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Trudeau présente sa recette pour combattre le cynisme aux députés français

Comme l'indique Philippe-Vincent Foisy, sa vision du commerce international n'était pas du goût de tout le monde.
Radio-Canada

L'audace et l'ambition sont des antidotes contre le cynisme ambiant qui menace les démocraties libérales, a plaidé mardi Justin Trudeau dans un discours prononcé devant l'Assemblée nationale française – une première pour un premier ministre canadien.

Un texte de François Messier

Disant s’exprimer avec une « vive émotion », M. Trudeau a entrepris son discours en évoquant son aïeul, Étienne Truteau, fils de charpentier arrivé au Canada depuis La Rochelle, avant de citer les défis auxquels se heurtent de nombreux pays occidentaux.

Même si les gens sont globalement « en meilleure santé, plus riches et plus instruits que jamais », a-t-il dit, « nombreux sont ceux qui s’inquiètent de leur avenir et de celui de leurs enfants », a-t-il résumé devant les parlementaires français.

« L’anxiété se fait pernicieuse », a-t-il poursuivi, évoquant « un coût de la vie qui augmente alors que les salaires stagnent et que les emplois se précarisent », des « écarts qui se creusent entre les riches et les pauvres », « une classe moyenne qui s’amincit ».

Les répercussions en sont également une « polarisation du discours politique » et « des sentiments de dépossession et d’impuissance », a-t-il ajouté. « Dans trop de pays, le populisme se répand, la démocratie s’érode… des symptômes d’un malaise qui afflige notre monde intégré. »

Confrontées aux grands défis de notre époque, les démocraties libérales portent la responsabilité d’articuler une vision claire et convaincante de l’avenir auquel elles aspirent, du monde qu’elles espèrent bâtir. Il s’agit là du mandat que nous ont confié nos concitoyens.

Justin Trudeau

Ayant établi ces postulats, le premier ministre Trudeau a entrepris de présenter aux élus français sa vision du monde, constituée de thèmes bien connus des Canadiens : lutte contre les inégalités, protection de l’environnement allant de pair avec le développement économique et promotion du libre-échange, notamment avec l'Europe.

Justin Trudeau au lutrin devant des élus qui l'applaudissent.Le premier ministre Trudeau devant les élus français Photo : Reuters / Benoit Tessier

« Le Canada devrait-il laisser la peur et l’inquiétude dicter son avenir et, surtout, décider de celui de ses enfants? That’s just not who we are », a-t-il dit, laissant tomber la seule et unique phrase anglaise de son discours. « À une époque où des courants politiques exploitent l’inquiétude bien réelle de leurs concitoyens, le Canada a choisi de contrer le cynisme en faisant preuve d’audace et d’ambition. »

Nous nous déclarons ainsi pour le commerce progressiste, pour la diversité, pour l’immigration, pour la protection de l’environnement, pour l’égalité des sexes, pour la règle de droit, pour la démocratie, pour l’égalité, pour la liberté. Comme l’avaient fait valoir les Lumières, face à l’ignorance, prônons la raison. Face à l’obscurité, choisissons la science, les débats et le progrès.

Justin Trudeau

Les inégalités, une menace pour le commerce mondial

M. Trudeau s'est longuement attardé sur le besoin de lutter contre les inégalités, qui entraînent l'exclusion de citoyens « en raison de leur sexe, de leurs origines, de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre ». En persistant dans nos sociétés, a-t-il fait valoir, elles « laissent s'installer le doute, l'inquiétude, voire l'hostilité de certains à l'égard d'un monde intégré » et « font obstacle à notre prospérité ».

Cette situation contribue à éroder « non seulement le niveau de vie de la classe moyenne, mais aussi la confiance de la population à l'égard du commerce mondial, de la coopération internationale et de la démocratie libérale », a-t-il ajouté à ce sujet.

Il a souligné du coup que l'égalité des sexes constituera le « thème horizontal » du sommet du G7, qui aura lieu en juin dans la région de Charlevoix. Cette rencontre des grands pays industrialisés aura pour objectif de « contrer la faible croissance chronique, l'écart des revenus et les inégalités sociales », a-t-il résumé.

À ce sujet, le premier ministre a une fois de plus vanté l'accord de libre-échange Canada-Union européenne, qui est entré en vigueur de manière provisoire en septembre dernier, comme il l'avait fait la veille lors d'une conférence de presse conjointe avec le président français Emmanuel Macron.

Cet accord est « progressiste » et « va plus loin que n'importe quel autre accord commercial dans le monde », a-t-il vanté, au grand dam d'élus français campés à l'extrême gauche (Parti communiste, La France insoumise) et à l'extrême droite (Front national) du paysage politique français.

Il donne l’exemple sur la protection des droits de la personne, sur l’environnement et sur la mobilité des citoyens. Il préserve le droit des États de légiférer et de réglementer dans l’intérêt public, de mettre en œuvre des politiques visant à soutenir leurs industries culturelles, en plus de protéger les normes du travail et de promouvoir une coopération accrue en matière d’environnement.

Justin Trudeau sur l'accord de libre-échange

Comme il l'avait fait lundi, M. Trudeau a évoqué plusieurs indicateurs économiques montrant que cet accord « produit déjà des effets ». Il a notamment souligné que des entreprises françaises, désignées nommément - le détaillant d'articles de sports Décathlon, le fabricant de tuques Pipolaki et la Confiserie du Roy-René - en profitent d'ores et déjà.

Alliance militaire, climat, science et... langue française

Le premier ministre Trudeau devant un lutrin.Le premier ministre Trudeau prononçant son discours à l'Assemblée nationale française. Photo : Reuters / Benoit Tessier

Le premier ministre canadien a ensuite parlé de la lutte contre le réchauffement de la planète, en mettant en avant la convergence de vues entre la France et le Canada, « deux pays [...] unis dans leur ambition de lutter contre les changements climatiques tout en faisant croître [leurs] économies de façon durable ».

Dans la même veine, il s'est livré à un plaidoyer en faveur des sciences, en évoquant une fois de plus « l’héritage des Lumières dont les idées ont fait de votre pays un symbole d’espoir pour le monde, d’une génération à l’autre ». « À l’ignorance, vous avez répondu par la raison. Plutôt que l’obscurité, vous avez choisi la science, les débats et le progrès. Ensemble, ravivons ces valeurs humanistes », a-t-il lancé.

Le premier ministre a également évoqué l'alliance militaire entre Paris et Ottawa, en faisant un parallèle entre le combat mené contre les nazis lors de la Deuxième Guerre mondiale et les récentes frappes des puissances occidentales en Syrie. Le Canada a appuyé « sans hésitation » cette action militaire de la France, des États-Unis et de la Grande-Bretagne, a-t-il rappelé.

Si les puissances de l’Axe ont été vaincues, c’est grâce à l’action conjointe d’États animés par une vision semblable du monde et des valeurs partagées. Ce travail se poursuit encore aujourd’hui. Encore récemment, un régime meurtrier employait des armes chimiques contre sa propre population. Confronté à l’horreur, le monde se devait de réagir.

Justin Trudeau

Il a profité de l'occasion pour souligner une fois de plus que le Canada se joindra à la mission des Nations unies au Mali, un pays où l'armée française est très présente dans le cadre de l'opération Barkhane.

Le premier ministre a aussi abordé un thème dont il traite plus rarement lors de ses discours à l'étranger, celui de la place de la langue française dans le monde. Après avoir salué les ambitions récemment affichées du président Macron en la matière, il a assuré que les Canadiens y sont très attachés.

« Il faut que vous sachiez, amis français, à quel point les Canadiens sont attachés à la langue française. Ceux dont elle est la langue maternelle. Ceux qui l’ont apprise. Ceux qui, sans la parler, inscrivent leurs enfants dans des écoles d’immersion française. Ou même ceux qui sont tout simplement fiers de compter cette langue internationale, cette langue de culture, comme l’une de nos deux langues officielles », a-t-il dit.

Si la langue française est toujours si vivante en Amérique du Nord, quatre siècles après la naissance d’un berceau français sur le continent, c’est que le Canada, et notamment le Québec, s’est profondément engagé à la garder vivante.

Justin Trudeau

« La France comme le Canada se doivent aujourd’hui de faire de cette langue un outil de modernité, de travail, de prospérité », a-t-il ajouté à ce sujet.

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