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Le gouvernement fédéral invité à la prudence sur les seuils d'immigration

Ottawa doit adopter une approche prudente sur les seuils d'immigration, afin de ne pas dépasser le «point de bascule» dans l'opinion publique.

Ottawa doit adopter une approche prudente sur les seuils d'immigration, afin de ne pas dépasser le « point de bascule » dans l'opinion publique.

Photo : Associated Press / Julio Cortez

Presse canadienne

Une note interne du ministère fédéral de l'Immigration recommande au gouvernement d'adopter une approche prudente sur les seuils d'immigration, afin de ne pas dépasser le « point de bascule » dans l'opinion publique.

Des données internes préparées par le ministère fédéral de l'Immigration signalent qu'une majorité de Canadiens se disent favorables au seuil actuel d'immigration. Par contre, cet appui chute lorsqu'on apprend aux répondants combien d'immigrants exactement arrivent chaque année au Canada.

De hauts fonctionnaires de l'Immigration recommandent donc à un comité de coordination de sous-ministres, en avril 2017, que le gouvernement fédéral navigue avec prudence dans ses déclarations publiques sur les seuils d'immigration, afin de ne pas rompre le relatif consensus au sein de la population.

Les données internes du ministère ont été obtenues par La Presse canadienne grâce à la Loi sur l'accès à l'information. Elles contiennent notamment les résultats d'un sondage qui suggèrent que plus de 50 % des Canadiens estiment « à peu près juste » le nombre d'immigrants qui arrivent au Canada chaque année; ce taux de satisfaction serait stable depuis 2012.

Par contre, la plupart des répondants estiment à 150 000 le nombre d'immigrants qui arrivent chaque année au pays.

Lorsqu'on leur apprend que ce chiffre atteint plutôt 260 000 depuis quelques années, le ton change : la proportion de ceux qui croient que ce seuil est trop important passe soudainement de 23 à 32 %.

Les fonctionnaires signalent que les opinions sur l'immigration peuvent varier en fonction d'événements particuliers, par exemple l'histoire du petit réfugié syrien de 3 ans Alan Kurdi, qui s'était noyé en 2015 en tentant de fuir son pays en guerre civile.

Le dialogue avec la population est nécessaire, mais il doit être mené avec prudence.

Le ministère fédéral de l'Immigration

Keith Banting, de la chaire de recherche en politiques publiques à l'Université Queen's, de Kingston, observe un soutien populaire accru au seuil actuel d'immigration. Par contre, toute augmentation du nombre d'immigrants au pays ne fait pas consensus, estime ce spécialiste des politiques sur le multiculturalisme.

Environ 30 % des Canadiens estiment que les seuils d'immigration sont trop élevés. [...] Il y a un noyau de gens qui sont tout simplement opposés, et à l'autre extrémité du spectre, un noyau de gens qui sont tout à fait favorables.

Keith Banting, de l'Université Queen's

« Entre ces deux pôles, on retrouve ceux que l'on appelle les "multiculturalistes conditionnels" : ils sont en principe à l'aise avec l'immigration », pourvu que les règles permettent l'intégration harmonieuse des immigrants, ajoute le professeur.

Étant donné cette diversité de points de vue, il est possible de mobiliser et de faire tourner l'opinion publique d'un côté ou de l'autre, soutient le professeur Banting.

Le gouvernement libéral de Justin Trudeau a dévoilé l'an dernier sa stratégie triennale en matière d'immigration, qui prévoit une augmentation graduelle des seuils.

Mais des partisans de l'immigration et des organismes économiques, notamment le propre Conseil d'orientation économique du gouvernement fédéral, avaient espéré des hausses plus importantes.

Le professeur Banting croit qu'Ottawa a choisi le juste milieu pour éviter un ressac dans la population.

L'attaché de presse du ministre de l'Immigration, Ahmed Hussen, a expliqué dans un courriel que les seuils avaient été déterminés à la suite de consultations tenues à l'échelle du pays. « Nous sommes convaincus que notre conception reflète les convictions des Canadiens », écrit Mathieu Genest.

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