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Les vers d’oreille de Rick Astley

Rick Astley livre une prestation à l’occasion du V Festival, à Chelmsford, près de Londres, le 20 août 2016.
Rick Astley livre une prestation à l’occasion du V Festival, à Chelmsford, près de Londres, le 20 août 2016. Photo: Associated Press / Joel Ryan
Philippe Rezzonico

CRITIQUE – La confirmation du billet de couverture pour le concert de Rick Astley, samedi soir, au théâtre Corona, est entrée dans ma boîte de courriels à 14 h 23. Quatorze heures et 23 minutes pour un spectacle prévu à 20 heures ?! Je croyais rêver.

D’ordinaire, les critiques reçoivent le feu vert en matinée. Parfois la veille, surtout si le spectacle est présenté en fin de semaine. Je n’aurais pas été surpris d’une confirmation tardive pour des vedettes de la stature de Coldplay, de Lady Gaga ou de P!nk. Mais Rick Astley? Dans une salle de concert sans sièges réservés, qui plus est? On ne parle pas de Sting, quand même.

Remarquez, dans l’absolu, Astley a rempli le théâtre Corona à ras bord hier comme Sting l’avait fait au Métropolis l’an dernier. Les deux salles n’ont pas la même capacité (925 places par rapport à 2300), mais nous étions tellement tassés au parterre avant l’entrée sur scène d’Astley et de ses musiciens que je me sentais pratiquement comme au Spectrum, dans le temps.

Le temps, d’ailleurs, semble s’être arrêté pour Astley : même coiffure, même allure et même tour de taille (il a pris 2 kilos, au maximum) qu’il y a 30 ans. J’avais beau avoir vu des photos récentes de lui, en personne, ça frappe l’imagination.

Au plan vocal, le timbre est à peine plus grave qu’avant – il s’approche d’un Tom Jones sur certaines inflexions – et la puissance ne fait pas défaut, même si on le sent plus à l’aise avec les récentes chansons de son album 50, visant à souligner son 50e anniversaire de naissance en 2016.

This Old House, en ouverture, et Cry For Help, un peu avant le rappel, ont permis de constater que le groupe de musiciens (guitare, basse, batterie, claviers, choristes) d’Astley était plus près d’une enveloppe sonore blue-eyed soul que purement dance-pop, comme le rappellent ses succès de jeunesse Never Gonna Give You Up et Together Forever.

Trio souvenir

C’est d’ailleurs cette dernière qui a été la première offrande d’un trio de chansons tirées de Whenever You Need Somebody qui a lancé la carrière du Britannique en 1987. Un spectateur au-devant de la scène a tendu le vinyle en question à Astley qui l’a montré à la foule. Au parterre et au balcon, ça criait, ça hurlait et ça dansait, pendant que le chanteur signait le disque avant de le remettre à son propriétaire.

Durant Don’t Say Goodbye, la dame aux cheveux argentés à ma droite, sourire dans le visage, a chanté toutes les paroles les yeux fermés, comme téléportée à l’adolescence. Et pas mal tout le monde a fait comme elle quelques instants plus tard, quand Astley a amorcé une version musclée de It Would Take A Strong Strong Man.

Pour les amateurs de longue date, certaines de ces chansons sont des évidences. Pour le journaliste qui n’est familier qu’avec deux ou trois tubes radiophoniques d’antan, la perception est tout autre. Il faut dire qu’en 1987, j’écoutais plus U2, les Eurythmics et John Mellencamp que Rick Astley.

Plein d’assurance en raison de ses trois décennies de métier derrière lui – en dépit d’une pause prolongée de près de 10 ans –, Astley maîtrise toutes les cordes du métier.

Au type qui lui hurle : « Je t’aime Rick! », Astley répond : « Je t’aime aussi, man! ». Il verse dans l’autodérision en notant « que j’avais la même tête sur toutes les pochettes d’albums des années 1980 », avant de prendre la pose en question à l’avant-scène.

Reprises contemporaines

Et son introduction aux reprises était franchement savoureuse : « Chaque tournée, on prend une chanson d’un artiste et on l’assassine. Donc, ce soir, Ed Sheeran, c’est ta soirée chanceuse! ». S’en est suivi une interprétation très valable de Shape of You.

Astley a repris le même procédé avec une variante au rappel, quand il a fait un mash up (une fusion) de Take Me To Your Heart avec We Found Love, de Rihanna. L’intégration des rythmiques supersoniques était irréprochable. Réussite totale, d’autant plus que l’une de ses choristes possède une voix similaire à Rihanna.

Capable de marier du neuf avec du vieux, l’artiste assume pleinement sa cinquantaine : Keep Singing, très emblématique de ce qu’il est devenu aujourd’hui, et Angels On My Side sont de nouvelles chansons qui ne font pas honte à son passé et qui peuvent se comparer avantageusement avec ce que Sam Smith fait, par exemple.

Durant Hold me In Your Arms, il y avait un parfum de bonne nostalgie avec des dizaines de couples qui s’enlaçaient, comme celui installé au balcon, dans la loge de droite, qui avait une vue imprenable sur le parterre.

C’est à ce moment, quand Astley a invité les femmes et les hommes à interpréter le refrain en alternance, que le chanteur a dit à une choriste : « Fais attention. Il y a pas mal de gars dans l’assistance qui ne voulaient pas être là ce soir... » Peut-être, mais comme le Canadien ne s’est pas qualifié pour les séries éliminatoires... Cela dit, les gars ont largement battu les filles pour ce qui est de l’apport vocal.

Capable de se servir – timidement – d’une guitare durant Dance, Astley en a surpris plus d’un en s’illustrant à la batterie pendant Highway To Hell. Il faut savoir qu’à l’adolescence : « j’étais batteur et non chanteur ». N’empêche, je ne sais trop ce qu’il était le plus étonnant : Rick Astley qui joue de la batterie ou qui chante du AC/DC.

Quand la version allongée de l’incontournable Never Gonna Give You Up a bouclé cette prestation bien sentie – mais un peu courte – de 85 minutes, je me suis surpris à me dire que j’en aurais pris un peu plus.

Mais deux heures plus tard, j’essayais encore de chasser de ma tête les refrains vers d’oreille de Never Gonna Give You Up et de Together Forever. Et je n’y suis pas parvenu au moment où vous lisez ces lignes...

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