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« Liberté pour les prisonniers politiques », chantent des milliers de manifestants à Barcelone

Des milliers de manifestants ont pris la rue d'assaut à Barcelone, dimanche, pour protester contre l'emprisonnement des leaders indépendantistes catalans.
Des milliers de manifestants ont pris la rue d'assaut à Barcelone, dimanche, pour protester contre l'emprisonnement des leaders indépendantistes catalans. Photo: AFP/Getty Images / Josep Lago

Six mois après le début de la vague d'emprisonnements de leaders indépendantistes catalans, près de 350 000 manifestants ont défilé dimanche à Barcelone pour protester contre l'incarcération de neuf figures du mouvement accusées de rébellion.

« Liberté pour les prisonniers politiques », criaient des milliers et des milliers de manifestants massés avenue Paralel, en soutien aux dirigeants indépendantistes emprisonnés pour sédition, détournement de fonds ou le délit contesté de rébellion, passible de 30 ans de prison, et qui suppose qu'il y ait eu un « soulèvement violent ».

« Comme ils ne peuvent pas décapiter l'indépendantisme – comme l'avait souhaité la vice-présidente du gouvernement espagnol, Soraya Saenz de Santamaria – ils essaient de le faire par la voie judiciaire », lance une manifestante, Roser Urgelles, une institutrice de 59 ans.

« Ils ont besoin de démontrer qu'il y a eu violence pour exécuter les peines qu'ils veulent, alors ils l'inventent, mais nous continuerons à manifester pacifiquement », ajoute-t-elle.

Voilà six mois, des militants indépendantistes catalans ont commencé à être envoyés en prison pour leurs idées politiques. Les Catalans ont souligné l'occasion, dimanche, en sortant massivement dans la rue. Voilà six mois, des militants indépendantistes catalans ont commencé à être envoyés en prison. Les Catalans ont souligné l'occasion, dimanche, en sortant massivement dans la rue. Photo : Reuters / Albert Gea

Comme elle, des milliers de manifestants portent un ruban jaune, par solidarité avec les indépendantistes en prison : un signe que le ministre de la Justice Rafael Catala a récemment jugé « insultant », « parce qu'il prétend qu'il y a des prisonniers politiques en Espagne alors que ce sont des politiques emprisonnées ».

L'appel à manifester avait été lancé sur une plateforme créée en mars dans la région du nord-est de l'Espagne pour « défendre les institutions catalanes » et « les droits et libertés fondamentales » des citoyens.

Le fait que deux grands syndicats, les Commissions ouvrières et l'Union générale des travailleurs (UGT), en fassent partie aux côtés des associations séparatistes ANC et Omnium a provoqué de vives protestations parmi ceux de leurs membres qui n'ont jamais voulu de l'indépendance.

« Il y a eu des tensions [parmi les syndiqués] comme dans l'ensemble de la société catalane », a admis le secrétaire général de l'UGT en Catalogne, Camil Ros.

Ce n'est pas une manifestation indépendantiste. C'est le moment de jeter des ponts. Le problème de la Catalogne ne doit pas se résoudre dans les tribunaux, mais par le dialogue et la politique.

Camil Ros, secrétaire général de l'UGT en Catalogne

Quelle violence ?

Cette mobilisation en Catalogne a lieu 10 jours après la remise en liberté de l'ex-président indépendantiste Carles Puigdemont en Allemagne, où un tribunal a considéré que les charges pour « rébellion » n'étaient pas étayées.

Cependant, des magistrats espagnols ont transmis jeudi à leurs homologues allemands des éléments afin d'accréditer l'existence « de violences justifiant la rébellion » selon Madrid, dans l'espoir d'obtenir la remise de M. Puigdemont à l'Espagne pour cette accusation.

M. Puigdemont est également accusé de détournement de fonds publics, en lien avec l'organisation du référendum d'autodétermination interdit du 1er octobre.

Depuis le 16 octobre, les leaders indépendantistes Jordi Sanchez et Jordi Cuixart sont prison. Incarcérés avant la vaine proclamation d'une « République catalane » le 27 octobre, ils sont considérés comme des membres du noyau dur ayant piloté la marche vers l'indépendance.

Ce qui me rend triste, c'est l'accusation de violence, qui n'a jamais existé.

Jordi Sanchez, sur Twitter, en décembre

Élu député catalan alors qu'il était détenu, M. Sanchez a été proposé par deux fois comme candidat à la présidence régionale, mais le juge a rejeté ses demandes de sortie de prison.

Le Parlement catalan poursuit d'ailleurs ce juge du Tribunal suprême espagnol, Pablo Llarena, au centre de tous les emprisonnements d'indépendantistes depuis six mois.

Le retraité Juan José Cabrero, ancien transporteur de 74 ans, fait partie des deux millions de personnes, soit 47,5 % des électeurs catalans, ayant redonné aux sécessionnistes une majorité en sièges au Parlement régional en décembre.

À Madrid, « ils nous traitent comme des terroristes », assure ce manifestant, désolé qu'on puisse comparer l'indépendantisme catalan à l'organisation armée basque ETA, à laquelle sont attribués plus de 800 morts.

« Ils accusent [les dirigeants indépendantistes] d'être violents, mais j'ai participé à toutes les manifestations et n'ai jamais vu une once de violence, sauf celle de la police quand elle a réprimé le référendum », soutenait ce vieil homme concluant, pessimiste : « Je ne crois pas que je pourrai voir la République catalane indépendante, nous n'avons le soutien de personne dans le monde, ils ne comprennent pas ce que peut être l'identité catalane ».

Il reste cinq semaines aux indépendantistes pour investir un candidat à la présidence catalane, faute de quoi de nouvelles élections régionales seront organisées en juillet.

Avec les informations de Agence France-Presse, et Reuters

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