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Kinder Morgan : non, l’économie et l’environnement ne vont pas toujours de pair

Le pipeline Trans Mountain de Kinder Morgan.

Le pipeline Trans Mountain de Kinder Morgan

Photo : Kinder Morgan

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Si l'économie et l'environnement vont main dans la main – comme le répète le gouvernement Trudeau – dans la saga de Kinder Morgan, ils se tiennent par la main surtout pour se livrer un bras de fer en règle. Le déchirement entre la Colombie-Britannique et l'Alberta illustre à quel point vouloir plaire à tout le monde, compagnies pétrolières et environnementalistes, est illusoire.

Une analyse de Fannie Olivier

Quand il affirme que l’économie et l’environnement vont de pair, Justin Trudeau sous-entend que pour que soient acceptés des projets énergétiques polluants, il doit en même temps y avoir des actions musclées pour lutter contre leurs effets néfastes sur le climat. En d’autres mots : il faut accepter l’expansion de l’oléoduc de Kinder Morgan pour qu’un prix sur le carbone soit imposé.

Si le plan semble bon sur papier, la réalité s’est avérée bien plus compliquée.

Les environnementalistes, la Colombie-Britannique et une kyrielle de groupes autochtones continuent de s’opposer au pipeline malgré l’intention d’Ottawa d’imposer une taxe sur le carbone. Et les détracteurs d’une taxe carbone n’ont pas adouci leur position devant l’éventualité de l’élargissement de la capacité du pipeline.

Parce qu’au fond, les deux dossiers sont bel et bien séparés. Tous les Canadiens ressentiront l’effet (modeste) d’un prix sur le carbone dans leur portefeuille. Mais seulement ceux qui habitent près du tracé de Kinder Morgan ou sur la côte pacifique seraient frappés advenant un déversement pétrolier. C’est un cas typique du « pas dans ma cour » : le pétrole acheminé dans l’oléoduc Trans Mountain n’étant pas destiné aux Britanno-Colombiens, mais à l’exportation vers les marchés asiatiques, quel intérêt ont-ils à accepter le risque d’un déversement? Personne pour l’instant ne leur a répondu d’une façon qu’ils ont trouvée satisfaisante.

Crise constitutionnelle

La première ministre de l'Alberta, Rachel Notley, juge la situation tellement sérieuse qu’elle a évoqué une « crise constitutionnelle ». « Si les voix modérées de la majorité des Canadiens sont oubliées, les répercussions de cela déchireront le tissu de la confédération pour plusieurs, plusieurs années », a-t-elle laissé tomber en point de presse lundi.

À entendre ces commentaires, on comprend que la situation dans laquelle se trouve Justin Trudeau aurait pu être bien pire si TransCanada n’avait pas abandonné la construction de l’oléoduc Énergie Est à l’automne. Le maire de Montréal de l’époque, Denis Coderre, s’était fait traiter de tous les noms lorsqu’il s’était opposé au projet. On imagine une « crise constitutionnelle » bien plus dramatique si elle n’était pas limitée à un seul front – celui de l’Ouest –, mais qu'elle s’étendait aussi au Québec.

Justin Trudeau assure que le projet de Kinder Morgan est dans « l’intérêt national » et qu’il ira de l’avant coûte que coûte. S’il affirme que toutes les options sont sur la table pour que la Colombie-Britannique cesse son obstruction, il ne spécifie toutefois pas quelles sont ces options.

Selon l’article 92 de la Constitution canadienne, c’est à Ottawa de trancher quand de tels projets traversent plusieurs provinces. La portée de ses pouvoirs paraît assez claire, mais ses outils demeurent limités.

Si la situation est réglée par les tribunaux, des délais importants sont à prévoir, allant bien au-delà de la date butoir du 31 mai fixée par l’entreprise.

Mais si Justin Trudeau tord le bras à une province qui lui a donné 18 sièges en 2015, il risque de payer un prix politique fort élevé aux prochaines élections.

Vouloir être à la fois un chef de file mondial en matière de lutte contre les changements climatiques et développer les hydrocarbures au pays s’avère bien plus complexe qu’anticipé.

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