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Nos données et notre vie privée : trois questions à un spécialiste en intelligence artificielle

Jean-François Gagné, cofondateur et PDG d’Element AI
Jean-François Gagné, cofondateur et PDG d’Element AI Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

Le scandale Facebook-Cambridge Analytica a relancé le débat sur le respect de la vie privée par des entreprises qui ont accès à nos données et à nos informations personnelles grâce à des objets connectés, entre autres. Jean-François Gagné, spécialiste en intelligence artificielle et président-directeur général d'Element AI, a répondu aux questions de Patrice Roy au Téléjournal 18 h.


Q – SOMMES-NOUS CONSCIENTS À QUEL POINT NOUS DONNONS DE L’OR À DES ENTREPRISES AVEC NOS DONNÉES?

R : On voit de plus en plus de caméras sur des voitures, dans des systèmes semi-automatisés, pour aider au freinage par exemple. Il y a des caméras sur les feux de circulation dans les rues un peu partout. L’environnement public qui était jadis quasi anonyme, le bruit dans lequel on se cachait à moins de rencontrer quelqu’un qu’on connaissait, tout ça est en train de devenir de l’information.

La vie à la maison, la vie au travail et la vie sur la rue sont maintenant documentées et structurées. Des entreprises ont le privilège de faire ce que bon leur semble avec les données acquises dans un cadre public et de les utiliser à des fins commerciales.

Il n’y a pas de législation par rapport à ça. Et le contrat social a changé.

Se promener du point A au point B n’avait pas de valeur avant. Mais quand les données sont structurées, coordonnées, colligées avec celles de mes amis et reliées aux gens que je connais et à mes intérêts, des services et des produits peuvent m’être offerts. On peut influencer mon parcours, ce à quoi je pense, ce que je vois, avec qui j’interagis.

Des entreprises comme Facebook ou Google cumulent toutes nos requêtes de recherches. Google est d’ailleurs l’entreprise qui détient le plus d’informations sur quiconque sur le plan personnel. Ça représente plusieurs fois la quantité de données que Facebook possède.


Q – NOS DONNÉES REPRÉSENTENT-ELLES UNE SORTE DE « NOUVEAU PÉTROLE » POUR LES ENTREPRISES QUI Y ONT ACCÈS?

R : Je crois même qu’elles ont une plus grande valeur.

Le coût d’accès à nos données personnelles pour Google est estimé à deux sous par personne, par année. Mais dans son bilan, on parle d'un revenu généré de 25 $ par personne. Ce n’est pas trop mal comme marge.


Q – PEUT-ON VRAIMENT PARLER D’ESPIONNAGE PAR DES OBJETS CONNECTÉS MUNIS DE MICRO?

R : Il faut être prudent avec le mot « espion » parce que l'on consent à donner accès à nos informations. Quand on achète et qu’on installe ces produits, on donne notre consentement à des entreprises pour qu’elles aient accès à ces données.

Mais qui lit vraiment les centaines de pages qu’on nous envoie? C’est là où il y a beaucoup de confusion.

Pour être capables de répondre à la commande « OK Google », « Hey, Alexa », ces objets doivent toujours être en train de nous écouter. Et ils cumulent de l’information.

Il y a un ensemble de mots clés déclencheurs. Normalement, tout ce qui est dit après est conservé. Il y a là une nuance, mais la nuance n’est pas claire et n'est pas régie.

Il n’y a pas de protocole, pas de loi pour la protection de la vie privée, pas de cadre. C’est laissé aux bons soins de l’entreprise.

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