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Le mercure est encore très présent dans notre environnement

Des cheminées rejettent une épaisse fumée blanche.

Le mercure est rejeté dans l’environnement principalement en raison de l’activité industrielle.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Le Canada a réduit ses émissions de mercure de plus de 90 % au cours des 40 dernières années. Certaines régions du pays sont pourtant encore touchées par des taux élevés de mercure dans leur écosystème. Des scientifiques tentent de comprendre pourquoi.

Un texte de Benoît Livernoche, de La semaine verte

Le parc national de Kejimkujik est un joyau naturel du sud-ouest de la Nouvelle-Écosse. Ce parc d’une nature quasi intacte attire de nombreux canoteurs. Même s’il est situé très loin des grands centres industriels, la présence de mercure y est anormalement élevée.

Le paysage est à peine perceptible sous l'épais brouillard.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le parc Kejimkujik photographié ici dans la brume matinale

Photo : Radio-Canada

En septembre 2017, une équipe de chercheurs tente de capturer de la perchaude, un poisson qui sert de nourriture à l‘emblématique huard que l’on trouve dans le parc Kejimkujik. Le but de cette pêche est d’analyser les taux de mercure dans ces poissons.

C’est la troisième fois qu’une équipe vient y faire cette pêche. Une étude, dans le milieu des années 90, avait sonné l’alarme sur la présence élevée de mercure dans l’écosystème du parc.

« Au milieu des années 2000, nous sommes revenus afin de voir s’il y avait une tendance, affirme Karen Kidd, biologiste à l’Université du Nouveau-Brunswick, à Saint-Jean. Nous avons alors constaté que les niveaux de mercure avaient augmenté. »

Cette étude a suscité beaucoup d’inquiétudes sur l’impact du mercure sur les organismes vivants.

Pour écouter le reportage de Benoît Livernoche, rendez-vous sur la page de l’émission La semaine verte.

Le mercure, un problème planétaire

Les deux femmes travaillent à une table.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La biologiste Karen Kidd et l’une de ses étudiantes de l’Université du Nouveau-Brunswick, à Saint-Jean

Photo : Radio-Canada

Le mercure est un métal que l’on trouve à l’état naturel dans la croûte terrestre. Une éruption volcanique, par exemple, émet du mercure dans l’atmosphère. C’est naturel.

Mais, depuis deux siècles, les activités industrielles telles que la production de combustibles fossiles, l’activité minière et les centrales au charbon ont grandement amplifié les émissions de mercure.

Le mercure peut rester dans l'atmosphère pendant plus d’un an. Durant cette période, le mercure est distribué partout dans le monde par les vents et les averses.

Nelson O’Driscoll, biochimiste, Université Acadia
Il collecte un échantillon d'eau dans son laboratoire.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le biochimiste Nelson O’Driscoll de l’Université Acadia, en Nouvelle-Écosse

Photo : Radio-Canada

Mais pourquoi trouve-t-on autant de mercure dans le parc national de Kejimkujik? C'est une question de localisation géographique.

Plusieurs courants aériens convergent au-dessus de cette région. Il y a le vent dominant de l’ouest, qui transporte des polluants des régions industrielles du centre de l’Amérique. Il y a le vent du sud, produit par le Gulf Stream. Et un courant aérien provenant de l’Arctique transporte aussi avec lui la pollution atmosphérique en provenance de l’autre côté de la planète.

Une illustration montrant où se rencontrent les ventsAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le parc Kejimkujik se trouve dans une région de la Nouvelle-Écosse où les courants aériens transportent beaucoup de pollution.

Photo : Radio-Canada

Une large proportion du mercure qui tombe avec la pluie est retournée dans l’atmosphère sous forme gazeuse. C’est un cycle naturel.

Mais certains écosystèmes, dont celui du sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, absorbent ce mercure et le transforment en méthylmercure, la forme la plus toxique du mercure. Le méthylmercure est créé par différents types de bactéries, là où il y a peu d'oxygène, une quantité importante de carbone et beaucoup de sulfates.

« Les zones humides, par exemple, ont tendance à produire plus de méthylmercure », affirme le chercheur en biogéochimie à l’Université Acadia, Nelson O’Driscoll, qui tente de comprendre le phénomène de méthylation. « Il y a aussi l’acidité des sols et des lacs, poursuit-il. Plus le pH est bas, donc plus c’est acide, plus l’écosystème tend à produire du méthylmercure. »

Quand la pollution laisse ses traces

Des trains transportent du charbon.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L’activité minière et les centrales au charbon émettent aussi du mercure.

Photo : Radio-Canada

Dans les années 70 et 80, les pluies acides étaient une préoccupation majeure en Amérique du Nord, mais particulièrement dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse.

En raison des courants aériens, cette région recevait une quantité importante de polluants provenant des industries qui relâchaient dans l’atmosphère des taux élevés d’oxyde de soufre et d’azote.

Ces pluies acides ont modifié le pH des eaux et des terres, rendant certains lacs plus acides. Encore aujourd’hui, les effets de ces pluies acides sont encore présents dans les lacs du parc Kekjimkujik, ce qui amplifie le problème de transformation du mercure en méthylmercure.

Le méthylmercure interfère avec les hormones sexuelles des organismes touchés. Il peut aussi s'accumuler. C’est ce qu’on appelle le phénomène de bioaccumulation.

« Cela signifie qu’un organisme qui absorbe le méthylmercure, et qui est incapable de le relâcher, va accumuler la substance plus on avance dans la chaîne alimentaire, précise Nelson O’Driscoll. Donc, le huard qui se retrouve au sommet de la chaîne alimentaire risque d’être fortement intoxiqué. Et le mercure peut affecter la santé humaine. »

Un huard vogue sur un lac.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L‘emblématique huard du parc Kejimkujik se nourrit principalement de perchaude, un poisson contenant parfois des niveaux élevés de mercure.

Photo : Shutterstock

Des niveaux stables

Après des mois d’analyses sur les différentes perchaudes pêchées dans les lacs du parc Kejimkujik, l’équipe de Karen Kidd constate que les niveaux de mercure sont stables.

« Je suis heureuse de voir que les niveaux n'augmentent pas, ce qui était ma plus grande préoccupation, affirme la biologiste Karen Kidd. Cela me dit que certaines des mesures que nous avons prises en Amérique du Nord pour réduire les émissions de mercure ont un effet. »

Mais pour elle, il reste encore beaucoup de travail à faire pour réduire les émissions de mercure provenant des activités humaines, et donc de réduire les taux de méthylmercure dans les écosystèmes.

Une plus grande conscience planétaire sur le phénomène du mercure est plus que nécessaire.

Karen Kidd, biologiste, Université Acadia, en Nouvelle-Écosse

Pollution

Science