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Comment aborder la sexualité avec de jeunes trisomiques?

Amélie Blanchard, atteinte de trisomie 21, est assise dans son salon.

Amélie Blanchard, de Dieppe au Nouveau-Brunswick, aimerait bien trouver l'amour.

Photo : Radio-Canada / Catherine Dumas

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Est-ce que tu voudrais faire l'amour? Est-ce que tu l'as déjà fait? Est-ce que tu sais ce qu'est un condom? Amélie est bombardée de questions. À l'âge de 21 ans, elle a peu de réponses à donner à son père qui l'interroge. Toutefois, il est patient. Michel souhaite pouvoir outiller sa fille, atteinte de trisomie 21, pour qu'elle puisse un jour vivre ses propres expériences.

Texte de Catherine Dumas

Parler de sexualité avec son enfant n’est pas toujours chose simple, encore moins pour les parents de jeunes handicapés comme Michel Blanchard, de Dieppe au Nouveau-Brunswick.

Aujourd’hui, il prend son courage à deux mains afin d’aborder le sujet avec sa fille Amélie, qui est atteinte de trisomie 21, une des déficiences intellectuelles les plus répandues au pays.

Michel s'assoit tranquillement près de la jeune adulte et lui demande :

Michel : Voudrais-tu un nouveau chum toi?

Amélie : Oui!

Michel : Pourquoi?

Amélie : Parce que moi j’aime l’amour et j’aimerais passer du temps avec lui.

Michel : Qu’est-ce que tu ferais?

Amélie : Du sport, sortir, faire des dates, comme le cinéma, les restaurants.


Michel Blanchard ne voyait pas l’intérêt auparavant de parler de sexualité avec sa fille aînée, même si Amélie est assez âgée et qu’elle a déjà eu un petit copain, également atteint de trisomie 21. « On les a laissés pas mal autonomes. S’ils regardaient un film au sous-sol, on leur laissait le sous-sol, mais on était toujours dans l’arrière-plan. C’était quand même intéressant de voir les besoins, le feeling d’excitation qui est aussi présent, mais pas aussi éveillé que la norme », explique-t-il.

Michel Blanchard tente d'expliquer certains aspects de la sexualité à sa fille Amélie, 21 ans.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Michel Blanchard tente d'expliquer certains concepts sur la sexualité avec sa fille Amélie, 21 ans.

Photo : Radio-Canada / Catherine Dumas

Même si cette relation n’a duré que quelques mois, Amélie a pu expérimenter certaines choses, comme son premier baiser. « Dans mon coeur, j’ai senti que j’ai aimé l’expérience », dit-elle d’une voix gênée.

Aujourd’hui, son père pousse plus loin ses questions :

Michel : Sais-tu ce que ça veut dire la contraception?

Amélie : Je ne sais pas.

Michel : Sais-tu ce que c’est un condom ou la pilule?

Amélie : Je ne sais pas.


Assez outillée?

Il faut savoir que quelques minutes avant d'entamer la discussion avec sa fille, Michel Blanchard se demandait comment aborder le sujet afin qu’elle comprenne bien les concepts de base de la sexualité.

Je crois que "l’instinct animal" est là, mais le savoir et la compréhension de tout ça ensemble n’est pas là.

Une citation de : Michel Blanchard, père d'Amélie

Des concepts qui sont faciles à saisir pour la plupart des gens, mais qui sont parfois plus abstraits pour les personnes handicapées. « Chaque individu est différent avec sa propre personnalité, avec sa propre façon de voir les choses. Comme parent, on a juste à les étudier et les comprendre. Il n’y a pas de manuel », soutient le père d’Amélie qui voit bien que sa fille comprend, au fond d’elle-même, certains concepts, sans vraiment être capable de les expliquer.

Michel : La sexualité est ce que tu comprends le mot?

Amélie : Oui et non, c’est être ensemble et bien se regrouper.

Michel : Est-ce qu’être intime, c’est juste de se tenir la main?

Amélie : Tu as la main, s’embrasser ou faire plus...

Michel : Quand tu vois des couples intimes à la télévision et que ça arrive que ce soit pas mal hot, est-ce que tu aimerais être intime avec quelqu’un comme ça?

Amélie : Mmm, je ne sais pas.

Michel : C’est déjà arrivé?

Amélie : Non.

Michel : C’est quelque chose que tu aimerais?

Amélie : ...


Une formation

Depuis près de 10 ans, l’Association du Nouveau-Brunswick pour l’intégration communautaire s’est donné comme mandat d’offrir une formation afin d’aborder la sexualité chez les enfants avec une déficience intellectuelle.

Danny Soucy, directeur général à l'Association du Nouveau-Brunswick pour l'intégration communautaire, explique les sujets qui seront abordés lors de la formation SEXCESS. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Danny Soucy, directeur général à l'Association du Nouveau-Brunswick pour l'intégration communautaire, offre la formation SEXCESS, depuis près de 10 ans.

Photo : Radio-Canada / Catherine Dumas

Danny Soucy, qui a lui-même un fils trisomique de 26 ans, est l’un des animateurs de la formation SEXCESS : « C’était un gros manque dans notre communauté. Les parents nous en parlaient, les enseignants nous en parlent, les gens avec un handicap eux-mêmes nous disaient qu’ils n’avaient pas l’information pour avoir une vie complète. »

Tout être humain est un être sexuel. On a tous besoin d’être touchés et d’être aimés par quelqu’un.

Une citation de : Danny Soucy, directeur général de l'Association du Nouveau-Brunswick pour l'intégration communautaire

L’acte sexuel est l'un des principaux sujets abordés lors de cette formation. Des conseils pratiques sont aussi donnés sur la puberté, les relations interpersonnelles, l’estime de soi, etc.

« Ce n'est pas seulement pour donner de l’information pour qu’elle ou lui puissent explorer, c'est aussi pour enlever la vulnérabilité. La personne qui n’a pas l’information, bien il y a des choses qui peuvent lui arriver et elle ne saurait pas si c’est correct ou non », explique Danny Soucy.

Selon certaines études présentées lors de cette formation, 83 % des femmes ayant une déficience intellectuelle auraient été agressées sexuellement une fois dans leur vie, comparativement à 40 % chez les hommes. Des chiffres inquiétants pour Danny Soucy qui souhaite éviter le pire. « Ils doivent apprendre à faire des choix par eux-mêmes et savoir qu’ils peuvent dire non. »

Pour Ginette Arseneau, qui travaille avec des adultes ayant des handicaps dans le nord-ouest du Nouveau-Brunswick, cette formation a aussi comme objectif de faire tomber les tabous entourant la sexualité. « C’est comme si ça ne faisait pas partie de leur univers, mais dans le fond, ils ont les mêmes droits que nous. C’est un sujet qu’il faut aborder autant avec eux, si c’est pas plus avec eux », dit-elle.

Le plus concret possible

Après avoir expliqué pendant près de 30 minutes, comment appliquer un condom, Danny Soucy croit que les travailleurs sociaux, enseignants et agents de soutien devant lui seront en mesure de refaire l’exercice avec les jeunes.

Le formateur, Danny Soucy, expose tout ce qu'il faut savoir sur l'utilisation de contraceptifs, comme les condoms.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le formateur, Danny Soucy, décortique toutes les étapes importantes à savoir lors de l'utilisation de contraceptif, comme un condom.

Photo : Radio-Canada / Catherine Dumas

C’est important d’y aller étape par étape.

Une citation de : Danny Soucy, directeur général de l'Association du Nouveau-Brunswick pour l'intégration communautaire

L’agente de soutien pour l’Association, Ginette Arsenault, est du même avis : montrer visuellement les choses et décortiquer chaque petite action permet de les rendre plus concrètes pour une personne ayant une déficience intellectuelle. « Nous on prend ça pour acquis, mais pour les gens à besoins, ce n'est pas naturel, donc c’est important d’aller en détail. »

Michel Blanchard prendra donc le temps qu’il faut pour expliquer les concepts importants à sa fille. « Avec Amélie, toutes les choses sont très lentes, ça prend du temps. Ce qui peut prendre 30 minutes pour quelqu’un peut prendre une semaine ou deux [pour Amélie]. Donc si on regarde sur l’échelle d’une relation, ça pourrait prendre des années. »

Michel croit qu’il faudra guider Amélie et rester à l'affût de son évolution tant personnelle que sexuelle, mais il croit aussi qu'au moment opportun, la nature jouera son rôle et qu’Amélie comprendra certaines choses par elle-même.

« Sur le côté des [conséquences] qu’il pourrait y avoir, on aura une discussion. Et on la fera probablement avec le médecin de famille pour trouver des façons de se protéger, des méthodes contraceptives, mais on est encore loin de là », lance-t-il avec un sourire en coin.

Pour l’instant, le seul souci d’Amélie est de se trouver un copain qui l’emmènera danser, ce qui rassure son père.

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