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Discours de Justin Trudeau en France : quelques voix discordantes

Le reportage de Philippe-Vincent Foisy
Radio-Canada

Les députés de l'Assemblée nationale française ont généralement accueilli favorablement le discours qu'a prononcé mardi le premier ministre canadien. Les rappels historiques et l'évocation des liens linguistiques ont ravi les députés. La promotion de l'accord de libre-échange Canada-Europe par Justin Trudeau a cependant déplu à certains, à gauche comme à droite.

Un texte de Philippe-Vincent Foisy

C’est au centre du grand demi-cercle qui abrite 577 députés de l’Assemblée nationale que Justin Trudeau a pris la parole pendant une trentaine de minutes. Derrière lui, on apercevait une tapisserie représentant L’École d’Athènes, célèbre fresque de Raphaël qui se trouve au Vatican, et deux grandes statues qui incarnent la Liberté et le respect de l’Ordre public.

À l’extrémité gauche de l’hémicycle, les députés de La France insoumise n’ont pas hésité à chahuter M. Trudeau lorsqu’il a vanté les mérites de l’Accord économique et commercial global (AECG), un accord de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne.

Après le discours, la députée Clémentine Autain, de La France insoumise, a expliqué à Radio-Canada que les propos de Justin Trudeau à ce sujet sont « absurdes ».

Il a présenté quelque chose qui ne reflète pas la réalité de ce qu’est l’AECG.

Clémentine Autain, députée de La France Insoumise

Mme Autain craint que l’accord n’augmente les émissions de gaz à effet de serre et qu’il donne trop de pouvoirs aux multinationales avec le mécanisme de règlement des différends.

C'était d’ailleurs l'une des craintes du gouvernement wallon, une région de la Belgique. Les Wallons avaient retardé l’adoption de l’accord par l’Union européenne.

À l’époque, le traité avait été modifié pour donner plus d’indépendance au processus.

La droite aussi

Certaines parties du discours de Justin Trudeau ont aussi déplu à la droite. Pour Julien Aubert, du parti Les Républicains, le premier ministre a offert une vision « trop rose de la mondialisation ».

« Il avait une vision naïve sur l’ouverture au monde », a-t-il indiqué à Radio-Canada. « Pour garantir la stabilité en Occident, on a besoin de frontières et de savoir ce qui est dedans et ce qui est dehors. »

Plus à droite encore, la chef du Front national, Marine Le Pen, a écouté une grande partie du discours les bras croisés et a quitté l’Assemblée nationale pendant quelques minutes.

Au centre toutefois, où s'inscrit le parti La République en marche (LREM) du président Emmanuel Macron, les propos de Justin Trudeau ont été maintes fois salués par des applaudissements.

Les deux dirigeants politiques partagent une vision similaire sur de nombreux enjeux, dont le commerce.

Avec sa forte majorité à l'Assemblée nationale, le parti LREM devrait assurer la ratification de l’AECG.

Thèmes plus consensuels

Le premier ministre canadien a eu beaucoup plus de succès lors de son discours qui a abordé l’importance du français et des liens historiques entre la France et le Canada.

La France, comme le Canada, se doit aujourd’hui de faire de cette langue un outil de modernité, de travail, de prospérité.

Justin Trudeau, premier ministre canadien

Il a aussi cité l’écrivaine acadienne Antonine Maillet, première lauréate canadienne du prix Goncourt, ce qui a semblé toucher certains députés.

« Un arbre est plus qu’un arbre : il est tronc, racine, sève, feuilles, fruits, vent dans les branches, nids d’où s’échappent les oiseaux du ciel. C’est la plus belle image que m’inspire la francophonie », a écrit Mme Maillet.

Liens historiques

Justin Trudeau a aussi été chaudement applaudi lorsqu’il a rappelé les liens historiques des deux pays. Il a commencé son discours en rappelant ses origines : son ancêtre Étienne Trudeau a immigré en Nouvelle-France au milieu du 17e siècle.

D’une génération à l’autre, les Canadiens et les Français ont toujours su cultiver une amitié capable de s’adapter au changement, capable de relever des défis d’envergure et de résister à l’épreuve du temps.

Justin Trudeau, premier ministre canadien

« Cette amitié a mené nos aïeux dans les tranchées de la crête de Vimy – lieu d’une bataille marquante pour nous, Canadiens, puisque c’est en sol français que s’est affirmée pour la première fois une véritable nation canadienne », a-t-il ajouté, avant d’être ovationné.

Importance de la relation

Sa présence sur cette tribune, où l'ex-président américain Bill Clinton, l'ex-premier ministre britannique Tony Blair et l'ex-secrétaire général de l'ONU Kofi Annan ont déjà pris la parole, était l’occasion pour Justin Trudeau d’envoyer le message qu’il compte intensifier la relation avec la France.

Il est ainsi devenu le premier premier ministre du Canada en exercice à s’adresser aux élus et le premier politicien à le faire depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron.

Justin Trudeau n’était toutefois pas le premier politicien canadien à prendre la parole à l’Assemblée nationale : René Lévesque l’avait fait le 2 novembre 1977.

À l’époque, la France avait une relation beaucoup plus forte avec Québec qu’avec Ottawa. Comme nous le disait l’ancien ambassadeur du Canada à Paris, Lawrence Cannon, « il y a un changement de cap [dans la relation], pas radical, mais graduel depuis les dernières années ».

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