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Des Syriennes qui refont leur vie au Québec s'inquiètent de possibles bombardements

Le reportage de Catherine Kovacs
Radio-Canada

Elles ont fui la guerre en Syrie et trouvé refuge au Québec depuis un ou deux ans. Le Centre social d'aide aux immigrants à Montréal a invité quelques femmes à nous parler de leurs inquiétudes face aux menaces du président américain Donald Trump de bombarder la Syrie en représailles à une attaque chimique présumée contre les civils à Douma.

Un photoreportage de Myriam Fimbry

Darin Deeb, 38 ans, est originaire de Damas. Elle a deux grands garçons et un petit dernier âgé de 10 mois, né au Québec. Elle vit maintenant à Laval et suit des cours de francisation.

Darin Deeb, Syrienne installée à Laval.Darin Deeb, Syrienne installée à Laval. Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

Je rejette la décision de Trump de frapper la Syrie, parce que j'aime la paix. Je suis inquiète pour ma famille. Mes parents, mes frères et mes soeurs restés là-bas aimeraient beaucoup quitter la Syrie. J'ai quand même de l'espoir. Je souhaite la sécurité pour mon pays.

Darin Deeb

Marta Karaian est arrivée il y a deux ans au Québec et s'est installée à Laval. Lorsqu'elle parle du sort de la Syrie, ses yeux se remplissent de larmes.

Marta Karaian est très émue lorsqu'elle parle de son pays, la Syrie.Marta Karaian est très émue lorsqu'elle parle de son pays, la Syrie. Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

Mes oncles et tantes ont très peur. Ils ont appris la nouvelle de bombardements imminents et se sentent pris au piège. Aller au Liban, c'est devenu trop cher. Et la Turquie a fermé ses frontières. Ils me disent que j'ai de la chance d'avoir été reçue et accueillie au Canada. Ils me demandent de les aider à les faire sortir, mais je ne sais pas quoi faire.

Marta Karaian

Sa fille Arsho Bousdalian, 13 ans, se rend tous les jours en autobus à l'école secondaire Mont-de-La Salle, dans sa classe d'accueil. Elle aussi s'inquiète, bien que de nombreux souvenirs de la Syrie se soient déjà effacés de sa tête.

Arsho Bousdalian, 13 ans Arsho Bousdalian, 13 ans Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

On veut rester ici, parce qu'ici, tout est calme. Ici, c'est notre deuxième pays. Mes parents sont contents et heureux que l'on soit ici, en paix.

Arsho Bousdalian

Lina Khoury, 58 ans

Lina Khoury était ingénieure agronome à Alep. Elle suit maintenant un stage dans une agence de voyages à Montréal. Son mari est devenu designer graphique dans une compagnie d'emballage. Le couple a encore de la famille et des amis en Syrie.

Lina Khoury était ingénieure agronome à Alep. Elle est à Montréal depuis environ deux ans.Lina Khoury était ingénieure agronome à Alep. Elle est à Montréal depuis environ deux ans. Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

« On accorde trop d'importance à Trump, croit Lina Khoury. On lui donne une valeur qu'il n'a pas. J'aimerais avoir l'opinion des Américains. Est-ce qu'ils sont d'accord avec Trump? Personne n'en parle. »

La plupart des gens que je connais en Syrie ne croient pas pour le moment ce que dit Trump. Pour eux, c'est quelqu'un de déséquilibré qui dit quelque chose, et fait autre chose. Il joue avec les médias. Ce qui les inquiète davantage, c'est leur vie quotidienne. Ils veulent mettre du pain sur la table. Malheureusement, je crois qu'ils se sont habitués à la guerre. Ils sont à plat, résignés.

Lina Khoury

Gracia Beylouné, 57 ans

Gracia Beylouné était enseignante de physique et de chimie en Syrie. Elle a fui Alep avec son mari photographe. Son français est déjà très bon, mais elle suit des cours pour le perfectionner, tout en offrant ses services comme bénévole au Centre social d'aide aux immigrants.

Gracia Beylouné enseignait la physique et la chimie à Alep.Gracia Beylouné enseignait la physique et la chimie à Alep. Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

« Je ne crois pas qu'il y a eu des attaques chimiques, estime-t-elle. Notre président n'est pas assez fou pour faire ça. C'est un piège, un prétexte pour faire la guerre. »

J'espère que Trump va négocier avec Poutine. Il ne peut pas faire une guerre, parce que ce serait la troisième guerre mondiale et aucun pays ne veut ça. Mon père refuse de quitter Alep, alors que la ville est presque entièrement détruite. Il me dit qu'il est né à Alep et qu'il va mourir à Alep. Il pense que la guerre va passer et que nous pourrons retourner encore une fois le voir.

Gracia Beylouné

Muzna Dureid, 27 ans

Seule musulmane parmi toutes ces femmes rencontrées, Muzna vit à Montréal depuis un an et quatre mois. C'est une militante pour la paix et pour l'implication des femmes dans le processus de négociation. Venue seule au Canada dans le cadre du programme de mentorat Sister to Sister, elle craint pour sa famille restée au sud de Damas, des oncles, tantes et cousins. Ses parents vivent en Arabie saoudite.

Muzna Dureid, jeune Syrienne de Montréal, a encore de la famille dans le sud de Damas.Muzna Dureid, jeune Syrienne de Montréal, a encore de la famille dans le sud de Damas. Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

« La nuit, je reste éveillée jusqu'à 2 h ou 3 h du matin, pour contacter et aider mes proches et mes amis, raconte-t-elle. Je suis à Montréal, mais en même temps, mon espoir et mon cerveau sont toujours avec la Syrie. »

Je suis en faveur d'une attaque qui serait dirigée spécifiquement contre les aéroports militaires qui participent au bombardement du peuple syrien. Si ça aide à faire pression sur le régime, la Russie ou l'Iran pour aller sérieusement à la table de négociation. Notre but, c'est juste de protéger les civils. Et si la protection des civils passe par l'attaque des États-Unis ou l'attaque internationale, on doit aller par là.

Muzna Dureid
Conflit syrien : onde de choc au Moyen-Orient

Société