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Cyberintimidation : des Hells Angels du Manitoba s’en prennent à un restaurant

Un égoportrait d'un homme sur sa moto devant plusieurs autres motocyclistes.

Le boycottage d'un restaurant de Winnipeg appelé par le président présumé des Hells Angels Nomads du Manitoba, Dale Kelland, a forcé le restaurant Marion Street Eatery à se retirer des médias sociaux.

Photo : Dale Kelland

Radio-Canada

Les Hells Angels du Manitoba ont utilisé les médias sociaux pour boycotter un hôtel et un restaurant de Winnipeg, après avoir appris que ces derniers refusaient l'entrée à leurs membres parce qu'ils portaient le logo du club de motards.

Le 27 mars, plusieurs personnes ont exprimé leur mécontentement envers l'hôtel Marion sur les réseaux sociaux. Lorsque l'établissement de Winnipeg a retiré sa page Facebook, les motards et leurs amis se sont tournés vers le Marion Street Eatery, le restaurant de l'hôtel.

En l'espace de 24 heures, des centaines de personnes, la plupart venant de l'extérieur du Canada, ont affiché des critiques donnant une appréciation d'une étoile sur la page Facebook du restaurant. La cote en ligne du restaurant a chuté de quatre étoiles et demie à trois étoiles au cours de la soirée.

« Ce n'est pas nouveau que quelqu'un boycotte une entreprise en lui donnant une critique sévère en ligne, mais le fait que ça provienne d'un groupe reconnu par la police pour ses actes criminels allégués ou non, c'est d'une certaine façon assez intéressant », affirme Christopher Schneider, un professeur agrégé de sociologie de l'Université de Brandon spécialiste en affaires policières et médias sociaux.

Le professeur n’a jamais entendu dire que les Hells Angels ciblaient directement les entreprises sur les médias sociaux, mais il n’est pas vraiment surpris d’entendre que le président présumé des Hells Angels du Manitoba, Dave Kelland, a été capable de mobiliser un tel soutien aussi rapidement.

La page Facebook de Dale Kelland.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'appel au boycottage de Dave Kelland sur sa page Facebook de Dale Kelland.

Photo : Dale Kelland

« Les Hells Angels ont des liens dans le monde entier », dit-il.

L’hôtel Marion et le restaurant Marion Street Eatery ont fermé leur page Facebook et n’ont pas voulu commenter l’affaire.

Une semaine après les attaques sur Facebook, le groupe de motards a réitéré son appel au boycottage, mais cette fois sur TripAdvisor. Le site de voyages a retiré les critiques négatives du restaurant.

« Nous considérons cette fraude comme du vandalisme. C'est une tentative pour publier des critiques qui sont fausses ou négatives », affirme Tara Lieberman, une porte-parole de TripAdvisor.

« Nous combattons la fraude de manière offensive et nous avons des systèmes pour détecter les fraudeurs et les pénaliser sévèrement », ajoute-t-elle.

Auparavant, les Hells Angels avaient mené une campagne semblable contre une boutique de sport de Winnipeg, qui devait servir de point de départ à une randonnée à moto. Sur la page des médias sociaux associée à l'événement, les organisateurs ont indiqué que les gens portant les couleurs des motards n'étaient pas les bienvenus.

Des centaines de personnes ont par la suite critiqué le magasin Headingley Sport Shop Ltd./Indian Motorcycle Winnipeg sur sa page Facebook en lui accordant une seule étoile. Quand le magasin a indiqué ne vouloir exclure personne et ne pas être l'organisateur de la randonnée, Dave Kelland a demandé à ses troupes de remonter la note de la boutique à 5 étoiles.

Nouveau mode opératoire?

Professeur spécialisé en cyberintimidation à l’Université du Québec à Montréal, Stéphane Villeneuve juge l’utilisation des médias sociaux tout aussi efficace que les menaces physiques.

Pour lui, les mesures d’intimidation qu’ont utilisées les Hells Angels reviennent à signer la mort économique d'un commerce.

« Les gens vont se définir beaucoup par les réseaux sociaux, dit-il. S'ils ne sont pas sur les réseaux c'est comme s'ils n'existaient pas, donc c'est un peu la même chose maintenant dans cette économie où les commerces se doivent d'être en ligne pour être visibles. »

Dans ces cas-ci, « c'est clair qu'on a voulu vraiment mettre de la pression sur le commerce ».

La question, dit-il, est aussi d’arriver à trancher ce qui est illégal, ou encore ce qui relève de la liberté d'expression et où commence l'intimidation.

« La zone est grise au niveau de la liberté d'expression. Mais s’il y a quand même la volonté très visible que c'est pour faire du tort à des gens, on peut considérer que c'est du harcèlement », croit Stéphane Villeneuve.

Les Hells Angels sont un groupe de motards ayant des sections partout dans le monde. En vertu des lois manitobaines, ils sont considérés comme une organisation criminelle.

Manitoba

Justice et faits divers