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Trois questions sur le procès de Lula

Gros plan de Lula.

L'ex-président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva participe à un rassemblement à Santana do Livramento, dans le sud du Brésil, le 19 mars 2018.

Photo : Getty Images / ITAMAR AGUIAR

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

L'ex-président et grand favori à l'élection d'octobre devra aller en prison, même s'il n'a pas épuisé tous ses recours judiciaires contre sa condamnation pour corruption. C'est ce qu'a décidé la Cour suprême du Brésil. Pourra-t-il quand même demeurer candidat à l'élection présidentielle?


1. Que lui reproche-t-on exactement?

L’été dernier, Luiz Inacio Lula da Silva a été reconnu coupable de corruption passive et de blanchiment d’argent dans le cadre de l’enquête « Lava Jato » (Lavage express) et condamné à neuf ans de prison.

Il aurait accordé à la firme de construction OAS de lucratifs contrats avec le groupe pétrolier national Petrobras en échange d’un luxueux appartement en bord de mer à proximité de Sao Paulo.

En janvier, la cour d’appel de Porto Alegre a confirmé la sentence et l’a alourdie, condamnant l’ex-président à 12 ans et 1 mois de prison.

Âgé de 72 ans, Lula clame son innocence et multiplie les recours judiciaires pour éviter d'être emprisonné.

Huit autres procédures judiciaires ont été enclenchées contre l'ex-président pour diverses affaires de corruption, obstruction de la justice, trafic d'influence et blanchiment d'argent. Plusieurs d'entre elles sont en cours de jugement en première instance.


2. Lula est-il victime d’une chasse aux sorcières?

Un homme vêtu d'un T-shirt rouge et d'une casquette du Che lève le poing.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un partisan de Lula tient une pancarte sur laquelle est écrit : «Une élection sans Lula est une fraude» lors d'un rassemblement auquel prenait part l'ex-président à Curitiba, le 28 mars 2018.

Photo : Getty Images / HEULER ANDREY

Ses partisans soutiennent qu’il a été condamné sans la moindre preuve matérielle, mais plutôt par le seul témoignage d'un entrepreneur d’OAS, qui a obtenu en échange une remise de peine. « Nous assistons à une guerre juridique à des fins politiques », déclarait un de ses avocats, Cristiano Zanin Martins, au journal français L’Humanité.

En plus de l'énorme soutien populaire dont il jouit encore, des juristes, des intellectuels et des artistes sont montés au créneau pour défendre l’ex-président. Ils estiment que sa condamnation vise avant tout à l’empêcher de se présenter à la présidentielle, pour laquelle il est favori, et font circuler une pétition intitulée « Une élection sans Lula serait frauduleuse ».

« Il y a des problèmes au niveau des preuves », reconnaît Jean-Mathieu Albertini, journaliste au Brésil pour le site français Mediapart. Aucun document reliant hors de tout doute Lula au penthouse dont il aurait profité n’a été produit en cour.

Beaucoup de gens qui considèrent que Lula est corrompu ont quand même du mal à accepter ce genre de justice.

Une citation de : Jean-Mathieu Albertini, journaliste au Brésil pour le site français Mediapart

Ils dénoncent notamment le fait que, dès le début, la justice s’est concentrée sur le Parti des travailleurs (PT) de Lula, faisant beaucoup moins de cas de la possible implication des partis d’opposition, pourtant éclaboussés eux aussi par divers scandales de corruption. Plus de 200 hommes politiques auraient notamment bénéficié de commissions occultes de la part de l'entreprise Odebrecht, spécialisée dans le bâtiment et les travaux publics.

« Il y a eu une impression de deux poids, deux mesures », conclut Jean-Mathieu Albertini.

« Les gens des milieux pauvres qui sont en faveur de Lula voient très bien qu’il y a une espèce d’acharnement sur le symbole de la gauche », croit Benoit Décary-Secours, chargé de cours à l’Université Simon Fraser, en Colombie-Britannique.

Plusieurs de ses soutiens ne doutent pas que Lula puisse être coupable de corruption, pense le chercheur, mais ils voient aussi qu’il y a une « corruption systémique » au pays, illustrée notamment par le fait que des accusations de corruption ont été portées contre plus de la moitié des sénateurs brésiliens.

Quatre proches du président brésilien, Michel Temer, font l'objet d'une enquête, tandis que ce dernier est soupçonné de corruption, mais protégé par l'immunité présidentielle.


3. Pourra-t-il se présenter à l’élection présidentielle d’octobre?

Lula lève le poing devant la foule qui l'acclame.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Lula da Silva salue la foule lors d'un rassemblement politique à Curitiba, au Brésil, le 23 mars 2018.

Photo : Getty Images / HEULER ANDREY

En dépit de sa condamnation, Lula reste le grand favori des électeurs avec environ 35 % de l’appui populaire dans les sondages.

Cependant, on ne saura pas avant le 15 août s’il pourra se présenter à l’élection présidentielle. C’est ce jour-là que le tribunal électoral supérieur décidera quelles candidatures sont valides.

« S’il a été condamné, normalement le tribunal devrait empêcher sa candidature, en vertu de la loi « Ficha Limpa » (Casier vierge), qu’il a lui-même promulguée et qui empêche les candidats condamnés par la justice de se présenter », croit Jean-Mathieu Albertini.

Toutefois, Lula pourrait multiplier les appels pour étirer le temps, ce qui lui permettrait de faire campagne même en étant emprisonné, croit pour sa part Benoit Décary-Secours. « En théorie, tant qu’il y a des recours, il serait possible pour lui de se présenter et même d’assumer les fonctions », assure le chercheur.

La majorité de ses opposants préféreraient le battre aux élections que de voir éliminer sa candidature et qu’il devienne une espèce de martyr.

Une citation de : Benoit Décary-Secours, chargé de cours à l’Université Simon Fraser, en Colombie-Britannique

En attendant, le chercheur s’inquiète de la polarisation croissante du pays.

« La société brésilienne est divisée », constate-t-il. « Environ 50 % des gens croient qu’on devrait laisser Lula se présenter et 50 % croient que sa candidature devrait être retirée du bulletin de vote. »

Les récentes attaques contre le candidat et sa caravane, dont deux bus ont été ciblés par des tirs d'arme à feu le 27 mars dans le sud du pays, n’augurent rien de bon, estime quant à lui M. Albertini.

« Une partie de la société a toujours été viscéralement contre Lula, mais elle pouvait moins s’exprimer quand il était à son apogée », croit-il. Ces attaques violentes «  sont un très mauvais signe pour l'avenir de la politique au Brésil. »

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