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À Halifax, les premiers signes d’un quartier chinois apparaissent

Meng Zhao, son mari et leurs enfants pĥotographiés au Musée maritime de l'Atlantique, à Halifax.
Meng Zhao, la fondatrice du journal Dakai Maritimes, son mari Frank Zhang et leurs enfants. Photo: La Presse canadienne / HO
Radio-Canada

Le long des rues de la pointe sud de la péninsule d'Halifax, on aperçoit de plus en plus de caractères chinois sur les enseignes des commerces.

Ils promettent des desserts, des dumplings, du thé aux perles. Ils annoncent aussi des logements à louer ou dirigent les passants vers un salon de barbier.

Pour certains, ce sont les signes indéniables d’un quartier chinois en émergence.

C’est encore très petit, et à l’instar des quartiers « chinois » ailleurs en Amérique. Plusieurs de ces commerces sont en fait coréens, philippins ou vietnamiens.

Halifax, ville portuaire bourdonnante aux nombreuses universités, accueille depuis longtemps des immigrants ou des étudiants chinois. Ce qui est différent cette fois-ci, c’est que plusieurs de ces nouveaux venus décident de faire de la capitale de la Nouvelle-Écosse leur résidence permanente.

Vue du front de mer d'Halifax.Halifax. Photo : Getty Images / shaunl

Alors que plusieurs d’entre eux restent, plutôt que de retourner en Chine ou de mettre les voiles en direction de Vancouver ou de Toronto, cette masse critique d’expatriés chinois encourage tranquillement leurs compatriotes à jeter l’ancre à Halifax.

« C’est plus occupé qu’avant », reconnaît Mai Duong, de l’épicerie Ca-Hoa. Ouvert depuis 1981, l'établissement se targue d'être la « première épicerie asiatique d’Halifax ». Plusieurs autres sont apparues en ville ces dernières années.

« Il y a toujours beaucoup d’étudiants chinois, mais maintenant il y a davantage de familles aussi », dit le copropriétaire du commerce qui vend des produits frais et des aliments divers sur la rue Queen, près du chemin Victoria, dans le quartier South End.

La population d'Halifax en pleine croissance

À l’instar de ses voisines en Atlantique, la Nouvelle-Écosse doit faire face au vieillissement rapide de sa population. Elle déploie aujourd’hui des efforts vigoureux pour attirer des travailleurs dans la force de l’âge, et elle considère la Chine comme un « marché clé » tant pour l’immigration que pour le commerce.

Les premiers signes semblent indiquer que la stratégie fonctionne. En 2016, la Nouvelle-Écosse a accueilli 5485 nouveaux résidents, une hausse de 61 %, comparativement à 2015 qui constitue la plus importante augmentation en un an depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

D’après Statistique Canada, la croissance de la population d’Halifax en 2016 a été plus importante que celles de Montréal, Vancouver, Ottawa et Toronto.

La Chine est le pays d’origine de la majorité des nombreux étudiants internationaux qui vivent présentement à Halifax. Si l’on considère la population immigrante totale de la ville, c’est le troisième pays d’origine en importance.

Les statistiques semblent donc vouloir appuyer les faits anecdotiques, et l’hypothèse d’un quartier chinois bourgeonnant.

Waye Mason, maire adjoint d’Halifax et conseiller du district 7, situé dans la partie sud du centre-ville, remarque que de plus en plus de commerces asiatiques apparaissent dans le bas du chemin Victoria, près des rues Inglis et Barrington.

« Il y a beaucoup d’étudiants internationaux provenant de l’Asie du Sud-Est », dit M. Mason.

« Ça commence à changer maintenant »

De nouvelles compagnies convoitant la clientèle des résidents chinois ont ouvert un peu partout dans la municipalité régionale d’Halifax, tandis que des entreprises déjà établies, comme des sociétés immobilières et des concessionnaires automobiles, recrutent de nouveaux employés qui parlent le mandarin, la langue la plus parlée au monde.

Halifax Public Libraries, qui gère le réseau de bibliothèques publiques de la ville, indique que le tiers des nouveaux arrivants qui étaient inscrits à des cours de conversation en anglais l’automne dernier étaient d’origine chinoise, et la demande pour les livres en chinois demeure élevée.

La coopérative EduNova, une association d’établissements d’enseignement et de formation, affirme que l’intérêt des étudiants chinois pour étudier et rester en Nouvelle-Écosse a augmenté. Un porte-parole indique que près de la moitié des étudiants participants à leur programme viennent de Chine.

Pendant ce temps, le journal Dakai Maritimes (Nouvelle fenêtre), publié en mandarin et en anglais, a maintenant un tirage de 35 000 exemplaires, sept fois plus qu’à son lancement il y a cinq ans.

Meng Zhao, fondatrice et éditrice en chef de Dakai Maritimes, a fondé le journal après avoir gradué de l’Université Mount Saint Vincent. Son objectif est de bâtir un pont entre les résidents de longue date d’Halifax et les nouveaux arrivants chinois.

Meng Zhao, Frank Zhang et leurs enfants dans un verger.Meng Zhao (à droite), la fondatrice du journal Dakai Maritimes, son mari Frank Zhang et leurs enfants. Photo : La Presse canadienne

« On peut se sentir isolés quand on arrive dans une nouvelle communauté », explique-t-elle. « Ça commence à changer maintenant, mais quand j’ai emménagé ici, la population chinoise était plutôt petite. Je voulais la mettre en contact avec l’ensemble de la communauté. »

Mme Zhao a fondé une famille et élève deux enfants en bas âge avec son mari. « D’être parent comporte des défis, peu importe le pays que vous habitez, mais quand vous êtes loin de votre famille et de votre culture, ça peut être difficile », dit-elle.

Sur l’application mobile WeChat, Mme Zhao fait partie d’un groupe de nouvelles mères d’origine chinoise vivant à Halifax. Le groupe, dit-elle, compte environ 400 membres, qui échangent des conseils en ligne et organisent des rencontres et des activités.

« Ça fait assez longtemps que je suis ici pour m’être intégrée à la culture et à la manière de vivre locales. Mais pour certaines qui ne parlent pas couramment la langue [anglaise] ou qui manquent de soutien, ça peut être vraiment difficile », explique-t-elle. « Nous nous entraidons. »

Yao Chen dans un restaurant chinois.Yao Chen, un agent immobilier d'Halifax, rencontré au restaurant chinois Bai Wei Bar Grill, dans le quartier South End. Photo : La Presse canadienne / Andrew Vaughan

Yao Chen est venu à Halifax en 2008 pour étudier à Mount Saint Vincent. Plusieurs de ses amis de l’université ont déménagé à Toronto, leur diplôme en poche, mais M. Chen est resté à Halifax, où il est agent immobilier.

Il existe plusieurs façons différentes d’encourager les diplômés chinois à demeurer en Nouvelle-Écosse, et la possibilité pour eux de faire venir leurs parents au Canada en est une importante, dit M. Chen.

Il vante particulièrement les possibilités d’investissement dans l’immobilier à Halifax, ce qui rend la ville très attirante pour les étrangers, selon lui.

« Le marché immobilier à Halifax n’a pas été assez aussi attirant que ceux de Toronto et Vancouver », admet-il, avant d’ajouter : « Mais c’était avant que les autres gouvernements imposent des taxes aux acheteurs étrangers. »

Depuis, dit M. Chen, les Chinois commencent à se rendre compte que la région d’Halifax est plus abordable que les principales métropoles canadiennes, et que la qualité de vie est meilleure sur la côte Atlantique.

Même son de cloche de la part de Ran Jin, arrivé récemment de Shanghai et employé d’un concessionnaire automobile d’Halifax. La population de la ville croît et « il y a plus de possibilités ici maintenant pour de nouveaux arrivants. »

Avec les informations de La Presse canadienne

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