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Zoos et conservation : le travail de l’ombre

Le panda Da Mao mange du bambou.
Un panda géant nouvellement arrivé à Calgary Photo: La Presse canadienne / Nathan Denette

Des zoos canadiens consacrent de plus en plus d'efforts et de ressources à la science et à la conservation d'espèces menacées. Ces activités, généralement méconnues du public, donnent des résultats prometteurs au pays comme à l'étranger. État des lieux.

Un texte de Jean François Bouthillette, de l'émission Les années lumière

Le zoo de Calgary héberge depuis quelques semaines quatre pandas, que le public pourra rencontrer à partir du 7 mai prochain dans leur nouvel habitat.

Les deux adultes, Er Shun et Da Mao, vivaient depuis cinq ans au zoo de Toronto. C’est là que sont nés les deux oursons qui partagent leur vie depuis deux ans, Jia Panpan et Jia Yueyue.

« Partout où les pandas passent, c’est toujours un gros événement, se réjouit le PDG du zoo de Calgary, Clément Lanthier. Ce sont les rockstars du règne animal. »

Clément LanthierLe Dr Clément Lanthier, PDG du zoo de Calgary Photo : Radio-Canada / Jean-François Bouthillette

Clément Lanthier ne s’en cache pas. Son équipe et lui comptent faire de la venue des pandas un succès commercial pour le zoo pour en retirer d’importants revenus. Des sommes qui seront presque entièrement réinvesties dans des projets de conservation.

« On a investi des millions de dollars chaque année dans la réintroduction d’espèces menacées dans l’ouest du pays », explique le vétérinaire.

On veut utiliser leur présence ici, leur notoriété, pour parler des espèces menacées qui sont moins charismatiques, mais tout aussi importantes pour la biodiversité.

Le Dr Clément Lanthier

Pour certains, les zoos sont des endroits contre nature, un haut-lieu de la cruauté envers les animaux, qui ne devraient pas exister au 21e siècle.

« Franchement, j’espère beaucoup qu’un jour les zoos ne seront plus nécessaires, affirme Clément Lanthier. Mais si on regarde ce qui se passe, la perte de biodiversité, la perte d’habitats, le fait que les gens sont de plus en plus éloignés des animaux, il faut trouver une façon de leur donner le goût de conserver la biodiversité. »

Et pour ça, croit-il, on a grand besoin de zoos qui s’investissent en science et en conservation.

Vous pouvez écouter le reportage de Jean François Bouthillette diffusé à l'émission Les années lumière, en cliquant ici.

Sauver des espèces d’ici de la disparition

Le zoo de Calgary a mis sur pied un centre de reproduction, au sud de la ville.

Cet espace, fermé au public, a pour vocation le soutien à la reproduction d’espèces menacées. Une équipe d’une vingtaine de scientifiques qui se consacre aux projets de conservation et de reproduction y travaille.

Le zoo s’est donné comme première mission la reproduction des grues blanches, une espèce dont il ne restait, dans les années 1940, qu’une vingtaine d’individus... dans le monde.

Une grue blancheLa grue blanche a été sauvée de l’extinction par les efforts du Zoo de Calgary. Photo : Zoo de Calgary

On a bien mesuré, alors, combien la reproduction en captivité était un défi. « Il n’y a pas de recette, pas de guide », souligne Clément Lanthier. C’est tout l’intérêt, d’après lui, de confier la mission à des zoos.

« Dans mon équipe, il y a beaucoup d’expertise pour la reproduction, la nutrition, les soins vétérinaires, dit-il. Quand on est devant un défi, il y a au zoo plein de connaissances croisées qui permettent de le relever. »

La campagne a bien été un succès. L’équipe de Calgary a réussi à faire naître des centaines de grues, qu’on a pu ensuite réintroduire progressivement dans leur milieu naturel. Leur population s’établit désormais à quelque 400 oiseaux.

Des succès avec plus d'une espèce

Le centre de reproduction de Calgary a permis, de la même façon, de décupler la maigre population restante de marmottes de l’île de Vancouver, Marmota vancouverensis, dont on ne comptait plus que 36 individus à l’état sauvage en 2000. Grâce aux efforts du zoo de Calgary et de ses partenaires, on en compte désormais plus de 300.

Il y a aussi le cas du renard véloce qui était, lui, complètement disparu du Canada. À partir d’une population qui survivait encore aux États-Unis, les spécialistes du centre de reproduction ont pu réintroduire l’espèce dans son habitat des Prairies. « C’est le projet de réintroduction de carnivores qui a eu le plus de succès au monde », souligne le vétérinaire.

Le zoo de Calgary n’est pas seul à travailler à la conservation d’espèces en danger au Canada. Le vétérinaire évoque les faits d’armes des institutions qui œuvrent dans le même sens, chacun dans son coin de pays.

Ainsi, le zoo de Toronto cherche à soutenir les populations de crapauds de Porto Rico et de serpents à sonnette massasauga. L’aquarium de Vancouver travaille, lui, à un programme de certification des pêches durables.

Le Biodôme de Montréal s’affaire de son côté à ce que le chevalier cuivré, un poisson qui ne vit que dans la rivière Richelieu, échappe à l’extinction qui le guette. Pour sa part, le zoo de Granby tente de permettre à la tortue molle à épines de ne pas disparaître.

Une tortue molle à épinesDepuis le tournant des années 2000, la tortue molle à épines est une espèce menacée au Québec. Photo : iStock / Jinjer Stanton

Des programmes ailleurs

Si ces institutions se concentrent sur les espèces en péril dans leurs régions respectives, elles sont aussi actives à l’étranger, d’où viennent certaines des espèces qu’elles hébergent.

Le zoo de Calgary, par exemple, est à l’origine de la création du sanctuaire d’hippopotames de Wechiau, au Ghana. Depuis 20 ans, son équipe accompagne les communautés locales dans la protection de l’habitat du grand mammifère, sur les berges du fleuve Volta.

En soutenant les communautés locales, ils ont favorisé le développement d’écotourisme et d’autres activités économiques, permettant aux gens de devoir moins recourir à la pêche et à l’agriculture, limitant du coup les conflits entre les humains et les hippopotames.

Résultat : la communauté est plus prospère, l’écosystème en meilleur état, et les hippopotames plus nombreux, année après année.

D’autres zoos canadiens s’inspirent de telles réussites. Le zoo de Granby, par exemple, vient d’annoncer un nouveau projet de conservation d’envergure au Cameroun, dans le parc national de Campo Ma’an. Le même genre de stratégie devrait permettre à quelques espèces menacées, dont l’éléphant et le gorille, d’être moins vulnérables.

Trop de zoos?

Clément LanthierLe Dr Clément Lanthier croit que les zoos sont encore nécessaires de nos jours en raison de la perte de biodiversités et d'habitats. Photo : Radio-Canada / Jean François Bouthillette

Il faut plus de bons zoos, des zoos modernes et progressistes, insiste Clément Lanthier. Cela dit, il reconnaît du même souffle que bien des zoos sont rétrogrades et nuisibles.

« Il y a plus de 200 zoos et aquariums au Canada, dit-il, mais seule une petite trentaine est accréditée », c’est-à-dire membre de l’AZAC (Aquariums et zoos accrédités du Canada), qui regroupe les institutions ayant des normes élevées en matière de bien-être animal, mais aussi un engagement envers la connaissance scientifique et la conservation des espèces.

« Malheureusement, il y a trop de zoos qui ne devraient pas exister, qui sont pris dans le passé ou ne sont que des collections animales, déplore-t-il. À nous d’influencer les communautés et les gouvernements à légiférer de façon plus stricte. »

Science