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Souvenirs du dernier opérateur de tramway de Québec

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Photo : Radio-Canada

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le tramway est considéré comme une partie de la solution pour améliorer le transport en commun à Québec. Les tramways ont pourtant roulé de 1865 à 1948 dans la capitale. Le dernier opérateur encore vivant, René Bouchard, est aussi celui qui a conduit le dernier tramway, le 27 mai 1948.

Un texte de Jean-François Nadeau

« C'est moi qui ai conduit la dernière moitié du voyage, jusqu'à la gare Sainte-Anne, se rappelle l'homme de 93 ans. J'étais vraiment fier de conduire ce tramway-là. Pour moi, c'était spécial. J'ai vécu toute l'évolution du transport en commun à Québec. C'est quelque chose. »

René Bouchard conduit le dernier tramway de Québec, le 27 mai 1948.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Photo : Courtoisie René Bouchard

René Bouchard avait 21 ans, en 1946, quand il a été embauché par la Quebec Railway Light and Power Company comme opérateur de tramway et chauffeur d'autobus. À cette époque, les emplois étaient rares pour les jeunes comme lui, qui n'avaient pas fait la guerre.

« J'ai commencé à 21 cents de l'heure, sept jours par semaine, pas de congé. Il n'y avait pas d'union à l'époque », raconte-t-il.

Les tramways de Québec ont été tirés par chevaux jusqu'en 1897. Le premier tramway électrique pouvait seulement accueillir une vingtaine de passagers, beaucoup moins spacieux que ceux conduits par René Bouchard à la fin des années 1940.

« On était plus libres comme opérateurs sur le tramway que dans l'autobus, se rappelle-t-il. On pouvait être debout, on pouvait être assis. L'espace était beaucoup plus grand. La vue en avant, c'était tellement beau. Oh, moi j'aimais ça le tramway! »

Des parcours par coeur

En 1946, il y avait 11 parcours qui reliaient notamment le Château Frontenac à l'hôpital Saint-François-d'Assise, les quartiers Saint-Roch et Saint-Sauveur ou encore le boulevard Saint-Cyrille, au coin de Joffre, à Saint-François-d'Assise. Les opérateurs étaient formés de nuit et devaient connaître les parcours par coeur.

« Le jour, on ne pouvait pas circuler sur tous les parcours différents au travers des autres tramways. La nuit, on pouvait changer de parcours. Dans ce temps-là, on apprenait les parcours en même temps », relate René Bouchard.

Tramways au carré D'Youville, juin 1938Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Tramways au carré d'Youville

Photo : Eddie Edwards

L'homme de 93 ans a bien failli ne jamais conduire un tramway. Le maire de Québec, Lucien Borne, avait prévu qu'ils allaient cesser de circuler dans les rues de la capitale le 31 juillet 1941. La vie du tramway a été prolongée par la Seconde Guerre mondiale, selon le spécialiste de l'histoire du transport en commun de Québec, Jean Breton.

« Il y a eu des restrictions durant la guerre, explique-t-il. Les compagnies qui fabriquaient des autobus ont été converties pour la production de matériel de guerre. Il y avait de grosses difficultés pour se procurer des autobus. »

Une situation qui a fait le bonheur de René Bouchard. Il se souvient que le tramway, en 1948, était beaucoup plus confortable que l'autobus pour les chauffeurs.

« Dans ce temps-là, l'hiver, vous conduisiez l'autobus avec des mitaines et le collet relevé. Le tramway, lui, était chauffé », raconte René Bouchard.

Tramway de Québec en hiverAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Tramway de Québec en hiver

Photo : CRHA Archives

Les trajets inefficaces, souvent à sens unique, l'étalement urbain et l'ascension de l'automobile ont eu raison du tramway.

« Les gens de Québec étaient contents que ça se termine, soutient René Bouchard. C'était nouveau les autobus, ça se déplaçait plus facilement. Je me rappelle, quand on avait des autobus neufs, on les exposait à la place Jacques-Cartier une semaine de temps. Le monde venait visiter ça. »

« Le tramway électrique est arrivé avant l'invention de l'automobile, rappelle Jean Breton. C'est pour ça qu'il s'est installé dans les rues. Il était roi et maître. Quand les autos sont arrivées, ç'a été très difficile de cohabiter. »

Fin et résurrection du tramway

Hormis les rails que l'on retrouve parfois sous la chaussée, il ne reste pratiquement plus de traces du tramway à Québec. Les anciens wagons ont presque tous été brûlés. La Ville voulait éviter qu'ils soient récupérés et transformés en casse-croûtes.

Les anciens wagons ont presque tous été brûlés. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les anciens wagons ont presque tous été brûlés.

Photo : CRHA Archives

René Bouchard est aujourd'hui favorable au futur réseau de transport structurant proposé par l'administration Labeaume. Il espère de tout coeur que cette fois, le projet va vraiment se réaliser.

Il se souvient d'un projet de tramway, à la fin des années 1970, où l'on prévoyait entre autres construire une gare intermodale sur le site de l'actuel jardin Jean-Paul-L'Allier.

« En 1979, on arrivait dans un nouveau garage, raconte-t-il. En bas, il y avait une vingtaine d'ingénieurs. Ils ont été là 4, 5 mois, parce que le tramway commençait. C'était définitif, c'était officiel. On est arrivé un matin, il n'y avait plus personne là, ils avaient vidé les bureaux. On n'en a plus jamais entendu parler. »

M. Bouchard espère maintenant être du voyage pour le premier trajet du tramway, en 2025. « À 93 ans, je ne peux pas rêver à ça, mais j'aimerais ça, même si je ne le conduisais pas, être au moins dedans. »

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