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Des aigles royaux suivis étroitement dans la réserve de Matane

L'observation des aigles royaux se fait à compter du mois de mars lorsqu'ils reviennent dans la réserve de Matane pour la période de nidification.
L'observation des aigles royaux se fait à compter du mois de mars lorsqu'ils reviennent dans la réserve de Matane pour la période de nidification. Photo: Louis Fradette
Radio-Canada

Depuis 20 ans, le Matanais Louis Fradette observe les aigles royaux dans la réserve faunique de Matane, que fréquentent quatre couples. Dès la fin février, il fait ses premiers trajets d'une quinzaine de kilomètres à ski de fond pour aller observer leur retour de migration et leur nidification.

Un texte de Brigitte Dubé, d'après une entrevue réalisée par Adrianne Gauvin Sasseville

On recense une dizaine de couples en Gaspésie.

Louis Fradette est aussi l’un des porte-parole du comité de protection des monts Chic-Chocs. Il pratique l'ornithologie depuis 40 ans et fait le suivi de la nidification des aigles royaux depuis 1999.

Un aigle royal âgé de trois mois photographié par Louis FradetteUn aigle royal âgé de trois mois photographié par Louis Fradette Photo : Louis Fradette


Selon lui, chacun des quatre couples de la réserve de Matane occupe un territoire de 40 kilomètres carrés. « Ils respectent leurs domaines vitaux respectifs, observe-t-il. Il y a très peu de croisements entre eux. »

Aussi appelé aigle doré, l'aigle royal se distingue du pygargue qu'on reconnaît facilement à sa tête blanche. Impressionnant, il peut atteindre 2,13 mètres (7 pieds) d'envergure. Il peut donc se permettre de se laisse planer, et a peu besoin de battre des ailes.

La Gaspésie est bien loin du territoire d’origine des aigles royaux. Louis Fradette présume qu'ils y retrouvent les conditions de l’Ouest américain.

Ils ont besoin de falaises et de montagnes pour chasser, dit-il. Ils retrouvent cet environnement-là dans nos montagnes.

Louis Fradette, ornithologue et porte-parole du comité de protection des monts Chic-Chocs

Selon M. Fradette, au début, les aigles royaux migraient jusqu’en Virginie et en Pennsylvanie. « Ces années-ci, on constate que certains individus restent ici ou encore vont plus au Vermont qui est beaucoup plus près, mentionne-t-il. Est-ce qu’il y a plus de nourriture ici? Du moins, il y a plus de chevreuils dans la baie des Chaleurs. Il y en a plus aussi au Vermont. Est-ce que leur présence est liée aux changements climatiques? C’est difficile à dire pour l’instant. »

Louis Fradette parcourt une quinzaine de kilomètres en ski de fond pour se rendre à son point d'observation dans la réserve faunique de Matane. Louis Fradette parcourt une quinzaine de kilomètres en ski de fond pour se rendre à son point d'observation dans la réserve faunique de Matane. Photo : courtoisie Louis Fradette

Louis Fradette rappelle que l’aigle royal est un super prédateur qui va s’attaquer aux lièvres, mais aussi aux renards, aux corneilles, aux corbeaux et aux outardes. Il se nourrira aussi de carcasses d’orignaux.

Le renouvellement de l’espèce est problématique, selon lui.

« Dans les années 1960, l’usage du pesticide DDT a été la principale cause de leur déclin, rappelle-t-il. Heureusement, il a été interdit depuis. Chaque couple n’a qu’un seul œuf, parfois deux, mais c’est très rare. Seulement 30 % vont arriver à maturité. L’an passé, seulement deux jeunes sur les 10 couples ont réussi à parvenir à l’étape de l’envol. »

Le porte-parole du comité de protection des monts Chic-Chocs déplore le fait que des coupes forestières sont effectuées dans la réserve faunique de Matane, exactement dans l’habitat de ses « protégés ».

Il rapporte que l’automne dernier, le sommet de la Côte aux perches a été rasé.

« Les coupes à blanc continuent encore parce que ce n’est pas protégé, déplore-t-il. Si elles se poursuivent sur les sommets, les flancs de montagnes, on va assister à la disparition de l’aigle royal. »

On n’est pas contre les coupes forestières; on veut que ça se fasse ailleurs.

Louis Fradette, ornithologue et porte-parole du comité de protection des monts Chic-Chocs
Les monts Chic-Chocs du côté de la réserve faunique de MataneLes monts Chic-Chocs du côté de la réserve faunique de Matane Photo : courtoisie Louis Fradette

Projet d'aire protégée

Il y a 10 ans, le comité de protection des monts Chic-Chocs a présenté un projet d’aire protégée au ministère de l’Environnement. Le comité réclamait que la partie des monts Chic-Chocs située dans la réserve de Matane, une superficie de 544 kilomètres carrés, obtienne le statut de réserve de biodiversité plutôt que celui de réserve faunique qui permet la chasse, la pêche et l’exploitation des ressources naturelles.

« Il y a une dizaine d’années, la Conférence régionale des élus du Bas-Saint-Laurent avait recommandé notre projet au Ministère, qui était prêt à aller de l’avant, mais ce gouvernement a été battu, raconte-t-il. Aujourd’hui, on nous dit qu’on étudie encore le projet. »

Par ailleurs, un système de télémétrie a été installé sur certains individus mâles afin de recueillir des données sur la migration et l’occupation du territoire. Cela permet de repérer les sites de nidification des aigles royaux et de déterminer notamment l’emplacement des parcs éoliens qui représentent un risque de collision.

Gaspésie et Îles-de-la-Madeleine

Faune et flore