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Un outil informatique pour prévenir les effets des inondations

Le reportage d’Hugo Lavallée
Radio-Canada

Lorsque le lac Saint-Jean a frôlé le niveau des 18 pieds au printemps dernier, les municipalités riveraines ont rapidement pu savoir quels secteurs de leur territoire étaient les plus à risque. Elles ont pu alerter les citoyens, voire ordonner des évacuations préventives.

Un texte de Hugo Lavallée, correspondant parlementaire à Québec

À titre de gestionnaire de nombreux barrages dans la région, Rio Tinto doit informer la population des risques liés à la crue des eaux. Pour appuyer ses décisions, l’entreprise utilise GéOctopus, une application développée par le Groupe conseil Nutshimit-Nippour qui est constamment mise à jour.

Image tirée de l'application GéOctopus développée par le Groupe conseil Nutshimit-Nippour.Image tirée de l'application GéOctopus développée par le Groupe conseil Nutshimit-Nippour. Photo : Nutshimit-Nippour

Son fonctionnement est plutôt simple. À partir des prévisions météorologiques, Rio Tinto anticipe quel niveau le lac Saint-Jean atteindra. L’application permet ensuite à l’entreprise de savoir quelles zones précises seront inondées si la prévision s'avère.

« Vous voyez le lac en bleu et ça, ce sont les zones qui pourraient être inondées selon un lac à 18 pieds, un lac à 21 pieds. Quand on veut plus d’information, on peut allumer des photos aériennes », illustre Jean-François Savard, chargé de projet.

Grâce à l’intégration des données tirées du registre foncier, on peut aussi savoir à qui appartiennent les terrains ou les bâtiments qui seraient touchés et avertir les propriétaires.

Image satellite tirée de l'application GéOctopus développée par le Groupe conseil Nutshimit-Nippour.Image satellite tirée de l'application GéOctopus développée par le Groupe conseil Nutshimit-Nippour. Photo : Nutshimit-Nippour

« Si c’est un foyer pour personnes âgées avec 75 résidents, ce n’est pas la même chose qu’une maison unifamiliale. Il y a plein de choses comme ça qu’on peut faire ressortir », explique le directeur au développement des affaires du Groupe conseil Nutshimit-Nippour, Carl Côté.

Partager l'information

Pour aider les municipalités aux prises avec des crues exceptionnelles, Rio Tinto a choisi de leur donner accès à son outil. L’entreprise a aussi partagé ses données avec le ministère de la Sécurité publique.

« À partir de la navigation sur l’outil, [les municipalités] peuvent sortir une liste d’adresses qui sont concernées et donner ça à leur chef pompier et aviser les gens pour prévoir les évacuations », mentionne Jacqueline Couture, chef de projet chez Rio Tinto.

Si l’outil ne permet évidemment pas d’empêcher les inondations, il permet d’en anticiper les conséquences et de s’y préparer.

Pour la professeure de géographie à l’Université Concordia Pascale Biron, développer ce genre d’outil fait partie des mesures préventives que peuvent prendre les gouvernements. La clé, explique-t-elle, est de développer une meilleure connaissance du territoire en amont des catastrophes.

« Cette connaissance-là, pour l’ensemble du territoire, est absolument essentielle à avoir et à transmettre », souligne Mme Biron. « De nombreux pays européens ont déjà développé une connaissance fine de leur territoire, ajoute-t-elle, et beaucoup reste encore à faire ici ».

Étendre GéOctopus?

Au ministère de la Sécurité publique, on dispose déjà de nombreux outils numériques pour suivre l’état des cours d’eau. Pourrait-on faire, pour l’ensemble du territoire, ce que Rio Tinto a fait au Saguenay-Lac-Saint-Jean? Chose certaine, le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, jugeait l’outil inspirant en décembre dernier, lors du forum visant à tirer des leçons des inondations du printemps dernier.

« Il peut y avoir une bonification [de nos systèmes actuels] par un échange d’information sur les outils qui sont mis en place, mais ce n’est pas une solution unique qui peut être répandue partout », précise le porte-parole du ministère de la Sécurité publique, Thomas Blanchette. Ainsi, si des municipalités ou des entreprises voulaient développer des outils semblables à celui de Rio Tinto, le ministère de la Sécurité publique pourrait les intégrer à ses systèmes existants.

Chose certaine, croit la professeure Pascale Biron, il faut faire vite : c’est dans les années suivant un désastre que l’opinion publique est la plus favorable aux investissements publics pour contrer les effets des catastrophes naturelles. Plus le temps passe, plus les citoyens ont tendance à oublier.

Société