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Pourquoi l’essence est-elle devenue si chère?

Gros plan sur une pompe à essence.
Le prix de l'essence en Alberta est aussi élevé qu'il l'était en 2013 lorsque le prix du baril atteignait 90 $. Photo: La Presse canadienne / Paul Chiasson

Quel que soit l'endroit où vous vous trouvez au Canada, depuis le début de l'année, le prix de l'essence a de quoi faire monter la pression artérielle de n'importe quel conducteur. Pourquoi paye-t-on autant en 2018 qu'il y a cinq ans, lorsque le baril de pétrole dépassait la barre de 90 $? Explications.

Un texte de Tiphanie Roquette

Le prix du baril de pétrole contribue à la plus grosse part du prix à la pompe. Les raffineries qui transforment le brut en essence entraînent des coûts supplémentaires pour le consommateur, tout comme les stations-service. Ces coûts diffèrent selon l’endroit, la demande et la concurrence.

Le gouvernement fédéral prélève aussi une taxe d’accise de 10 cents. Les gouvernements provinciaux ont également leur propre taxation. Enfin, il ne faut pas oublier la taxe de vente sur les produits et services. Selon l'entreprise pétrolière Petro-Canada, les taxes au Canada représentent en moyenne 35 % du prix à la pompe.

Qu’est-ce qui a changé depuis 2013?

Pour l’Alberta, les taxes provinciales sont en grande partie responsables de la hausse du prix de base de l’essence.

Dans son budget en 2015, le gouvernement progressiste-conservateur de Jim Prentice a augmenté la taxe albertaine sur l’essence de 4 cents le litre, faisant ainsi passer à 13 cents le litre. Celle-ci n’avait pas été augmentée depuis 1991, mais, à l’époque, l’essence à la pompe ne coûtait que 95 cents le litre.

Le gouvernement néo-démocrate de Rachel Notley a ajouté sa touche avec l’entrée en vigueur de la taxe carbone. Depuis le 1er janvier 2018, la taxe ajoute 6,73 cents au litre d’essence.

tableau illustrant les effets de la hausse de la taxe carbone sur les différents types de carburants. Photo : Radio-Canada

« Il n’y avait pas ces deux taxes-là en 2013, ce qui amène une différence de près de 11 cents », souligne l’analyste en chef du site GasBuddy, Dan McTeague.

La taxe sur le carbone sera bientôt une donnée à prendre en compte dans toutes les provinces, puisque le gouvernement fédéral exige une tarification du carbone dans tout le pays d’ici le 1er janvier 2019. L'objectif d'Ottawa est d'avoir une taxe sur le carbone à 50 $ la tonne en 2022 partout au pays.

Une publicité contre la taxe sur le carbone aperçue sur une voiture dans le sud de l'Alberta. Une publicité contre la taxe sur le carbone aperçue sur une voiture dans le sud de l'Alberta. Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

L’autre grand coupable est le dollar canadien. « Malheureusement, on oublie que le huard n’est plus un pétrodollar. Il y a une relation très forte entre le pétrole et le taux de change avec les États-Unis », rappelle M. McTeague.

Le pétrole est en effet acheté en dollars américains, le fameux West Texas Intermediate étant le standard en Amérique du Nord. En 2013, le dollar canadien était proche de la parité avec son homologue américain, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Acheter du pétrole à 63 $ US le baril coûte en fait 80 $ au taux de change actuel. « Et ça, c’est par des nombres de millions de barils par jour. Ce n’est pas une petite affaire », précise M. McTeague, qui a aussi été député fédéral libéral.

En matière de pétrole, la frontière n’existe pas entre le Canada et les États-Unis.

Roger McKnight, analyste en chef du marché pétrolier à En-Pro International

Adieu à l'essence à moins de 1 dollar

Quant à la question de l’essence à moins de1 dollar le litre, « c’est fini », conclut M.  McTeague. Entre les taxes et la faiblesse du dollar canadien, les chances de retrouver un prix à la pompe inférieur à 1 dollar en Alberta sont très faibles, s’accordent à dire M. McTeague et Roger McKnight, analyste en chef du marché pétrolier à En-Pro International.

C'est d'autant plus vrai que, selon Roger Knight, les détaillants risquent aussi d’augmenter leurs marges de profit brut qui sont encore faibles par rapport à leurs moyennes qui étaient de 10 à12 cents le litre. De plus, l’économie américaine se porte bien, ce qui stimule la demande de pétrole. « Cela incite les raffineurs à accroître leur marge de profit », ajoute M. McKnight.

Des travailleurs installent un grand pipeline dans une forêt avec des montagnes en arrière-plan. Kinder Morgan propose une expansion qui triplerait la capacité de ce pipeline entre l'Alberta et la Colombie-Britannique. Photo : Courtoisie : Kinder Morgan

Selon M. McTeague, renverser la tendance est aussi une question politique : si l’Alberta réussissait à réaliser le projet d’expansion du pipeline Trans Mountain de Kinder Morgan, l’économie reprendrait de la vigueur tout comme le dollar canadien.

M. McKnight note quant à lui que les projets de pipeline sont en discussion depuis des années. En ce moment, le Canada est une île bien isolée pour ce qui est d’exporter son pétrole en dehors de l’Amérique du Nord, ajoute-t-il.

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