqu’un réponde. Avec Access, c’est bien différent : on a des réponses immédiates, il y a toujours quelqu’un ici et je connais les gens, alors je me sens connecté à eux. Avant, ce n’était pas le cas. »

Depuis 2015, des centres Access Esprits ouverts ont été implantés à Elsipogtog, dans la Péninsule acadienne et à Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick.

Le site d'Access Esprits ouverts à Elsipogtog.

Le site d'Access Esprits Ouverts à Elsipogtog.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

Lors d'une récente soirée, les jeunes avaient organisé un événement pour présenter le programme à la communauté. C’est la travailleuse sociale Lacey Clair qui était responsable de l'initiative.

« Au quotidien, on est en tout le temps en déplacement. Nous allons vers les jeunes directement. On veut les rencontrer à l’endroit où ils se sentent le plus à l’aise, à l’école, à la maison. En fait, beaucoup de nos rencontres, de nos évaluations, se font dans la voiture pendant qu’on les conduit à un rendez-vous ».

De nombreux clients

Une vingtaine de jeunes sont clients du programme à Elsipogtog. Une soixantaine d'autres ont eu des rencontre avec des membres de l’équipe de Lacey Clair, que ce soit pour recevoir des conseils ou pour d'autres services.

Un jeune à la présentation du programme Access Esprits ouverts à Elsipogtog.

Un jeune à la présentation du programme Access Esprits Ouverts à Elsipogtog.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

Nos plus grands besoins sont des soins en santé mentale adaptés à notre culture, il faut savoir qui sont ces jeunes, comment ils ont grandi.

Lacey Clair

« Les jeunes nous disent qu’ils se sentent vraiment mieux et ce n’est pas une petite amélioration. Ils nous disent que de savoir qu’il y a quelqu’un là, qu’ils n’ont pas besoin de prendre rendez-vous, qu’ils peuvent nous texter en tout temps, ça a considérablement fait baisser leur niveau de stress et d’anxiété », ajoute Mme Clair.

Teagan Copage en performance à l'inauguration du programme Access d'Elsipogtog.

Teagan Copage en performance à l'inauguration du programme Access d'Elsipogtog.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

Le jeune rappeur Teagan Copage, 15 ans, aimerait faire partie d'Access. Il a souffert, dans le passé, d’anxiété et de dépression. Il aimerait que le programme ajoute un volet musical. Dans son cas, la musique a fait toute la différence.

Beaucoup de jeunes à Elsipogtog voient des choses qu'ils ne devraient pas voir. Un jour, Elsipogtog sera un meilleur endroit pour les jeunes

Teagan Copage

« Je voulais montrer aux gens qu’on peut guérir aussi grâce à la musique. J’ai traversé une période où j’ai été triste pendant deux ans, et mes amis m’ont aidé à faire cette musique. J’espère qu'Access aura un jour un volet musique; ça peut aider beaucoup de jeunes ».

Un enfant de la communauté d'Elsipogtog à la cérémonie d'inauguration du programme Access.

Un enfant de la communauté d'Elsipogtog à la cérémonie d'inauguration du programme Access.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

Du pain sur la planche

Mais il reste encore beaucoup de travail à faire.

« Nous manquons d’espace, nous n’avons pas de local pour des rencontres privées. Nous voulons notre propre endroit, surtout après notre événement d’aujourd’hui, alors que tout le monde va savoir ce que nous faisons », affirme Lacey Clair.

Lacey Clair, la coordonnatrice du programme Access Esprits Ouverts à Elsipogtog.

Lacey Clair, la coordonnatrice du programme Access Esprits Ouverts à Elsipogtog.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

Mme Clair collecte les données sur les jeunes qui suivent le programme afin de savoir si le projet fonctionne, si leurs vies s'améliorent. Elle espère que le programme sera élargi à l’ensemble des communautés autochtones de la province.

C’est également le souhait du psychologue Ronald Brun qui travaille au sein de la communauté depuis une vingtaine d’années.

« Avec Access, ça sert de levier aux Premières Nations pour pouvoir bâtir les arguments qu’il y a des manières différentes de desservir les jeunes en santé mentale. Ce n'est pas à la province de donner les services, c’est les communautés autochtones qui doivent se doter de leurs propres services. »

Le psychologue Ronald Brun conseille les Premières Nations en matière de santé mentale depuis une vingtaine d'années.

Le psychologue Ronald Brun conseille les premières nations en matière de santé mentale depuis une vingtaine d'années.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

La prochaine étape pour Kyla Clair, c’est de travailler sur son estime de soi. Le programme Access l’aide aussi en lui permettant d’aller au gymnase, pour faire de la mise en forme.

« Access doit rester ici! Elsipogtog en a besoin, beaucoup de jeunes ont besoin de travailler sur leurs problèmes de santé mentale. Sinon leur traumatisme va s’aggraver et ils ne sauront plus comment le gérer. Pour certains, ça veut dire tomber dans la drogue, pour d’autres, c’est le suicide ».

Nouveau-Brunswick

Santé mentale