•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Y a-t-il du racisme à Cuba?

Le reportage de Jean-Michel Leprince
Radio-Canada

Cuba est probablement l'un des pays les plus égalitaires au monde. La révolution de 1959 s'est vite donné comme objectif d'éradiquer le racisme dans une île qui a été la première à pratiquer l'esclavage et qui a été parmi les derniers pays à l'abolir. Mais 60 ans après la révolution, il y a encore des formes de discrimination raciale à Cuba.

Un texte de Jean-Michel Leprince

« Nous devons en finir avec la discrimination dans le milieu de travail grâce à une campagne qui mettra fin à ce système odieux et répugnant avec un nouveau mot d’ordre : opportunité de travail pour tous sans discrimination de races; il faut que toute discrimination cesse dans tous les centres de travail. Ainsi, nous allons forger, pas à pas, la patrie nouvelle », a déclaré Fidel Castro en 1959.

Une politique officielle ne suffit toutefois pas. Presque 400 ans d’esclavage ont laissé des traces dans les mentalités, aussi bien chez les Blancs que chez les afro-descendants.

Le dernier recensement officiel de 2012 rapporte que plus de 60 % des 11 millions de Cubains sont blancs. Cela signifie donc que 40 % de la population est noire et métisse; impossible, disent les experts.

Une femme portant des boucles d'oreille et un collier qui sont composés de coquillages regarde vers sa gauche. Elle porte du rouge à lèvres et elle a les cheveux courts.Gisela Arandia Covarrubias, journaliste, chercheure et auteure Photo : Radio-Canada

Gisela Arandia Covarrubias, journaliste, chercheure et auteure, a consacré toute sa carrière à l’étude du racisme aux États-Unis et à Cuba. Selon elle, 50 % à 60 % des Cubains ont des racines africaines. Les 2 millions de Cubains qui ont quitté l’île pour la Floride sont tous blancs, ce qui a affaibli la proportion de Blancs.

Esteban Morales va plus loin. Le politologue de l’Université de La Havane dit que plus de 60 % des Cubains sont noirs ou mulâtres. Sauf que 65 % des Cubains se sont déclarés blancs.

Un homme âgé dont les cheveux, la moustache et la barbe sont gris a la bouche ouverte, comme s'il était en train de parler, et pointe du doigt vers le ciel. L'homme au teint plus foncé regarde aussi vers le ciel.Le politologue de l’Université de La Havane Esteban Morales, qui est photographié le 19 mars 2016. Photo : Getty Images / AFP/Yamil Lage

Les autorités ont annoncé que la nouvelle Assemblée nationale élue le 11 mars 2018 était composée de 40 % d’afro-descendants. Mais dans les postes dirigeants, ils sont encore sous-représentés.

« Nous devons prendre le taureau par les cornes et débattre de cette question. Il serait stupide de penser que malgré plus de 50 ans de révolution, il n'existe pas de stéréotypes raciaux, de discrimination et de racisme », dit Esteban Morales.

Cuba pas raciste, un mythe

L’égalitarisme révolutionnaire a ouvert les portes de l’université et des institutions à la population de couleur. Les secteurs de l’éducation et de l’ingénierie, notamment, sont prisés.

Mais les difficultés économiques engendrées par la disparition de l’allié soviétique dans les années 1990 vont raviver les frustrations et la fracture raciale. L’aide de l’État diminue et ce sont les Afro-Cubains qui en souffrent le plus. En février 2003, Fidel Castro doit reconnaître les obstacles rencontrés « dans la lutte pour éradiquer les différences sociales et économiques de la population noire du pays ».

« Notre imaginaire social entretient le mythe que nous ne sommes pas racistes à Cuba, mentionne Gisela Arandia. Dans les années 1980, le gouvernement a imposé des quotas pour l’embauche des femmes, des jeunes et des Noirs. Échec total. Sabotage, même. Sabotage subtil; on s’est efforcé de prouver que ces gens n’étaient pas compétents. »

Depuis 2011, le modèle économique cubain a changé. Ceux qui profitent du nouveau secteur privé sont ceux qui ont hérité de maisons ou de logements qu’ils peuvent louer à des touristes, ou encore ceux qui possèdent une auto qu’ils peuvent utiliser comme taxi. S’ils reçoivent de l’argent de leur famille établie à Miami, ce qui est le cas de 35 % de la population, ils peuvent s’ouvrir un restaurant. La plupart du temps, ces gens-là sont Blancs, dit Gisela Arandia.

Deux personnes, un Noir et une Blanche, circulent sur une moto. Ils portent tous les deux une camisole.Un homme et une femme se promènent en motocyclette à Cuba. Photo : Radio-Canada

L'espoir dans la culture

« La culture africaine, la religion africaine, c'est une bonne occasion pour changer. Fondamentalement, la musique, l'art, le théâtre, ce sont de bons moyens [pour inculquer un changement] parce que c'est un héritage très fort. De plus, la culture africaine n'est pas seulement pour les personnes d'origine africaine. C'est pour tout le monde, pour la société. C’est une force et c’est efficace », soutient Gisela Arandia.

Par ailleurs, Cuba s’en tire mieux que bien des pays.

« Ici, il n’y pas de haine du Noir, du Blanc ou du Métis. Ni les préjugés raciaux, ni la discrimination raciale, ni le racisme ne dominent le climat social », précise Esteban Morales.

Politique internationale

International