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Prescriptions de cannabis médical : le Collège des médecins invite ses membres à la prudence

Le reportage de Davide Gentile
Radio-Canada

Le Collège des médecins met en garde ses membres qui veulent prescrire du cannabis à certains patients, parce qu'il manque d'études scientifiques sur le sujet. La demande est forte et des cliniques de cannabis veulent étendre leurs activités. Mais les médecins sont souvent réticents à se lancer dans l'aventure, en raison du flou juridique et scientifique.

Un texte de Davide Gentile

Les locaux de la future succursale de la clinique Santé Cannabis dans l'arrondissement Sainte-Foy à Québec sont fin prêts, mais la date d'ouverture reste à préciser.

« Le recrutement est difficile », affirme l'omnipraticienne Viviane Hoduc.

Elle est prête à consacrer quelques jours par mois à cette clinique, mais plusieurs médecins sont réticents. Pour la plupart, leur pratique habituelle les occupe déjà beaucoup. Et la prescription du cannabis reste une science moins précise que celle des médicaments traditionnels.

On n'avait pas de dosage précis. Une ''poffe'', un joint, qu'est-ce que ça veut dire? Pour un médecin, prescrire ça, c'est très flou.

Viviane Hoduc, omnipraticienne

Le secrétaire du Collège des médecins, Yves Robert, suggère en effet à ses membres la plus grande prudence.

Est-ce qu'on prescrit trois grammes ou cinq grammes par jour? Et ce sont cinq grammes par jour de quoi? De biscuits? D’huile? D'inhalation?

Yves Robert, secrétaire du Collège des médecins

Mais le directeur de la clinique Santé Cannabis, Michael Dworkind, est critique à l'égard de l'approche du Collège des médecins dans ce dossier. « Le Collège menace, dit-il. Subtilement. Mais le Collège menace. »

Yves Robert réfute le qualificatif. « Ce n’est pas une menace. C'est une mise en garde », rectifie-t-il.

Pour l'instant, le Collège n'a sanctionné aucun médecin qui a prescrit du cannabis. Toutefois, les médecins s'exposent à des vérifications si un patient se plaint d'effets indésirables d'un traitement au cannabis.

« Si on voyait que le médecin s'est basé un peu plus sur l'intuition que sur des données probantes, ce médecin s'expose à considérer qu'il peut y avoir eu une mauvaise pratique médicale », soutient Yves Robert.

Une alternative aux opioïdes?

La molécule mieux connue est le THC, dont les effets sont euphorisants. Mais le cannabis contient aussi des cannabidiol, ou « CBD », qui auraient plutôt un effet calmant, selon le Dr Dworkind. « L'effet varie d'un individu à l'autre », affirme-t-il.

C'est pour tenter de préciser l'application médicale des cannabinoïdes que le Registre Cannabis Québec a été lancé en 2015. Un projet appuyé par le Collège des médecins, qui cherche des réponses pour la communauté médicale.

« À qui on a prescrit, pour quelle raison, quel produit on a donné et qu'est-ce que ça a donné », précise le secrétaire du Collège, Yves Robert.

Le secrétaire du Collège des médecins, Yves Robert, discute avec le journaliste Davide Gentile.Le secrétaire du Collège des médecins, Yves Robert, discute avec le journaliste Davide Gentile. Photo : Radio-Canada

À ce jour, plus de 1500 patients participent à l'étude, qui ne répond cependant pas à tous les critères d'une véritable recherche scientifique. « Je ne pourrai pas pour l'instant définir si le cannabis est une alternative solide à l'usage des opioïdes en douleur chronique », souligne le Dr Robert.

C'est en partie cette recherche de solutions de rechange aux opioïdes qui alimente la croissance des cliniques de médecine dite « cannabinoïde ».

La croissance est plus rapide en Ontario où les patients n'ont pas à être inscrits à un projet de recherche pour se faire prescrire du cannabis par un médecin.

Fondée en 2014 à Toronto, la Cannabinoid Medical Clinic connaît depuis une forte expansion. « Nous sommes passés d’une clinique à 23 cliniques, de Vancouver à Terre-Neuve », indique l’un des fondateurs, Danial Schecter.

La chaîne de clinique compterait 50 médecins.

La plupart des patients qui viennent ne veulent pas consommer d'opioïdes, ou si on leur en a prescrit, ils veulent réduire leur consommation.

Danial Schecter, l’un des fondateurs de la Cannabinoid Medical Clinic

Selon lui, la réticence face au cannabis comme traitement diminue de mois en mois. « La médecine cannabinoïde va être une partie importante de la médecine classique dans les années qui viennent », prédit le Dr Schecter.

La Dre Viviane Hoduc affirme que le cannabis peut faire partie de l'arsenal médical. « J'ai eu des succès avec le cannabis en douleur chronique », dit-elle.

Son collègue montréalais Michael Dworkind pense que le cannabis peut être un complément aux opioïdes. « Il faut voir que ça a des effets magiques, dit-il, vraiment impressionnants. »

Il souhaite que les cannabinoïdes soient un jour vendus comme des médicaments. « Dans mes rêves, ce sera un jour vendu en pharmacie, et la qualité sera de niveau pharmaceutique », dit-il.

Le directeur de la clinique Santé Cannabis, Michael Dworkind.Le directeur de la clinique Santé Cannabis, Michael Dworkind Photo : Radio-Canada

Le Collège des médecins pense aussi que les thérapies à base de cannabinoïdes pourraient un jour être vendues en pharmacie avec un numéro d'identification de médicament.

« Je le souhaite, dit Yves Robert, et appliquons-leur les mêmes règles qu'à tout autre médicament. » Cela exigerait cependant une série d'études plus étoffées, selon le Collège des médecins.

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