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21 Canadiens abattus par la police depuis l’an 2000 étaient sans arme

Un policier porte une arme dans ses mains.
En général, une intervention policière sur le lieu d’un crime se base sur des renseignements provenant d’appels au 911. Cette information n’est pas toujours fiable. Photo: Radio-Canada

En tout, 6,4 % des 460 Canadiens abattus par la police entre 2000 et 2017 n'étaient pas armés, selon une analyse de CBC. Un chiffre trop élevé, selon des experts.

Le criminologue et ancien président de la Commission des services policiers de Toronto Alok Mukherjee affirme que 21 morts, c’est trop.

« Je ne crois pas que la mise à mort d’une personne en détresse, qui ne soit pas en train de commettre un crime violent conventionnel, puisse être justifiée », dit-il, tout en acceptant que la force mortelle peut-être justifiée dans des « circonstances exceptionnellement rares ».

Des renseignements incertains

En général, une intervention policière sur le lieu d’un crime se base sur des renseignements provenant d’appels au 911. Ces informations ne sont pas toujours fiables.

Dans certains cas, la police juge qu’une personne est armée et ladite arme s’avère ne pas en être une.

En 2005, la Police provinciale de l'Ontario a reçu un appel qui disait que Jason Steacy, 20 ans, avait poignardé quelqu’un. Lorsque la police l’a confronté dans sa roulotte, il était assis devant un ordinateur. La police a cru qu’il tenait une arme à feu, et l’a abattu. Il s'agissait en fait la souris de l’ordinateur.

L’impact de tels malentendus se fait non seulement sentir chez les familles des victimes, mais aussi chez ceux qui appuient sur la gâchette.

En 1987, Syd Gravel, un agent de police d’Ottawa maintenant à la retraite, a été envoyé sur la scène d’un braquage à 3 h 30 du matin. En plus des suspects, il y avait un homme qui promenait son chien et une femme assise sur son porche. Il a ordonné aux suspects de mettre les mains en l’air. L’un des suspects n’a pas obtempéré.

Ne sachant pas si le suspect était armé, il a tiré pour sa sécurité et celle des passants. M. Gravel a découvert avec horreur que l’homme qu'il venait d'abattre n’était pas armé. Il souffre de trouble de stress post-traumatique.

Je me suis dit que je n’étais pas formé pour tirer sur des personnes qui ne posaient aucun danger

Syd Gravel, agent de police d’Ottawa à la retraite

La GRC surreprésentée

La Gendarmerie royale du Canada (GRC) est responsable de 118 des morts recensés par CBC. Quelque 14 % des personnes abattues par la GRC n’étaient pas armées, soit le double de la moyenne nationale. Récemment, la GRC tente de mieux former ses agents.

Au centre de formation à Regina, les recrues sont confrontées à la manière dont des facteurs externes comme la lumière, le fait d’être à l’intérieur ou à l’extérieur, ou encore la distance entre le policier et le suspect peuvent modifier la perception.

Le caporal Rob Bell, un formateur de la GRC, explique que les recrues suivent une séance de simulateur, où, confrontés à des situations différentes, ils doivent juger du montant approprié de force, et du moment où ils peuvent en faire usage.

« L’option de la force mortelle est un dernier recours et ne peut être utilisée que dans des circonstances très précises. Il faut qu’il y ait un danger de blessures corporelles graves, ou de mort », indique-t-il.

Malgré les efforts des services de police, l’analyse de CBC montre que le nombre d’incidents mortels impliquant la police est en hausse, et qu’il y a peu de conséquences pour les policiers qui ont recours à un usage excessif de la force.

« Il faut pouvoir le justifier, affirme Syd Gravel, qui a été blanchi par une enquête. Au bout du compte, tu seras tenu responsable pour ton comportement, ta réaction et pour le résultat final de l'incident. »

Avec des informations de Katie Nicholson

Manitoba

Crimes et délits