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8 points pour comprendre l’intelligence artificielle

Les expressions du visage de quatre hommes sont analysées par un ordinateur pour détecter leur humeur (fâché, joyeux, triste ou surpris) et leur genre.
Les caméras de surveillance dotées d'intelligence artificielle parsèment de plus en plus les rues en Chine. Photo: Getty Images / AFP/JOHN MACDOUGALL
Radio-Canada

CHRONIQUE – Dans un passé pas si lointain, l'expression « intelligence artificielle » était bannie des demandes de subvention. Trop d'espoirs déçus. Mais en l'espace de quelques années, elle est passée de l'univers de la science-fiction à la une des médias. Le financement universitaire et industriel a suivi. Dans moins de sept ans, le marché de cette technologie pourrait dépasser les 40 milliards de dollars. Que s'est-il passé? Voici quelques points pour mieux en comprendre les hauts et les bas.

Un texte de Matthieu Dugal, animateur de La sphère

Une jeune vieille discipline

En 1950, le mathématicien britannique Alan Turing publie dans la revue Mind un des premiers papiers qui relient le concept de machine et d’intelligence. Le titre? Machines à calculer et intelligence. C’est dans ce papier qu’il décrit un test destiné à savoir si un système dit intelligent peut tromper un humain en se faisant passer pour un humain : le jeu de l’imitation.

En 1955, le mathématicien John McCarthy utilise l’expression « intelligence artificielle » pour la première fois en septembre lors de l’écriture d’un appel pour préparer une rencontre qui aura lieu lors de l’été 1956 au collège Dartmouth, à Hanover, dans le New Hampshire.

Cool camp d’été!

Le programme estival de recherche Dartmouth à propos de l’intelligence artificielle (Dartmouth Summer Research Project on Artificial Intelligence) est véritablement l’an 0 de cette discipline. Lors de cette rencontre plus ou moins informelle qui a réuni quelques dizaines de chercheurs durant deux mois à l’été 1956 (à 300 kilomètres au sud de Montréal dans le New Hampshire), la plupart des bases de la discipline que l’on connaît aujourd’hui ont été posées. Le cachet pour l’été au complet : 15 000 $, en dollars constants. Dans la lettre envoyée par McCarthy aux chercheurs, on peut notamment lire, sous la rubrique « lieu », l'inscription « cool place » entre parenthèses sous le nom de la ville de Hanover.

Mon pays, ce n’est pas un pays c’est…

L’hiver. L’intelligence artificielle a connu quelques fois cette saison. En 60 ans d’histoire, il y a eu en effet deux grandes glaciations, des moments où la recherche s’est presque arrêtée, notamment à cause des limitations techniques des ordinateurs, du manque de données, et même de la trop grande confiance des scientifiques!

Marvin Minsky, un des fondateurs de la discipline, a affirmé de manière un peu baveuse en 1970 : « D'ici trois à huit ans, nous aurons une machine avec l’intelligence générale d'un être humain ordinaire. » Presque 50 ans plus tard, la plupart des scientifiques s’entendent pour dire qu’il s’agit d'un but très lointain, voire impossible à atteindre.

Le tueur d’intelligence artificielle

En 1973, le mathématicien britannique James Lighthill publie un rapport dévastateur qui met en pièces la déclaration de Minsky. Il y mentionne notamment : « Il est intéressant de souligner les résultats de 25 ans de travaux dans le monde des programmes destinés à jouer aux échecs : les résultats sont décourageants. Les meilleurs programmes sont du niveau de joueurs amateurs. Les maîtres n’en font qu’une bouchée. » À la suite de ce rapport, le gouvernement britannique a coupé le financement de la recherche dans toutes les universités, sauf trois.

L’intelligence humaine mise à rude épreuve

En 2016, une intelligence artificielle bat un humain au jeu de go. En 2017, au poker. Pour une science qui a 60 ans, on peut dire que ce sont des succès tardifs. La première percée de l’intelligence artificielle dans la reconnaissance d’images date, par exemple, d’il y a seulement six ans, quand une équipe de l’Université de Toronto, sous la supervision de Geoffrey Hinton, a écrasé la concurrence lors d’une compétition de reconnaissance d’image : ImageNet Large-Scale Visual Recognition Challenge. En 2010, le taux d’erreur dans la reconnaissance d’image de l’équipe gagnante de cette compétition avoisinait les 30 %. Deux ans plus tard, en 2012, l’équipe d’Hinton a fait baisser ce taux à… 16 %. Leur arme secrète? Des réseaux de neurones artificiels profonds.

La jeune pousse qui vaut plus cher

Retenez ce nom : Sense Time. La jeune pousse chinoise en intelligence artificielle vient de recueillir plus de 750 millions de dollars canadiens cette semaine dans une nouvelle ronde de financement, ce qui porte sa valeur à 5,6 milliards de dollars. Ses outils permettent notamment aux internautes chinois de transformer leur visage en jolis minois de lapins ou de chats, c’est selon.

Mais Sense Time travaille aussi main dans la main avec les forces de police pour équiper les caméras de surveillance des villes du pays. À Guangzhou, une ville de 25 millions d’habitants, l’intelligence artificielle de Sense Time aurait ainsi permis d’identifier 2000 suspects avec les caméras de surveillance qui parsèment les rues et ainsi « résoudre » une centaine de crimes.

Le pas entre la résolution de crimes et la surveillance de citoyens qui réclament un peu plus de pluralité démocratique est mince, comme le rappellent des organisations pour les droits de la personne.

Elon Musk a tout faux

Oubliez les délires à propos d’une intelligence artificielle qui atteindrait un niveau suffisant de conscience et dont on perdrait le contrôle. Elon Musk a tout faux. Le vrai problème, c’est un acronyme au nom évocateur : LAWS, « les lois », ou si vous préférez, « Lethal Autonomous Weapons System ». En français, on traduit aussi cela par « robots tueurs ». Toutes les puissances militaires y travaillent. Les 22 pays qui en ont appelé récemment à une interdiction de l’utilisation de tels robots n’ont, de toute façon, pas les ressources pour y travailler.

Un drone américain survole une base navale.Les drones tueurs actuels, toujours contrôlés par des opérateurs humains, pourraient être remplacés par des appareils plus petits et autonomes. Photo : Reuters

Le site Gizmodo rapportait le mois dernier que Google travaille actuellement avec le Pentagone sur le projet Maven, qui a pour but de permettre aux drones de mieux reconnaître les objets. Un drone n’est pas (encore) un robot tueur. Mais cette technologie pourrait-elle, un jour, servir dans des systèmes autonomes? Les 3000 employés de Google qui ont signé récemment une lettre destinée au PDG Sundar Pichai semblent le croire.

Viens voir les magiciens

Au 18siècle, un inventeur hongrois, Johann Wolfgang Von Kempelen, invente un automate capable, semble-t-il, de jouer aux échecs tout seul : le Turc mécanique. Il fait le tour des cours européennes avec son invention « révolutionnaire ». On découvre que c’est une supercherie, un homme se cache dans le mécanisme. Peu importe, les foules en redemandent.

Le robot-androïde Sophia a l'apparence d'une  femme mais sans cheveux. Sophia est un robot-androïde développé par l'entreprise Hanson Robotics. Photo : AFP/Getty Images / PATRICIA DE MELO MOREIRA

Au 21e siècle, une compagnie de robots, Hanson Robotics, fait sensation sur les réseaux sociaux avec un robot aux allures féminines : Sophia. La compagnie entretient un savant flou artistique à propos de la supposée conscience de son invention. Plusieurs scientifiques s’insurgent contre cette manipulation grossière : aucun programme d’intelligence artificielle n’a de conscience. L’intelligence artificielle forte, comme on l’appelle, est encore à des années-lumière d’ici. Certains doutent même qu’elle puisse un jour exister. Sophia fait actuellement le tour du monde, même si elle a la présence au monde d’un Google Home.

Et si la vraie menace, c’était notre crédulité?

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