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Du cannabis sur des terres agricoles protégées

Des plants de cannabis dans une serre
Des plants de cannabis dans une serre d'Aldergrove en Colombie-Britannique. Photo: Lien Yeung/CBC
Radio-Canada

Des citoyens de Saanich-centre, sur l'île de Vancouver, dénoncent le fait que des producteurs de marijuana utilisent des fermes réservées à l'agriculture pour y construire des serres de culture de cannabis.

Un texte de Noémie Moukanda

Tout a commencé en décembre lorsque le propriétaire d’Evergreen Medicinal Supply inc. a convoité un terrain agricole de 36 acres dans la municipalité de Saanich. Un groupe de citoyens qui veut protéger les terres agricoles s’est rapidement constitué.

Nous étions surpris que [Evergreen] projette de construire 21 serres sur 36 acres de très bonnes terres agricoles [pour cultiver la marijuana].

Ken Marriette, porte-parole de Citizens Protecting Agricultural Land (CPAL)

Les habitants de cette municipalité de l’île de Vancouver avancent que, pour construire ces serres de verre et de métal, des terres agricoles protégées vont être souillées par le béton qui y sera coulé pour les fondations.

Une décision politique

Le groupe Citizens Protecting Agricultural Lands (CPAL) a lancé une pétition qui a recueilli 1400 signatures. Son porte-parole, Ken Marriette, dit que les entreprises produisant du cannabis « n’ont pas besoin de terres agricoles pour leurs usines ». « La marijuana peut pousser n’importe où », ajoute-t-il.

M. Marriette indique par ailleurs que le développement des terres agricoles est une réalité de plus en plus présente en raison d’un décret que l’ancien gouvernement libéral avait introduit en 2014.

Le groupe a déposé sa pétition à l’Assemblée législative, à Victoria il y a deux semaines. Le groupe CPAL souhaite que la ministre de l’Agriculture, Lana Popham, renverse la vapeur et « interdise ces usines de cannabis industrielles sur ces terres nourricières ».

Ken Marriette se réjouit par ailleurs que « des conseillers municipaux de l’île de Vancouver et de la côte Sunshine aient demandé un moratoire de six mois pour tout permis d’exploitation d’une usine de cannabis sur des terres agricoles protégées ». D’après ses dires, ces autorités « espèrent que cette résolution sera étendue à toute l’Union des municipalités de la Colombie-Britannique d’ici septembre ».

Une ferme de serres sous la neige.Des serres de cannabis dans une ferme d'Aldergrove en C.-B. qui auparavant cultivait des poivrons Photo : Lien Yeung/CBC

La population a son mot à dire

Le regroupement CPAL a également remis une copie de la pétition aux neuf membres du comité consultatif sur les terres agricoles protégées. Cet organe, formé par la ministre de l’Agriculture en février, a pour mandat de consulter la population des quatre coins de la province.

Toute personne qui a des idées à soumettre est invitée à participer à un sondage en ligne. Celui-ci se poursuit jusqu’au 30 avril. Ce comité devra ensuite présenter des recommandations au ministère de l’Agriculture sur les meilleures approches pour revitaliser les terres agricoles protégées.

Avec ce comité, le ministère répond en partie aux inquiétudes soulevées par CPAL, affirme-t-on à son bureau. Car le travail de ce comité contribuera « à augmenter la production alimentaire », étant donné que, par ailleurs, « le gouvernement de la Colombie-Britannique s’est engagé à garantir la sécurité alimentaire », déclare, par communiqué, la ministre Popham.

Cependant, la ministre ne s’avance pas jusqu'à prendre position en ce qui concerne la culture de la marijuana sur des sols agraires. « Il y a encore beaucoup de décisions à prendre qui dépendent d'une plus grande clarté concernant la législation et la réglementation fédérales, notamment celles concernant la production de marijuana récréative, à l'intérieur et à l'extérieur de la réserve de terres agricoles », précise-t-elle par écrit.

Une carte des terres agricoles protégées de la C.-B.Une carte des terres agricoles protégées de la C.-B. Photo : Radio-Canada

Une question d’argent

Le regroupement CPAL insiste sur le fait qu’il ne s’oppose pas à la marijuana, qu’elle soit médicinale ou à usage récréatif. Il regrette simplement que ces entreprises « achètent des terres agricoles au lieu de terrains industriels parce que c’est meilleur marché ».

Nous disons que nous ne sommes pas contre la marijuana et que nous comprenons que les affaires sont les affaires.

Ken Marriette, porte-parole de CPAL

Il faut garder à l’esprit que le territoire cultivable n’est pas aussi étendu, comparativement à la superficie de la province, rappelle André Magnan, professeur associé en sociologie à l’Université de Regina. Il est dès lors, selon lui, « très important de préserver ce qu'il y a en Colombie-Britannique comme superficie de terres agricoles fertiles pour justement assurer la sécurité alimentaire de la population ».

Je comprends pourquoi ça énerve et que ça puisse inquiéter les gens parce que ces terres-là sont très précieuses.

André Magnan, professeur associé en Sociologie à l’université de Régina

De plus, Ken Marriette précise que les terres agricoles protégées ne représentent que 5 % du territoire voué à l’agriculture dans la province. M. Magnan croit qu’il y a moyen de trouver « un équilibre » entre l’intérêt économique des uns et les besoins alimentaires des autres.

« Le gouvernement doit se prononcer là-dessus et déterminer vraiment si la préservation des terres agricoles est liée à la sécurité alimentaire ou seulement pour préserver les emplois et la production en tant que tels », affirme-t-il.

Colombie-Britannique et Yukon

Agro-industrie