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chronique

Non, ceci n'est pas une vraie citation de Wilfrid Laurier sur l'immigration

On voit une photo de Wilfrid Laurier, accompagnée d'une longue citation. Vous pouvez retrouver cette citation dans l'article.
Fausse citation de Wilfrid Laurier portant sur l'immigration. Photo: Capture d'écran Facebook
Jeff Yates

CHRONIQUE - Depuis des années, une citation attribuée à l'ancien premier ministre du Canada, Wilfrid Laurier, circule sur le web. Selon celle-ci, les immigrants devraient « s'assimiler » et ne devenir « rien d'autre que Canadiens ». M. Laurier n'a jamais prononcé ces mots.

Intitulée « Ce que pensait Wilfrid Laurier des immigrants désirant devenir Canadiens en 1907 », la publication qui suit a été relayée près de 22 000 fois depuis 2015, mais il en existe aussi plusieurs autres versions.

On voit une photo de Wilfrid Laurier, accompagnée d'une longue citation. Vous pouvez retrouver cette citation dans l'article. Une citation faussement attribuée à Wilfrid Laurier. Photo : Capture d'écran Facebook

« En premier lieu, nous devrions insister pour que si l'immigrant qui vient ici est de bonne foi de devenir un Canadien et s'assimiler à nous, il doit être traité sur un pied d'égalité avec ceux des nôtres, car il serait outrageant d'agir avec discrimination envers une telle personne en raison de la croyance, ou lieu de la naissance ou de son origine. Mais cela repose sur la personne de devenir un Canadien dans tous les aspects, et rien d'autre qu'un Canadien », peut-on lire. La publication affirme aussi que M. Laurier aurait dit : « Nous avons de la place pour un seul drapeau, le drapeau canadien. Il n'y a de place que pour deux langues ici, l'anglais et le français. »

En fait, en effectuant une recherche dans Google (Nouvelle fenêtre), on peut voir que la citation traîne sur de nombreux blogues et forums. Curieusement, elle s'est aussi retrouvée dans des médias d'information québécois.

La fausse citation de Wilfrid Laurier s'est glissée dans cette lettre d'opinion (Nouvelle fenêtre), adressée au quotidien montréalais, La Presse. Elle a aussi été reprise dans ce billet d'opinion (Nouvelle fenêtre) de l'hebdomadaire le Messager de LaSalle. Ce dernier article ajoute aussi quelques détails au sujet de ce discours. « En 1907, sir Wilfrid Laurier, 7e premier ministre du Canada, s’adressant à une foule massée autour d’une estrade en plein air, parla d’immigration, une solution qu’il encourageait afin de peupler notre grand pays auquel venaient de s’ajouter l’Alberta et la Saskatchewan », peut-on lire.

Je ne sais pas où l'auteure a bien pu trouver ces détails, parce que la citation en question n'a jamais été prononcée par Wilfrid Laurier. Il s'agit de propos de l'ancien président américain Theodore Roosevelt.

Le texte en question est une traduction française d'une lettre publiée par M. Roosevelt en 1919 (Nouvelle fenêtre) (et non en 1907). On a simplement changé les mots « États-Unis » et « Américain » pour « Canada » et « Canadien ». Il est aussi assez comique que la lettre originale mentionne qu'il n'y a « de place que pour une seule langue ici, et c'est l'anglais », ce qui a été changé pour « deux langues, l'anglais et le français » dans la version qui circule au Canada.

Si vous doutez, vous pouvez consulter la lettre originale ici (Nouvelle fenêtre), archivée par la bibliothèque du Congrès américain. À partir de la moitié de la première page, vous verrez que le texte anglais est identique à la citation qu'on attribue à Wilfrid Laurier.

À noter aussi que la citation mentionne le drapeau canadien... chose qui n'existait pas en 1907. L'unifolié a été adopté en 1965. Avant cela, le Red Enseign britannique était déployé de façon non officielle pour représenter le Canada, mais il n'était pas ce qu'on appellerait, même à l'époque, un « drapeau canadien ».

En fait, j'ai trouvé une vraie citation de Wilfrid Laurier à propos de l'immigration (Nouvelle fenêtre), prononcée devant la Chambre des communes en 1900. La voici : « Nous avons ouvert notre pays aux immigrants de la planète, nous les avons invités à venir, et dès qu'ils arrivent, s'ils se conforment aux lois, ils obtiennent la citoyenneté entière; tous les droits dont nous jouissons, nous les leur donnons avec joie. Alors, n'était-il pas juste et bien, et n'est-il pas la norme pour une civilisation du 19e siècle, que si une jeune nation ouvre ses portes à l'immigration étrangère, qu'il en découle que cette nation donne aux immigrants les mêmes droits de citoyenneté dont jouissent ses propres citoyens? » (traduction libre)

Disons que le message n'est pas tout à fait le même.

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