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La firme canadienne mêlée au scandale Facebook a été financée par Ottawa

Le logo de l'application de Facebook pour mobile sur un téléphone.

AggregateIQ est liée à la firme Cambridge Analytica, soupçonnée d'avoir utilisé sans autorisation les informations privées d'utilisateurs de Facebook pour soutenir des campagnes politiques.

Photo : AFP/Getty Images / MLADEN ANTONOV

La Presse canadienne

La firme canadienne AggregateIQ, qui s'est retrouvée au centre de la controverse internationale sur les données personnelles d'utilisateurs de Facebook, a reçu 100 000 $ du gouvernement fédéral, l'an dernier, pour mettre au point des outils numériques pour les campagnes électorales, a appris La Presse canadienne.

AggregateIQ Data Services s'est fait accorder cette subvention par le Conseil national de recherche pour réaliser un projet d'une durée de neuf mois, qui consistait à concevoir un outil pour prédire quels électeurs iraient voter et mesurer la probabilité que ceux-ci appuient un candidat ou un autre. Ce projet visait aussi à anticiper le résultat d'une stratégie de communication durant une campagne électorale.

L'organisme fédéral a versé 100 000 $ à l'entreprise dans le cadre du Programme d'aide à la recherche industrielle pour appuyer le projet d'une valeur de 250 000 $. La Presse canadienne a pu consulter une copie de l'entente de financement, obtenue en vertu de la Loi sur l'accès à l'information.

L'entreprise britanno-colombienne fait l'objet d'enquêtes à Ottawa, en Colombie-Britannique et au Royaume-Uni, qui cherchent à savoir comment elle aurait pu influencer les résultats du référendum sur l'adhésion du Royaume-Uni à l'Union européenne (UE).

AggregateIQ est aussi liée à la firme de consultants Cambridge Analytica, soupçonnée d'avoir utilisé sans autorisation les informations privées d'utilisateurs de Facebook pour soutenir des campagnes politiques, dont celle de Donald Trump aux États-Unis en 2016 et celle en faveur du Brexit au Royaume-Uni.

Vendredi, Facebook a annoncé qu'il avait suspendu AggregateIQ de sa plateforme parce que la firme entretiendrait des relations avec la société mère de Cambridge Analytica, SCL.

« À la lumière de récents articles selon lesquels AggregateIQ serait affiliée à SCL et pourrait, par conséquent, avoir reçu des données de Facebook de façon inappropriée, nous l'avons ajoutée à une liste d'entités que nous avons suspendues de notre plateforme le temps de notre enquête », a écrit un porte-parole de Facebook.

« Notre enquête interne se poursuit et nous coopérerons pleinement avec toutes les enquêtes des autorités », a-t-il ajouté.

Plus de 600 000 utilisateurs canadiens de Facebook touchés

Selon le réseau social, Cambridge Analytica a accédé aux données personnelles de 622 161 utilisateurs canadiens de Facebook et de près de 87 millions d'internautes dans le monde.

AggregateIQ a nié avoir commis quoi que ce soit d'illégal et s'est distanciée des activités de Cambridge Analytica et de SCL. La firme dit n'être jamais entrée en contact avec Cambridge Analytica et n'avoir jamais eu accès à des données qui auraient été obtenues de façon inappropriée sur Facebook par Cambridge Analytica.

Le scandale a braqué les projecteurs sur les pratiques des partis politiques, qui essaient de cibler les électeurs en utilisant leurs données personnelles.

D'après les documents obtenus par La Presse canadienne, le projet financé par le gouvernement fédéral allait permettre aux employés d'AggregateIQ de fournir des « conseils plus efficaces » et de vendre l'outil à d'autres organisations.

« Cela aidera notre entreprise de consultants à gérer plus de clients, à instaurer une nouvelle source de revenus et à offrir un outil très utile dans le contexte d'une campagne », est-il écrit dans l'entente.

Le projet devait commencer le 1er janvier 2017 et se terminer le 30 septembre 2017. L'entente comprenait aussi une section qui parlait des enjeux « éthiques ».

« Bien que ce projet repose majoritairement sur la collecte de données pour soutenir l'analyse et la prise de décision, les données qui seront collectées seront issues de données dérivées ou de données anonymes », est-il écrit dans le document.

« Avec aucune donnée personnelle et aucune donnée qui pourrait être associée à un individu, nous croyons que le projet respecte tous les critères en matière d'éthique et ne nécessite pas une autre évaluation sur le plan éthique », peut-on aussi y lire.

L'entreprise mentionnait aussi la forte demande pour ce genre d'outil, citant spécifiquement les campagnes de Donald Trump et du Brexit.

« Comme le démontrent la récente élection entre Trump et Clinton ou le référendum du Royaume-Uni sur l'Union européenne, les maisons de sondage traditionnelles ne peuvent prédire les résultats de façon exacte », est-il écrit.

Les décideurs politiques se tournent vers leurs analyses de données internes pour décider où dépenser l'argent, à quoi consacrer les ressources et pour trouver finalement comment ils gagneront.

Extrait de l'entente entre AggregateIQ Data Services et le gouvernement fédéral

La Presse canadienne a tenté de joindre le dirigeant d'AggregateIQ, Jeff Silvester, sans succès.

L'expert canadien Christopher Wylie, qui avait sonné l'alarme concernant la mauvaise utilisation des données de Facebook par Cambridge Analytica, prétend avoir aidé à fonder AggregateIQ lorsqu'il travaillait pour la maison mère, SCL. Il a dit croire « absolument » qu'AggregateIQ a pris ses données chez Cambridge Analytica dans le cadre de son travail sur la campagne pour le Brexit.

Un porte-parole du Conseil national de recherche a déclaré que l'entente avec AggregateIQ était « la première et seule collaboration avec l'entreprise ».

« Le Programme d'aide à la recherche industrielle travaille avec des firmes sous des conditions spécifiques et strictes, et évalue chaque projet sur une base individuelle, en suivant un processus rigoureux », a souligné Charles Drouin.

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