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chronique

Facebook : en attendant le prochain scandale

Un carton portant le nom de M. Mark Zuckerberg est placé à l'endroit où le PDG de Facebook doit témoigner.

Tout est prêt pour le témoignage de Mark Zuckerberg devant les commissions sénatoriales de la Justice et du Commerce.

Photo : Getty Images / BRENDAN SMIALOWSKI

Jeff Yates

CHRONIQUE - Les scandales se succèdent depuis plusieurs mois pour Facebook et de plus en plus de gens se posent la question : Facebook a-t-il perdu le contrôle de ce qui se passe sur sa plateforme? Je crois plutôt qu'il faut se demander si Facebook a déjà eu le contrôle... ou s'il veut réellement l'avoir.

Pour moi, un des moments les plus éclairants de la comparution de Mark Zuckerberg devant la Chambre des représentants, mercredi, a été l'échange qu'il a eu avec David McKinley, le représentant de la Virginie-Occidentale. Ce dernier questionnait M. Zuckerberg à propos de pharmacies illégales qui utilisent Facebook pour vendre – illégalement, il va sans dire – des opiacés, alors que les États-Unis sont foudroyés par une crise liée à la consommation de cette substance. M. McKinley lui a montré quelques exemples de publicités illégales qui circulaient au moment même sur Facebook.

« Quand allez-vous supprimer ces publications de pharmacies illégales? » a-t-il demandé.

« Dès que les utilisateurs nous les signaleront, nous les supprimerons rapidement », a répondu M. Zuckerberg.

« Pourquoi attendez-vous qu'on les signale? Vous avez 20 000 employés qui travaillent là-dessus! » s'est indigné le représentant.

Je partage son indignation.

Facebook semble naviguer de controverse en controverse, au gré des scandales qui font irruption dans les médias – ingérence électorale russe, fuite de données, fausses nouvelles, prolifération de discours haineux. Chaque fois, le réseau social s'excuse et promet de faire mieux. Il met ensuite en place des correctifs pour s'assurer que cela ne se reproduise plus.

Par exemple, à la suite de révélations selon lesquelles des agents russes ont pu acheter des publicités électorales aux États-Unis pendant la campagne présidentielle de 2016, Facebook a annoncé une série de mesures pour protéger l'intégrité des élections. Ceux qui veulent diffuser de telles annonces devront désormais faire vérifier leur identité par Facebook et prouver qu'ils ont le droit d'effectuer cet achat, entre autres.

Ce sont de bonnes mesures, là n'est pas la question. Mais pourquoi n'ont-elles pas été mises en place dès que Facebook a commencé à offrir des publicités électorales?

Mark Zuckerberg a beau dire, comme il l'a fait mardi devant le Sénat et la semaine dernière devant les journalistes, que Facebook n'a pas vu venir les tentatives d'ingérence politique de la part de Moscou sur sa plateforme ni l'ampleur qu'elles ont prise, il a beau s'en excuser et promettre de faire mieux, mais comment peut-il se défendre d'avoir vendu des publicités électorales à des Russes? Il me semble que ça doit être assez facile à détecter.

« Bouge rapidement et casse des choses sur ton passage »

À la lumière de ces agissements, l'ancienne devise de Facebook, « move fast and break stuff » (bouge rapidement et casse des choses sur ton passage) prend tout son sens.

L'idée de vouloir encadrer Facebook semble gagner du terrain, du moins d'après ce que nous avons pu voir au Sénat mardi et à la Chambre des représentants mercredi. On semble flirter avec l'idée de s'inspirer des Européens et de leur Règlement général sur la protection des données afin de légiférer pour éviter qu'un autre scandale à la Cambridge Analytica ne se produise.

Il faut toutefois rappeler que le modèle d'affaires de base de Facebook est de colliger des données sur ses utilisateurs pour leur montrer des publicités qui sauraient leur plaire. Même si, comme l'assure Mark Zuckerberg, Facebook ne vend pas de données à des tiers, leur collecte fait partie prenante de l'architecture du site. C'est comme ça que Facebook fait de l'argent, et ça ne changera pas.

La représentante de la Californie, Anna Eshoo, a d'ailleurs demandé à M. Zuckerberg s'il était prêt à changer le modèle d'affaires de Facebook dans le but de privilégier la protection de la vie privée. « Je ne suis pas certain de ce que vous voulez dire, Madame la représentante », a-t-il répondu. Pourtant, la question était claire, et Mme Eshoo lui avait demandé de répondre oui ou non.

De toute façon, comme M. Zuckerberg l'a fait remarquer, si Facebook ne recueillait pas de données sur ses utilisateurs, les publicités seraient moins pertinentes, les annonceurs auraient des campagnes moins efficaces et Facebook ferait moins d'argent. En d'autres mots, Facebook deviendrait un site parmi tant d'autres qui vous montrent passivement des publicités pas très payantes. Selon M. Zuckerberg, la collecte de données (et les risques qui s'en suivent) est le prix à payer pour avoir droit à un service de qualité gratuit comme c'est le cas avec Facebook.

Un consentement éclairé?

Mais est-ce que les utilisateurs savent dans quoi ils s'embarquent? Même M. Zuckerberg a reconnu que la personne moyenne n'a pas lu les conditions d'utilisation du site et ne comprend probablement pas tout à fait comment Facebook fonctionne et ce que l'entreprise fait avec ses données.

Sur ce point, je vous laisse avec la question du représentant de l'Illinois, Bobby Rush, qui a comparé la collecte de données de Facebook à celle de COINTELPRO, le programme de surveillance d'activistes de toutes sortes mis en place par la police fédérale américaine (le FBI) dans les années 1960 et 1970. M. Rush a affirmé avoir fait l'objet de surveillance à l'époque et qu'il trouvait inquiétant de voir une entreprise faire de même pour ses utilisateurs.

« Quelle est la différence entre la méthodologie de Facebook et celle du paria politique, J. Edgar Hoover [le premier directeur du FBI et celui qui a créé COINTELPRO]? » a-t-il demandé à M. Zuckerberg.

« Tout ce que vous partagez sur Facebook, c'est vous qui l'avez mis là, et vous pouvez le supprimer quand vous voulez. Je ne connais aucune organisation de surveillance qui offre ce choix à ceux qu'elle espionne », a répondu le patron de Facebook.

Voilà peut-être un choix intéressant.

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