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Pas question de diffuser l'intégralité des images de la fusillade à la mosquée

Alexandre Bissonnette à son arrivée au palais de justice le 27 octobre 2017.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Les médias qui demandent l'accès aux vidéos de la tuerie perpétrée à la mosquée de Québec le 29 janvier 2017 n'ont aucunement l'intention d'en diffuser l'intégralité.

Un texte de Yannick Bergeron

L'avocat du consortium des médias a voulu remettre les choses en perspective lors du débat, au palais de justice de Québec, sur l'accès aux vidéos montrant le meurtrier qui a fait feu sur des fidèles, tuant six musulmans.

Me Jean-François Côté, qui a le mandat de présenter les arguments des médias, a dit comprendre les réticences de la communauté.

Il s'est par contre inscrit en faux face à la position de la Couronne qui a qualifié la demande des médias d'irrespectueuse envers les victimes et leurs proches.

Il a d'ailleurs reçu l'approbation du juge François Huot qui a rappelé le rôle de chien de garde des médias.

« Je n'y vois aucun motif oblique », a indiqué le juge Huot, en ajoutant que rien ne lui suggérait que les médias voulaient faire preuve de sensationnalisme.

Intérêt public

L'avocat des médias a rappelé que la demande d'accès est limitée. Il n'est pas question, a martelé Me Côté, de montrer d'images choquantes ou morbides.

La diffusion d'extraits sélectionnés pourrait permettre au public de se faire sa propre idée, selon Me Côté, qui a insisté sur le fait que le débat est « hautement d'intérêt public ».

« Vous êtes susceptibles de considérer la plus haute sentence donnée au Canada », a lancé Me Côté au juge Huot.

La Couronne a fait connaître son intention de permettre aux journalistes de décrire la vidéo sans la diffuser. Ce n'est pas suffisant selon l'avocat des médias.

« Une vidéo c'est une expression en elle-même. Les journalistes, s'ils racontent ce qu'ils voient, ils témoignent du visionnement d'une vidéo alors que si les journalistes sont autorisés à diffuser certains extraits de la vidéo, à ce moment-là, les gens vont pouvoir se faire leurs propres idées par rapport aux images. »

Risque de répétition

La psychiatre qui a reçu le mandat du juge de regarder les vidéos a fait part de ses observations au tribunal, plus tôt ce matin.

La Dr Cécile Rousseau n'en démord pas. La diffusion des images pourrait avoir un effet d'entraînement.

Selon la psychiatre de l'Université McGill, la diffusion pourrait entraîner « la glorification d'un antihéros ».

La psychiatre fait un lien avec les antihéros de plus en plus populaires au cinéma. « Ils ne sont pas beaux, pas bons et ont une faible estime d'eux, mais ils font quelque chose d'extraordinaire », illustre la psychiatre.

Elle ajoute que le visionnement des vidéos entraîne un sentiment d'impuissance pour quiconque les regarde. Un sentiment qui est encore plus important pour les proches des victimes, selon elle.

« Il serait cruel et inhumain de leur imposer de voir ces images », a expliqué la Dre Rousseau.

Un point de vue partagé par le président du Centre culturel islamique de Québec, Boufeldja Benabdallah, qui affirme que la diffusion des images pourrait affecter grandement la communauté musulmane. « La quiétude qu'on a à l'intérieur de la mosquée risque de branler dans le manche ».

Débat sur la peine

Lors de sa plaidoirie, l'avocat du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) a exhorté le juge à ne pas permettre aux médias d'utiliser les images « ni en totalité ni en partie ».

Me Thomas Jacques croit que de permettre aux journalistes de rapporter verbalement ou par écrit le contenu des vidéos serait une alternative raisonnable.

Les avocats d'Alexandre Bissonnette s'opposent également à la diffusion d'images de leur client sur les lieux du crime.

Le juge a annoncé qu'il tentera de rendre sa décision mercredi matin, alors que les audiences sur la détermination de la peine doivent débuter en après-midi

Cette étape, qui doit durer environ trois semaines, vise à déterminer combien de temps Alexandre Bissonnette devra purger avant de pouvoir faire une demande de libération conditionnelle.

Cette période pourrait aller de 25 à 150 ans.

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Justice et faits divers