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« Je voulais que ça s’arrête » : la victime présumée de Cosby témoigne

Andrea Constand marche dans le tribunal.
La plaignante Andrea Constand au procès de Bill Cosby, accusé de l'avoir agressée sexuellement Photo: Getty Images / Pool
Agence France-Presse

Plus de 14 ans après les faits supposés, Andrea Constand a raconté, vendredi, comment elle aurait été agressée sexuellement par Bill Cosby. Il s'agit du seul témoignage qui pourrait valoir la prison à l'acteur de 80 ans, accusé par des dizaines de femmes.

« Je voulais que ça s'arrête », a-t-elle expliqué lors de la cinquième journée du procès du héros de la série The Cosby Show, poursuivi pour cette agression présumée, qui remonte à janvier 2004.

Je n'avais plus de force et je n'arrivais pas à le repousser.

Andrea Constand

Andrea Constand a expliqué avoir perdu ses moyens après avoir avalé trois pilules à l'invitation de Bill Cosby, qui lui avait laissé entendre qu'il s'agissait de produits à base de plantes.

Elle a raconté qu'après avoir brièvement perdu connaissance, elle s'était réveillée sur le canapé du salon de Bill Cosby, qui était en train de se livrer à des attouchements sur elle.

« On pénétrait mon vagin assez brutalement », a-t-elle affirmé, lors d'un témoignage d'une remarquable sobriété, sans la moindre effusion.

« Je sentais qu'il touchait ma poitrine et il a pris ma main, l'a placée sur son pénis et s'est masturbé avec », a-t-elle décrit avec précision.

« J'étais vraiment humiliée, [...] en état de choc », s'est-elle souvenue.

Andrea Constand a porté plainte, environ un an après les faits présumés, mais le procureur de l'époque a estimé qu'il n'y avait pas matière à poursuite.

Transaction à l'amiable en 2006

Elle a ensuite assigné au civil Bill Cosby, qui a accepté une transaction à l'amiable en 2006, dont Andrea Constand a confirmé vendredi le montant à 3,38 millions de dollars.

Bill Cosby a reconnu les attouchements, mais a toujours soutenu que la relation était consensuelle.

Bill CosbyBill Cosby Photo : Associated Press / Matt Rourke

Le témoignage de cette Canadienne de 45 ans est intervenu après celui de cinq femmes se présentant comme d'anciennes victimes de l'acteur aux quatre prix Emmy, une séquence très délicate pour Bill Cosby.

Lors du premier procès, annulé faute d'unanimité du jury, une seule femme avait été autorisée par le juge Steven O'Neill à témoigner, en plus d'Andrea Constand.

L'un des tournants du procès pourrait être le contre-interrogatoire d'Andrea Constand par la défense, prévu à l'issue des questions de l'accusation.

Le nouvel avocat de Bill Cosby, Tom Mesereau, a déjà cherché à dépeindre cette ancienne basketteuse professionnelle comme « un escroc », prête à piéger l'acteur américain pour obtenir de lui de l'argent.

Lors du premier procès, la défense avait pointé plusieurs incohérences entre les différentes auditions d'Andrea Constand, principalement concernant la chronologie de leur relation.

Deux témoignages marquants la veille

Deux femmes avaient ajouté, jeudi, leurs témoignages à ceux des trois autres qui avaient déjà accusé Bill Cosby d'agression sexuelle.

Le témoignage de l'ancienne mannequin Janice Dickinson a pris l'allure d'une variation sur un même thème, celui dépeignant Bill Cosby comme un prédateur sexuel aux méthodes éprouvées : des contacts, une invitation (à Lake Tahoe, dans le Nevada), un verre de vin, une pilule, et le brouillard, durant plusieurs heures, avec des moments de lucidité, fenêtres sur l'horreur.

Voilà le "papa de l'Amérique", couché sur moi, un homme heureux dans son mariage et avec cinq enfants.

Janice Dickinson

L'effet du sédatif était tel que la victime présumée dit avoir perdu conscience alors que Bill Cosby aurait été en train de la violer. Janice Dickinson a raconté avoir demandé des explications à l'acteur à son réveil, sans en obtenir.

Cette grande femme brune a été l'une des premières célébrités du mannequinat, des podiums à la couverture du prestigieux Vogue, au point de gagner plusieurs centaines de milliers de dollars par an au début des années 80.

L'ancienne mannequin Janice Dickinson marche dans les couloirs d'un tribunal américain. L'ancienne mannequin Janice Dickinson Photo : Getty Images / Mark Makela

Elle était la quatrième des cinq femmes citées par le procureur Kevin Steele pour évoquer des faits anciens, qui ne sont pas visés par l'accusation, mais qui ont pour but d'éclairer le jury sur le passé de Bill Cosby et les nombreux abus sexuels qui lui sont reprochés.

Trop risqué d'en parler à l'époque

Comme les autres, elle a gardé le silence, bien qu’elle n’était plus alors une anonyme et disposait d'une notoriété dans le monde de la mode.

« J'avais du succès, après avoir galéré », a expliqué Janice Dickinson. « J'avais des clients conservateurs », le magazine Vogue, les créateurs de mode, les annonceurs, « qui n'auraient pas apprécié que j'aie été violée », a-t-elle ajouté devant le tribunal de Norristown, en Pennsylvanie, à quelques kilomètres de la résidence de Bill Cosby.

Au moment d'interroger l'ex-mannequin, l'avocat de Bill Cosby, Tom Mesereau, a beaucoup insisté sur le fait que dans son autobiographie publiée en 2002, No Lifeguard on Duty, Janice Dickinson avait livré une version différente de l'épisode.

Dans le livre, elle assure avoir pris congé, ce soir-là, de Bill Cosby, qui l'avait pourtant invitée dans sa chambre, et affirme qu'il ne s'est rien passé entre eux.

« Tout a été fabriqué [dans le livre], parce que je voulais prendre un chèque », a-t-elle répondu. « Aujourd'hui, j'ai juré sur la Bible [la prestation de serment requise pour chaque témoin], pour raconter ma véritable histoire. »

Comme il l'avait fait la veille avec un autre témoin, Tom Mesereau a pointé les excès de Janice Dickinson, qui a déjà reconnu avoir consommé, à plusieurs occasions, de la cocaïne et ingéré du Quaalude, un médicament qui provoque souvent la léthargie et que Bill Cosby aurait fait prendre à plusieurs femmes.

Même type de témoignage avec Lise-Lotte Lublin

Une cinquième femme, Lise-Lotte Lublin, avait aussi été appelée à témoigner jeudi.

Comme les autres, elle a décrit une soirée lors de laquelle Bill Cosby l'a pressée de boire de l'alcool, elle qui n'en consommait jamais, avant qu'elle ne perde conscience.

Elle a dit se souvenir de Cosby, assis derrière elle, lui caressant les cheveux, mais pas d'une agression sexuelle.

Celle qui est aujourd'hui professeure d'éducation physique a évoqué un Cosby manipulateur, qui se présentait comme un mentor pour inspirer confiance, une description commune à celle faite par les quatre autres femmes qui avaient déjà témoigné avant elle.

« J'avais confiance en lui, parce qu'il était le "papa de l'Amérique" », a dit Lise-Lotte Lublin, reprenant l'expression de Janice Dickinson.

Accusé d'agression sexuelle par plus de 60 femmes, Bill Cosby a perdu ce statut de figure morale, particulièrement influente dans la communauté afro-américaine, il y a plusieurs années déjà.

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