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Une diplômée en science infirmière échoue à l'examen d'accréditation neuf fois

Une jeune femme triste qui tient son diplôme de sciences infirmières dans son salon.
Stéphanie Noël a tourné le dos à la profession d'infirmière. Elle a été incapable de réussir l'examen accréditation NCLEX-RC. Elle étudie pour devenir enseignante. Photo: Radio-Canada / Nicolas Steinbach

Des infirmières diplômées du Nouveau-Brunswick ne pourront jamais exercer leur métier. Elles sont nombreuses à être incapables de réussir l'examen d'accès à la profession et choisissent de changer de profession. Cette situation préoccupe l'Université de Moncton, alors qu'il y a une pénurie d'infirmières dans la province.

Stéphanie Noël a toujours voulu devenir infirmière en pédiatrie ou en oncologie. Elle a dû renoncer à son rêve, malgré un baccalauréat en science infirmière obtenu en 2014. Ces études lui ont coûté 76 000 $.

Mme Noël a échoué à plusieurs reprises à l’examen d’accréditation NCLEX-RN qui lui permet de pratiquer la profession d’infirmière au Nouveau-Brunswick.

J’ai échoué neuf fois [à] l’examen à NCLEX-RN. Cela représente entre 10 000 $ et 15 000 $.

Stéphanie Noël

Au Nouveau-Brunswick, les étudiants peuvent reprendre l'examen autant de fois que nécessaire pendant deux ans. La dernière fois que Stéphanie Noël a tenté de le passer, c’était en mars 2017. « Je ne peux plus continuer à essayer cet examen-là », explique-t-elle les larmes aux yeux. « Pour moi, c’est terminé. »

Stéphanie Noël a même été jusqu'aux États-Unis pour suivre des cours supplémentaires pour pouvoir passer l'examen d'accréditation.Stéphanie Noël a même été jusqu'aux États-Unis pour suivre des cours supplémentaires pour pouvoir passer l'examen d'accréditation. Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

Mme Noël est loin d’être un cas isolé. Les taux d'échec à l'examen NCLEX-RN sont très élevés à l'Université de Moncton. En 2015, la moitié des étudiants ont échoué à cet examen en première écriture.

« Le sentiment que nous avons après des échecs est horrible. C’est notre rêve », dit-elle.

Stéphanie Noël rappelle qu’un baccalauréat en science infirmière dure quatre ans et s’avère dispendieux. « C’est beaucoup de travail. Il y a des stages. Nous dépensons beaucoup d’argent en livres », précise-t-elle.

Inégalité et mauvaise traduction

La diplômée croit que les étudiants francophones sont désavantagés par rapport à leurs collègues anglophones. « Les livres [pour se préparer à l’examen] sont en anglais. La documentation est en anglais. Nous n’avons même pas un petit livre en français », mentionne-t-elle.

Le NCLEX-RN est utilisé depuis janvier 2015 partout au Canada, sauf au Québec et au Yukon. L'examen est développé aux États-Unis, mais est révisé et traduit par des Canadiens.

Un sentiment d’injustice l'envahit lorsqu’elle repense à NCLEX-RN. « Comme francophones, nous nous sentons délaissés. Nous sommes dans une province bilingue », se désole-t-elle. « Nous devrions avoir les mêmes choses que les anglophones. »

En plus de l’inégalité des ressources, Stéphanie Noël dénonce une mauvaise traduction de l’examen. « La première fois que je l’ai [examen] fait, c’était en français. Je suis sortie de l’examen et je me suis dit : "voyons, suis-je vraiment francophone ?" », se souvient-elle.

Le directeur de l'École de science infirmière de l'Université de Moncton, Pierre Godbout, s'inquiète du nombre important d'étudiants qui ne peuvent accéder à la profession.

Le directeur de l'école des Sciences infirmières de l'Université de Moncton, Pierre Godbout.Le directeur de l'école des Sciences infirmières de l'Université de Moncton, Pierre Godbout, demande de meilleures ressources pour pouvoir préparer les étudiants à l'examen d'accréditation pour pratiquer le métier d'infirmier. Photo : Radio-Canada / Serge Clavet

Je suis extrêmement désolé et frustré. Je peux comprendre l’amertume [des étudiants], parce que le baccalauréat en science infirmière est difficile. Quand quelqu’un réussit à être diplômé, c’est parce qu’il a travaillé très, très fort.

Pierre Godbout, directeur de l'École de science infirmière de l'Université de Moncton

Pierre Godbout admet que les ressources destinées à la francophonie laissent à désirer. « Il y a une injustice sur le plan linguistique. Il y a une iniquité incroyable qui existe. »

Il a d'ailleurs comparu devant le Comité parlementaire permanent aux langues officielles à Ottawa en mai 2017 pour réclamer des ressources pédagogiques en français.

L'Université de Moncton critiquée

Stéphanie Noël demande aussi un meilleur engagement de l’Université de Moncton et de l’Association des infirmières et infirmiers du Nouveau-Brunswick. « L’Université n’a pas tenté de savoir si tous les outils étaient à notre disposition », déclare-t-elle.

Elle ajoute que l’enseignement universitaire se penche davantage sur la prévention, alors que l’examen se concentre plus sur les médicaments et les maladies.

Deux mannequins sont installés dans deux lits d'hôpital dans une salle de classe. Un laboratoire du programme de science infirmière à l'Université de Moncton, campus d'Edmundston. Photo : Radio-Canada / Bernard Lebel

Si rien n’est fait, le manque d’infirmiers frappera de plein fouet la province.

« Les personnes qui vont graduer, ou encore ceux qui veulent faire un changement de carrière ne vont plus dire : "je vais faire un baccalauréat en science infirmière". L’examen leur fait peur. Tu n’as même pas commencé ton baccalauréat et tu ne sais même pas si tu pourras être infirmière. »

Aujourd'hui, Stéphanie Noël a décidé de tourner le dos à la profession d'infirmière. Elle est de retour sur les bancs d'école, mais cette fois-ci pour devenir enseignante.

Même si elle a abandonné ce rêve de soigner des enfants ou des patients atteints de cancer, elle ne peut s’empêcher de penser à ses collègues qui, tout comme elle, n’ont jamais réussi l’examen. « Ces infirmières qui ont des enfants, qui sont monoparentales, qui ne peuvent plus travailler dans ce domaine. C’est déplorable, de nous enlever ce droit-là. »

Avec les informations de Nicolas Steinbach.

Nouveau-Brunswick

Éducation