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Découverte de deux lacs enfouis sous une calotte glaciaire de l'Arctique

Un champ de neige à perte de vue, avec le soleil qui se couche en arrière-plan.
Les deux lacs se trouvent environ 750 mètres sous cette immensité glacée. Photo: Anja Rutishauser
Radio-Canada

Deux lacs découverts au coeur de l'Arctique canadien se retrouvent sous une couche de glace épaisse de plus d'un demi-kilomètre, sur l'île de Devon. Ce sont les premiers lacs de ce genre découverts au Canada.

Un texte de Héloïse Rodriguez

Anja Rutishauser, étudiante en doctorat à l’Université de l’Alberta, a eu toute une surprise lorsqu'elle a étudié les informations captées par un radar au-dessus de la calotte glaciaire de Devon.

« Les données détectées par le radar indiquaient qu’il y avait des liquides sous-glaciaires à cet endroit, explique-t-elle. C’était très intrigant au début, parce qu’on sait que la température au centre du glacier, où on a détecté ces anomalies, est bien en dessous du point de congélation. »

À droite, un petit avion, à gauche, deux personnes, au fond, de la glace et de la neige.Les antennes du radar (en rouge) se retrouvent sous les ailes de l'avion. C'est ce radar qui a permis de détecter la présence des lacs subglaciaires. Photo : Tom Richter

C’est alors qu’elle a émis l’hypothèse que ces deux lacs étaient constitués d’eau salée. « Cette eau doit avoir [une concentration] de sel de 4 à 5 fois plus élevée que l’eau de l’océan, ce qui permettrait de faire baisser le point de congélation pour que l’eau puisse rester liquide, même à cette température basse », explique-t-elle.

Ces lacs se situent sous environ 550 à 750 mètres de glace, selon les estimations de la chercheuse.

« On ne sait pas quand ou comment ces lacs se sont formés, mais s’ils ont toujours été sous la glace, ça veut dire que cela fait au moins 120 000 ans qu’ils sont recouverts. Peut-être plus, mais c’est le minimum », estime la chercheuse.

Des écosystèmes comme ceux de l’Espace

D’après Anja Rutishauser, « comme ils sont aussi salés, ces lacs pourraient être de bons analogues terrestres d'Europa, une des lunes de Jupiter », sur laquelle on retrouve des « poches d’eau salée » comme celles que son équipe a découvertes dans l’Arctique.

En explorant les lacs sous-glaciaires, on pourrait mieux comprendre les possibilités et les limitations qui se retrouvent dans des conditions aussi extrêmes.

Anja Rutishauser, étudiante en doctorat à l'Université de l'Alberta

Elle espère un jour pouvoir prélever un échantillon de ces lacs, afin d’étudier leur écosystème et de déterminer si la vie s’y est développée, « à l’écart du reste de l’atmosphère, sans soleil, dans un froid extrême et un environnement avec beaucoup de sel, où l’eau est sous beaucoup de pression à cause de la quantité de glace qui la recouvre ».

Un homme est de dos avec un gros manteau d'hiver et un bonnet bleu. Il travaille sur un ordinateur.Un scientifique en train d'opérer le radar à bord de l'avion. Photo : Anja Rutishauser

Anja Rutishauser retournera en Arctique au printemps pour continuer ses recherches.

Cette recherche a été financée par le Conseil national de recherche du Canada, Alberta Innovates Technology Futures ainsi que plusieurs fondations.

Arctique

Science