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Intrusion dans un site gouvernemental : l'adolescent se défend d’avoir voulu voler des documents

Un homme tape des lignes de code sur un ordinateur portable.

L'homme accusé d'avoir accédé aux documents d'un site gouvernemental se défend d'avoir voulu voler quoi que ce soit.

Photo : iStock / Yurich84

Radio-Canada

L'homme de 19 ans arrêté la semaine dernière à la suite à une intrusion sur un portail Internet du gouvernement de la Nouvelle-Écosse affirme qu'il n'avait aucune intention malveillante et qu'il pensait télécharger en toute bonne foi des documents qu'il croyait publics.

Selon le gouvernement, quelque 7000 documents ont été consultés entre le 3 et le 5 mars à la suite d’une intrusion sur le portail Internet du Commissariat à l'information et à la protection de la vie privée de la Nouvelle-Écosse.

Le site web est devenu inaccessible pendant six jours à partir du 5 avril. Par la suite, le gouvernement, pressé de questions, a finalement admis l’incident.

Il fait face à une accusation d'utilisation non autorisée d'un ordinateur, une accusation « rarement déposée », selon le surintendant Jim Perrin de la police d'Halifax. Les autorités ont indiqué que d’autres accusations pourraient s’ajouter.

Cette accusation peut valoir une peine d’emprisonnement maximale de 10 ans. Le jeune homme a téléchargé environ 7000 documents. La majorité était déjà accessible publiquement, mais certaines informations contenues dans ces documents étaient confidentielles.

Environ 250 de ces documents avaient été préparés pour des citoyens ayant demandé de consulter leur dossier au gouvernement. Ils contenaient donc des informations personnelles qui n’étaient pas destinées à être vues par le public.

Pas d’intention malveillante, dit-il

Vendredi dernier, le premier ministre de la Nouvelle-Écosse, Stephen McNeil, a accusé le jeune homme d’avoir « volé » ces informations.

L’accusé soutient plutôt que des recherches sur Internet l’ont menées à des documents qu’il croyait de nature publique et qu’il a ensuite téléchargé.

Il dit qu’il s’intéressait au récent conflit de travail entre le gouvernement provincial et les enseignants. « Je voulais davantage de transparence au sujet du conflit avec les enseignants », dit-il.

Après quelques recherches liées à cette affaire sur le site gouvernemental des demandes d’accès à l’information, il ne voit rien à ce sujet.

Lignes de code sur un écran d'ordinateur.

L'accusé dit qu'une seule ligne de code a suffi pour lui permettre de copier des milliers de documents du site web du gouvernement.

Photo : iStock / scanrail

Il décide alors de télécharger les dossiers pour les passer en revue plus tard.

« J’ai conclu qu’il s’agissait de documents transparents que le gouvernement affichait. J’ai décidé de tous les télécharger pour les sauvegarder », explique-t-il.

Il lui a fallu une seule ligne de code et quelques heures devant son ordinateur, dit-il, pour copier 7000 demandes d’accès à l’information.

Je n’ai rien fait pour essayer de m’en cacher. Je ne croyais pas que ce serait mal si tout ceci était de l’information publique. Si c’est public, je me suis dit que c’était gratuit à télécharger et à sauvegarder.

L'accusé

Anonymat

C’est un jeune homme discret et poli, qui pourrait aisément passer pour plus jeune que ses 19ans, que CBC News a rencontré à la résidence où il habite avec ses parents à Halifax.

Son identité n'a pas été rendue publique, car il n'a pas encore comparu devant un juge. CBC/Radio-Canada a décidé de ne pas divulguer son identité pour le moment, à la demande de sa famille.

Intéressé aux ordinateurs depuis toujours

L’accusé a développé très tôt un intérêt pour la technologie. Il se rappelle qu’à l’âge de 8 ans, il s’initiait au codage html et créait une version de la page d’accueil de Google où les lettres colorées épelaient son prénom.

En troisième année, sa classe adopte un animal d’un refuge, et reçoit un dossier électronique d’adoption. L’adresse web du dossier se terminait par une série de chiffres. « En changeant le dernier chiffre, j’ai été capable de consulter le certificat de l’animal de quelqu’un d’autre », dit-il. « J’ai trouvé cela intéressant. »

C’est le même truc simple qu’il dit avoir utilisé sur le portail Internet du Commissariat à l'information et à la protection de la vie privée de la Nouvelle-Écosse, menant aux demandes d’accès à l’information qu’on lui reproche d’avoir « volées ».

Un ingénieur remet en question la notion de faille de sécurité

L’ingénieur en logiciel Evan d'Entremont abonde dans le même sens. Il indique que les adresses des pages web des documents sur le site du gouvernement sont identiques, sauf pour un dernier chiffre qui va de 1 à 7000. De changer ce numéro pour consulter une autre page est une pratique courante, dit-il.

Evan d'Entremont.

L'ingénieur en logiciel Evan d'Entremont.

Photo : CBC

« Alors que l’on apprend plus de détails, je commence à être préoccupé par la possibilité qu’il n’y ait en fait pas de faille [de sécurité] », dit M. d’Entremont. Il se demande ouvertement si quelqu’un n’est pas en train d’être traité en bouc émissaire pour « camoufler le problème du gouvernement ».

L'ingénieur juge que c'est la faute du gouvernement si ces données n'étaient pas en sécurité.

La famille traumatisée par la perquisition

La famille de l’accusé dit avoir trouvé la perquisition de mercredi dernier à Halifax, « bouleversante et traumatisante ».

Il y avait jusqu’à 15 policiers dans la maison, dit la mère. « Ils ont tout fouillé. Ils ont tourné les matelas, ils ont pris nos tiroirs et les ont vidés, ils ont fouillé nos documents personnels, nos photos », dit-elle.

Elle dit qu’ils sont encore en train de nettoyer le désordre qu’ils ont laissé derrière eux.

La mère raconte que la police a saisi l’ordinateur de son fils, ainsi que l’ordinateur et le téléphone cellulaire de son mari, ce qui fait que ce dernier est privé de ses outils de travail depuis.

Elle ajoute que leur plus jeune fils a été arrêté sur la rue alors qu’il marchait pour se rendre à l’école, et que son ordinateur a été confisqué.

Les agents ont pris à part la fille de 13 ans du couple pour l’interroger dans une voiture de police.

« Notre fille, elle a été traumatisée, vraiment traumatisée. Elle était en larmes », dit le père.

Un intérêt pour les archives

L'accusé estime avoir environ 30 téraoctets de données en ligne sauvegardées sur des disques durs à la maison, l’équivalent de « millions » de pages web.

Il copie habituellement des forums en ligne tels Reddit et 4chan, où les publications sont parfois supprimées, ou deviennent rapidement très difficiles à retracer par de simples recherches. Ceci n'a rien d'illégal.

« Je sauvegarde des choses, j’archive l’Internet », dit-il. « Tout ça doit être sauvegardé et préservé. »

Un disque dur externe sur un bureau près d'un ordinateur portable.

L'homme de 19 ans dit avoir 30 téraoctets de données en ligne sauvegardées sur des disques durs.

Photo : iStock / yotrak

Dépassé par les événements

L’homme de 19 ans explique que depuis la perquisition, il passe le temps en faisant des mots croisés puisqu’il n’a plus accès à Internet. Il est aux études et s’inquiète d’être capable de terminer sa session.

Il dit que c’est la première fois qu’il a des problèmes du genre. « Tout ça est une première, c’est tout nouveau, et je ne sais pas quoi faire. »

Il s’inquiète de ne pas pouvoir trouver d’emploi si la situation lui vaut un dossier criminel. « Je ne sais pas à quoi mon avenir va ressembler », avoue-t-il.

« Je n’avais aucune intention malveillante et je ne devrais pas être accusé pour ça », plaide-t-il.

Avec les informations de CBC

Nouvelle-Écosse

Cybersécurité