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Le difficile accueil des migrants vénézuéliens

Des gens marchent en traînant des valises.
Des Vénézuéliens traversent la frontière vers la Colombie, près de Cucuta, le 25 juillet 2017. Photo: Getty Images / LUIS ACOSTA
Radio-Canada

Près de 1 million de Vénézuéliens ont quitté leur pays au cours des trois dernières années. Comment les États voisins les accueillent-ils?

Un texte de Ximena Sampson

« On n’a jamais vu quelque chose comme ça en Amérique latine », explique Ronal Rodriguez, chercheur à l’Observatoire du Venezuela de l’Université del Rosario, à Bogota.

La Colombie est particulièrement touchée, puisque c’est par là que passent la grande majorité des Vénézuéliens qui fuient leur pays.

La Colombie est en train de vivre en un très court laps de temps une migration comparable à celle qu’ont vécue les Européens pendant la crise syrienne.

Ronal Rodriguez, chercheur , Université del Rosario

Le gouvernement colombien a comptabilisé quelque 600 000 Vénézuéliens sur son territoire. « Mais, en réalité, on devrait multiplier ce chiffre par deux ou même par trois », croit Ronal Rodriguez.

Sur les 2200 km de frontière entre les deux pays, il y a au moins 240 points de passages illégaux, utilisés par ceux qui ne disposent pas de passeport ou de permis spéciaux.

Des besoins énormes

Le gouvernement de Juan Manuel Santos essaye, tant bien que mal, de garder le contrôle sur la situation. Il a annoncé au début d'avril un programme commun avec le Haut-Commissariat pour les réfugiés des Nations unies (HCR) pour tenter de comptabiliser le nombre exact de Vénézuéliens qui se trouvent au pays, que leur statut soit légal ou pas.

Des hommes font la ligne pour recevoir un repas.Des Vénézuéliens reçoivent de la nourriture dans un refuge de Cucuta, en Colombie, le 31 juillet 2017. Photo : Getty Images / SCHNEYDER MENDOZA

« Il nous faut connaître la situation sur le terrain afin de pouvoir mettre en oeuvre des politiques publiques appropriées », affirmait Felipe Munoz, responsable du dossier au sein du gouvernement colombien, en conférence de presse le 6 avril dernier. « Nous voulons savoir qui ils sont, quel âge ils ont, et quels sont leurs besoins en matière de santé et leur niveau d’éducation. »

Le gouvernement soutient que 25 000 Vénézuéliens ont eu recours aux services d’urgence médicaux colombiens en 2017. Il s’agissait surtout d’accouchements, de suivis de grossesse et de soins pour des personnes souffrant de maladies chroniques, comme le cancer, l’hypertension et le diabète.

Quelque 30 000 enfants vénézuéliens fréquentent des écoles colombiennes.

Du même souffle, le gouvernement a renforcé les contrôles militaires à la frontière et déployé plus de 3000 policiers.

Ce que fait également le gouvernement brésilien, qui a dépêché, lui aussi, 3000 militaires à la frontière avec le Venezuela.

Un homme marche avec un nouveau-né dans les bras.Le camp de réfugiés improvisé dans la place Simon Bolivar, à Boa Vista, au Brésil, le 25 février 2018. Photo : Getty Images / MAURO PIMENTEL

La frontière du côté du Brésil n’est pas aussi achalandée que celle avec la Colombie, même si au moins 52 000 Vénézuéliens l’ont franchie en 2017.

Le gouvernement brésilien estime qu'un millier de personnes originaires du Venezuela entrent au Brésil chaque jour. Beaucoup d’entre eux trouvent refuge dans la ville de Boa Vista, dans l'État de Roraima, qui accueille quelque 40 000 Vénézuéliens pour une population de 320 000 habitants.

La gouverneure de l’État de Roraima vient d’ailleurs de demander à la justice d’intervenir pour forcer le gouvernement central à fermer temporairement la frontière et à lui fournir des ressources additionnelles pour faire face à l’accroissement des coûts en santé et en éducation.

Préparer une réponse concertée

La plupart des États de la région sont dépassés par cette affluence inattendue.

« La crise les a pris par surprise », pense Carolina Jimenez, directrice adjointe de la recherche sur les Amériques à Amnistie internationale.

Amnistie internationale et d'autres ONG demandent la mise en place d’une réponse régionale commune. « Quand un pays génère un exode massif, ce n’est plus la crise d’un seul État, mais plutôt d’une région entière », croit Carolina Jimenez.

Les ONG font un appel aux gouvernements régionaux afin qu’ils développent de meilleurs programmes d’accueil des migrants et qu’ils leur offrent une assistance humanitaire.

« Un grand nombre de migrants pourraient se qualifier comme réfugiés, croit-elle. Ils ne peuvent être renvoyés dans leur pays. »

C’est exactement ce que demande le Haut-Commissariat pour les réfugiés des Nations unies, qui exhorte les États ayant accueilli des migrants vénézuéliens à les aider à régulariser leur séjour, en plus de leur donner accès aux soins de santé et aux services éducatifs.

Augmentation à prévoir

Le nombre de migrants risque encore d’augmenter dans les prochains mois, préviennent les spécialistes.

Ronal Rodriguez souligne que 4 Vénézuéliens sur 10 ont déclaré, dans un sondage publié en mars, avoir l’intention de quitter leur pays au cours des 12 prochains mois. « Quelque 95 % d’entre eux pensent traverser la frontière colombienne », affirme le chercheur, soit « 2 à 4 millions de personnes » de plus.

« La Colombie a ses propres problèmes : le processus de paix est remis en cause et les systèmes sociaux sont surchargés », croit M. Rodriguez.

C’est une crise qui nous dépasse.

Ronal Rodriguez, chercheur à l’Observatoire du Venezuela de l’Université del Rosario, à Bogota

Cette crise survient dans un contexte difficile, puisque la Colombie, qui sort d’un conflit armé qui a duré 50 ans, tiendra des élections présidentielles en mai.

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